Pour le dernier jour des épreuves de voile à Qingdao, la Mer Jaune avait viré au gris. Le ciel était au diapason, pluie presque froide en prime. Ajoutons le vent qui a soufflé à une vingtaine de nœuds et on se serait cru en Manche … comme lors des premières Medal Races disputées ici samedi dernier qui avaient vu les premiers lauriers britanniques (Ainslie en Finn et l’équipage de Sarah Ayton en Yngling). Comme les Britanniques n’aiment rien tant que se sentir chez eux, Ian Percy et Andrew Simpson ont exploité parfaitement ces conditions en allant chercher l’or en Star et clôturer ainsi les épreuves olympiques de voile par le « God save The Queen ». Ils précèdent les Brésiliens Scheidt et Prada et les Suédois Loof et Ekstrom.
A l’énoncé du podium, on comprendra que nos médaillés de bronze à Athènes ne seront finalement pas parvenus à conserver leur bien. Pas du style à cacher leur déception, Xavier Rohart et Pascal Rambeau, 6ème au final, auront souffert d’un plan d’eau qui, en cette 2ème semaine de voile olympique, se sera finalement avéré bien plus venté que prévu. Ils auront eu au moins le réconfort de voir de nouveau l’équipe de France et l’encadrement les entourer affectueusement à leur retour sur le ponton. Une équipe olympique que quitte Pascal Rambeau – décision prise avant les JO – avec le projet de se tourner vers la Coupe de l’America. Quant à Xavier Rohart, il dit être toujours attaché à la voile olympique mais se laisse le temps de la réflexion pour la suite. Cette Medal race a, dans tous les cas, été la dernière occasion de voir régater ensemble cet équipage d’exception qui a amené à la France notamment deux titres mondiaux et la première médaille olympique dans la plus ancienne discipline de la voile olympique. Chapeau bas.
Chapeau bas également aux multicoques, Tornado en l’occurrence, qui faisaient leurs adieux aux JO aujourd’hui. Les artistes ont effectué leur dernier salut en beauté dans des conditions faites pour eux. Les Espagnols Fernando Echavarri et Anton Paz donnent à l’Espagne sa première médaille d’or de ces JO. L’Espagne est la septième nation à décrocher l’or à Qingdao avec une mention évidemment particulière pour la Grande Bretagne qui en totalise quatre et à un degré moindre, l’Australie avec deux.
La France, qui a été à un doigt (en occurrence un petit point), d’entrer dans ce cercle grâce au superbe parcours de notre médaillé d’argent en planche, Julien Bontemps, ne se classe du coup que 9ème au classement officiel par points qui donne la priorité aux médailles d’or. Elle se rattrape par contre à celui du nombre de médailles, en s’y classant 2ème avec trois médailles derrière les Britanniques (6) et à égalité avec les Australiens. Après Athènes et ses deux médailles, l’équipe a atteint en Chine l’objectif premier affiché par la Direction Technique Nationale. Trois médailles (l’argent de Julien Bontemps en planche masculine, le bronze de Nicolas Charbonnier et Olivier Bausset en 470 hommes et de Guillaume Florent en Finn), c’est également la meilleure performance de la France aux Jeux Olympiques si on excepte 1900, année de l’apparition de la voile, où les épreuves se disputaient sur des grands bateaux de propriétaires menés par des équipages nombreux sans aucun rapport, donc, avec le format actuel de la voile olympique.
Le régates achevées à Qingdao, le chantier va rapidement s’ouvrir en vue des JO de Londres 2012 où tant Jean-Pierre Champion pour la FFVoile, que Philippe Gouard et Claire Fountaine pour la direction technique, s’ils se déclarent satisfaits de l’objectif atteint, indiquent également la nécessité de progresser afin de remettre le cap sur l’or.
Mais pour l’heure, toute l’équipe va se retrouver ce soir, pour la dernière fois, au Club France afin d’y clôturer en beauté son parcours à Qingdao. Parions qu’on y oubliera bien vite le ciel gris de la journée.
La 6ème place de Xavier Rohart et Pascal Rambeau en StarPour leur dernière régate des JO, les Stars ont du affronter une mer de plus en plus formée et un vent vif de 15 à 20 nœuds. Pour Xavier Rohart et Pascal Rambeau, l’enjeu premier était simple : se démarquer de l’étreinte brésilienne afin de placer au moins un bateau entre eux et Scheidt à l’arrivée, seule solution pour espérer monter sur le podium. Quand on connaît les qualités de régatier du double champion olympique de Laser, on mesure pleinement la difficulté de la tâche. Dès le départ, le scénario est celui que l’on craignait : les Brésiliens se placent légèrement en avant des français sous leur vent et ceux-ci sont dans l’impossibilité immédiate de virer du fait de la présence des néo-zélandais à leur vent. A mi-bord de près, Xavier et Pascal tenteront bien de s’extraire du piège en traversant le plan d’eau, mais c’est trop tard. Le Brésilien vire la bouée en tête alors que le quillard tricolore est 9ème. Au terme du portant, l’espoir renait un moment quand les Français virent en 4ème position. C’est en réalité le chant du cygne : le deuxième bord de près n’est pas plus efficace que le premier et pire, Polonais et Suisses prennent la tête de la manche pour ne plus la quitter. Leur prise du pouvoir leur permet de doubler les Français au classement général. Xavier et Pascal ne sont pas les seuls à pâtir de cette manche car les Suédois, 10ème de la manche, vont y perdre la médaille d’or au profit des Britanniques Percy et Simpson et l’argent finalement attribué à Robert Scheidt et Bruno Prada
Interview de Xavier Rohart :
Cette Medal race ? Elle a été un peu à l’image de toute notre régate, au moins de la 2ème partie. Pour espérer monter sur le podium, il fallait prendre l’avantage dès le départ puis virer la marque au vent avec de l’avance. Nous avions bien préparé notre départ et nous étions parvenus à échapper aux Brésiliens. Et puis, 40 secondes avant, il revient à côté de nous ! Il est juste devant sous notre vent ce qui est la pire situation pour nous. Ensuite, on essaie de se démarquer, on souffre d’un petit manque de vitesse récurrent au près et on se fait balader de gauche à droite. Tout se joue en 20 secondes au début. Pourtant, dans le portant, on revient un peu, on se dit qu’il y a peut-être moyen de faire quelque chose mais ça s’avère trop juste. Le vent était comme toujours ici, avec des bascules fréquentes, mais rien d’exceptionnel, on doit savoir gérer.
A quel moment ratez-vous le podium au cours de ces JO ? On paye comptant cinq manches dont deux où on passe en tête à la marque au vent et où au final on termine 9 et 10. Si tu vises le podium, c’est le style de manches où tu dois être intouchable. Nous avons peut-être également un regret à avoir sur notre préparation. Nous nous attendions sans doute trop au petit temps avec une journée de brise éventuellement or, si je compte 12 manches (soit les 10 manches en flotte plus la Medal Race qui en vaut deux), nous avons du nous mettre au rappel 8 manches sur 12. Ce n’est pas de notre matériel dont il s’agit car nous avions voulu notre bateau relativement polyvalent mais de ce que nous avions programmé dans notre tête. Le Medal Race met en avant les équipages qui percutent le mieux. Pour le podium, il faut avoir quelque chose en plus. Ce que nous avions et qui a fait notre force à Cascais, Cadix, en Argentine. Là, cela nous a manqué.
Que penses-tu des Medal races ? C’est très bien pour le spectacle. Mais sportivement, dans notre sport, c’est difficile de voir le Suédois qui a dominé le championnat être relégué à la médaille de bronze sur une course de 20 minutes.
Que vous êtes-vous dit avec Pascal à l’arrivée ? Pas grand-chose. On s’est dit que ça piquait bien les yeux de louper une médaille. Il faudra un peu de temps pour revenir en profondeur sur ce que l’on a vécu depuis plusieurs années.
La suite ? Je ne sais pas encore. Pour le moment j’ai surtout envie de pleurer. Quand ce sera digéré, on fera le point avec Daniel Dahon, mon entraîneur, la Direction technique, le groupe. En tous les cas, notre équipe de France a du sens. Cela faisait du bien de les voir si chaleureux à l’arrivée. Il y a beaucoup de respect entre nous. Tout le monde a su respecter notre rythme et notre tranquillité en 2ème semaine. C’est aussi ce qui me motive toujours dans l’olympisme mais il faut réfléchir.
Interview Pascal Rambeau :
Cette dernière régate : C’est un condensé de toute notre régate en 20 minutes. On a manqué de rythme à des moments importants. Au départ, par exemple on ouvre la porte au Brésilien et il nous « tue ». Après, on a beau avoir fait un bon bord de portant, ce n’était pas suffisant.
Le bilan ? Il y a deux mois, j’estimais que finir ces JO dans les cinq premiers aurait constitué un bon bilan vu le niveau, là on finit 6 et je ne trouve pas. Nous avons dû beaucoup plus naviguer à l’énergie que d’habitude.
Des regrets ? Nous avions décidé de ne plus nous confronter aux autres dans les derniers mois, ce fut peut-être une erreur. C’est peut-être là que nous perdons le rythme qui nous a manqué dans les moments stratégiques et les contacts.
La suite ? J’arrête l’olympisme. Ce n’est pas une décision soudaine mais qui datait d’avant les JO. C’étaient mes troisièmes Jeux et à chaque fois, cela pique les yeux. Ces cinq années avec Xavier ont constitué un tournant dans ma carrière. J’avais deux rêves quand j’étais gamin : les JO et la Coupe de l’America. J’ai maintenant envie de concrétiser le 2ème. Pour le moment, j’ai envie de rentrer le plus vite possible pour voir la famille et les amis.
Le classement final des Star
Médaille d’or Ian Percy et Andrew Simpson (GBR) : 45 pts
Médaille d’argent Robert Scheidt et Bruno Prada (BRA) : 53 pts
Médaille de bronze Fredrik Loof et Anders Ekstrom (SWE) : 53 pts…
4ème Mateusz Kusznierewicz et Dominik Zycki (Pol) ; 59 pts
5ème Flavio Marazzi et Enrico De Maria (Sui) : 59 pts
6ème Xavier Rohart (YC La Pelle) et Pascal Rambeau (S.R.Rochelaises) (FRA) : 69 pts
La dernière régate olympique des Tornado
Pour ce qui devrait être la dernière régate du support multicoque aux JO, les Tornado nous ont offert un spectacle de choix. Histoire sans doute de nous faire regretter un peu plus ces formidables « machines » que sont les catamarans de sport. Dans une brise établie à une quinzaine de nœuds, ils ont fait apprécier leur vitesse, leurs figures de funambules déchirant de leur seule coque sous le vent les eaux agitées de la Mer Jaune et leurs accélérations brutales sous spi. En prime, on a même eu droit à un chavirage, celui des Allemands, qui, à l’inverse fort heureusement d’un multicoque océanique, n’empêche pas de poursuivre la régate une fois le voilier redressé. Côté course, la hiérarchie du classement général a parfaitement été respectée : pendant que les Britanniques emportaient cette finale, les Espagnols contrôlaient jusqu’à la ligne d’arrivée Australiens et Argentins. Fernando Echavarri et Anton Paz sont les 9ème et derniers champions olympiques de Tornado.
Le podium des Tornado
Médaille d’or Fernando Echavarri et Anton Paz (ESP) : 36 pt
Médaille d’argent Darren Bundock et Glenn Ashby (Aus) : 39 pts
Médaille de bronze Santiago Lange et Carlos Espinola (ARG) : 44 pts …
11ème Xavier Revil (SRV Annecy) et Christophe Espagnon (SRRochelaises/Equipe de France Militaire)