Depuis 1986, les fêtes maritimes de Douarnenez ont le vent en poupe et tiennent bon le cap du succès, grâce notamment à d'exceptionnelles flottes qui assurent le spectacle en baie. Pour autant, cette année, les organisateurs ont négocié un virement de bord et c'est ainsi que sous l'impulsion du nouveau directeur artistique, Philippe Violenti, la programmation culturelle s'est considérablement étoffée.
Séance émotion
Hier soir le public a ovationné un spectacle d'une rare poésie et ce matin, sur les quais, il n'était question que de cette femme volant sous l' « aéroplume », entourée de personnages illuminés, l'ensemble naviguant dans les airs, entre les mâts et les huniers sous une lune complice. Une création spécifiquement mise en place pour les fêtes maritimes par l'association des Quidams, à laquelle se sont greffés un aéroplume, construit à l'origine pour Nicolas Hulot et l'accordéoniste Nano pour l'accompagnement musical.
« C'était comme dans le film Brazil, la scène mythique, dans laquelle le héro s'envole sur un drôle d'engin, complètement surréaliste et totalement magique » lance Jules, le vendeur de sel de la cale ronde qui présente son travail de paludier depuis le début du festival, « la musique aussi était géniale, une sorte de psyché breton… »
L'année des chaises
La notion de création est certainement le credo de Philippe Violenti. «Douarnenez c'est la fête des bateaux et par l'intermédiaire de la culture, on fait la fête aux bateaux ». Alors bien sûr, on danse, on guinche, on chante à Douarnenez pendant ces fêtes louées unanimement pour leur convivialité mais cette année la culture se veut pluridisciplinaire: expositions, hommages à Anita Conti ou Georges Perros, installations d'artistes conceptuels, créations musicales sont proposés au public.
Les installations dites « conceptuelles » ont, tout particulièrement, interpellé les festivaliers et alimenté les conversations, notamment les chaises de Pierre Surtel et les sculptures de femmes africaines de Jérôme Lorgeret. « Certains m'ont demandé quel était l'intérêt de ces installations mais je crois qu'il n'y a rien à comprendre, l'important étant d'investir l'espace. Je pense que les gens diront plus tard : tu te souviens de l'année des chaises et des femmes africaines ? voilà c'est ça le plus important, l'identification d'une édition à une image forte ». «Quand aux choix ce sont des coups de cœur qui ont une résonnance avec Douarnenez. Les femmes africaines rappellent ces autres femmes bretonnes qui attendaient l'arrivée des bateaux sur ce même quai. En ce qui concerne les chaises, c'est une invitation au voyage, on se pose et on regarde vers l'horizon ».
Georges Perros à l'honneur
Deux hommages sont rendus à Anita Conti et à Georges Perros pendant toute la durée du festival au travers d'expositions permanentes. Pour autant, deux journées leur seront plus particulièrement réservées et aujourd'hui Georges Perros était à l'honneur. Ecrivain, poète et comédien à la Comédie française, ce douarneniste de cœur a marqué les esprits. On se souvient, ici, de ses haltes quotidiennes au Café de la Rade ou de ses virées solitaires sur les routes du Finistère avec la moto que lui avait offert Madeleine Renaud-Barrault.
Un amoureux des côtes du bout de l'ouest à la sensibilité sur le fil…Christophe Miossec ne pouvait que succomber. Ainsi, le chanteur avait, depuis longtemps, l'idée de créer un spectacle inédit autour de son œuvre.
Un rêve concrétisé ce soir à 22H30 lors d'un concert évènement au cours duquel Manu Lahnuel, Miossec et Jacques Pellen, accompagnés de Didier Squiban au piano vont chanter des textes du poète sur des compositions musicales spécialement adaptées. « C'est un cadeau que nous font les musiciens, les spectateurs vont assister à une première » nous avoue Philippe Violenti.
Au café des gens de mer
Le débat qui a eu lieu, en amont, au café des gens de mer intitulé « pour ainsi dire Perros » animé par Maette Chanterelle a proposé une discussion afin de « faire connaitre » au grand public la vie et l'œuvre de l'artiste douarneniste. Demain pour l'hommage à Anita Conti, un film sera présenté en présence d'amis de la grande dame de la mer et rappelleront son discours visionnaire notamment lorsqu'elle alarmait l'opinion publique sur les pollutions maritimes…
Aujourd'hui, deux balises en bronze ont été posées sur le Kruzenshtern et sur la maison de Georges Perros. Cette initiative s'inscrit au coeur d'une démarche, celle de Jérome Durand qui porte sur l'appropriation des territoires et le balisage des site.
Et pendant ce temps, les bateaux assurent le spectacle en baie…
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