La cavalcade avant le coup de frein

© Alexis Courcoux

Les skippers de l’ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest se sont élancés depuis dimanche (13h30) et ils n’ont pas vraiment l’intention de se ménager. Engagés dans une sacrée course de vitesse, les concurrents ont traversé le golfe de Gascogne en une nuit et progressent à 200 milles des côtes portugaises. Des pointes de vitesse à 45 nœuds ont déjà été enregistrées. Désormais, les yeux sont rivés sur l’évolution d’une dépression qu’ils rencontreront à partir de mercredi.

Certes, nous étions tous prévenus. À terre, à l’heure de s’emmitoufler et de retrouver le train-train du quotidien, au moment où la belle journée d’hier est déjà rangée dans la case des souvenirs, on a tous regardé la « carto » (la cartographie). Et puis il y a une forme de surprise, qui, rassurez-vous partira au bout de quelques jours : le vertige qui saisit à voir les vitesses et l’avancée des skippers. En cet fin d’après-midi, alors qu’ils continuent à progresser dans le Sud à la latitude du Portugal, il faut intégrer que les concurrents ont déjà avalé plus de 650 milles (1046 km) en un peu plus de 24 heures.

« On sent qu’il y a de l’envie et de la compétition »

La perception de tous ceux qui ont l’habitude de suivre des tours du monde est ainsi bousculée. On pense à plusieurs réflexions des marins avant leur départ. Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) notamment : « On peut être en 12 jours au Cap de Bonne Espérance et en 30 jours au Cap Horn. En IMOCA, ça prenait plus du double de temps. Ça change totalement la vision d’un tour du monde ». Anthony Marchand (Actual Ultim 3) abonde : « Ce qui est dingue, c’est cette sensation de voyager très vite, d’être aux Canaries en 3 jours, au Cap Vert 23 heures après… »

Ce grand voyage a donc commencé dimanche, à 13h30 et un peu plus d’une journée plus tard, ils progressent à plus de 250 milles à l’Ouest des côtes portugaises. L’émotion du départ a laissé la place à la course. « C’était chouette, un vrai supplice aussi, assure Éric Péron (ULTIM ADAGIO). Vous avez tout fait pour que les larmes me montent aux yeux et forcément c’est émouvant ». « C’était un très beau départ, confie Thomas Coville (Sodebo Ultim 3). On sent qu’il y a de l’envie, de la compétition, c’est vraiment très plaisant ».

« C’est top de dégolfer en une nuit »

Et le skipper de Sodebo Ultim 3 d’ajouter : « Je ne sais pas si on pourra tenir la cadence mais c’est parti fort, très fort ». Au moment de se confier, il « s’enfonçait dans le noir » au cours de la première nuit de ce tour du monde. Le marin aux 8 tours du monde a eu des pointes « entre 38 et 43 nœuds ». À la direction de course, on a « enregistré des pointes à 45 nœuds », ajoutait Guillaume Rottee, le directeur de course.

Un sprint donc mais avec une vigilance de tous les instants, surtout cette nuit. Déjà parce que « le vent était hyper irrégulier, un coup à 40 nœuds, un coup à 15 nœuds », confie Tom Laperche (SVR-Lazartigue). Mais aussi parce qu’il faut « slalomer entre les cargos » dixit le benjamin de la course. « Ils ont dû doubler un certain nombre de cargos », reconnaît Guillaume Rottee. « C’est top de dégolfer en une nuit », apprécie Éric Péron qui a dû faire face à de « petits soucis électroniques ».

En attendant, déjà, la première dépression

Éric, dont le bateau est archimédien, a été logiquement distancé (95 milles) alors que les cinq autres bateaux se tiennent en seulement 20 milles. « On reste hyper groupé, c’est chouette », sourit Tom Laperche. La veille au soir, Armel Le Cléac’h avait empanné légèrement plus Ouest que les autres avant de les rejoindre. « Nous voulions faire qu’un seul changement de voile au lieu de deux, on ne voulait pas rater la bascule de vent en étant trop à l’Est et on tenait à éviter l’axe le rail des cargos dans le golfe de Gascogne », décrypte Nicolas Lunven de la cellule routage de Banque Populaire.

Depuis la fin de la matinée, le vent s’est renforcé, autour de 25 nœuds et des rafales à 30/35 nœuds étaient attendues cet après-midi. Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) conserve la tête sur l’orthodromie. « Après leur beau tout droit dans le golfe de Gascogne, nous avons le droit à une course de vitesse », décrypte Thierry Chabagny de la cellule routage de l’Actual Ultim 3. Parmi les enjeux de la journée, la traversée d’un thalweg (une zone de creux dépressionnaires bordés par les hautes pressions). En une poignée d’heure, le vent est passé de Sud-Est à Nord-Ouest, une bascule à 180° à négocier. « Ce n’était pas forcément évident avec des passages de grains et parfois des vents un peu faibles, ajoute Nicolas Lunven. C’est pour cela que la flotte a été légèrement éparpillée ».

La suite devrait être relativement stable avec ce flux de Nord-Ouest tout au long de la journée, ce qui devrait maintenir les écarts. Ce que les skippers et les routeurs examinent avec attention, c’est la dépression conséquente qui se forme vers l’Ouest et qu’ils négocieront à la latitude des Açores. « C’est une dépression qui circule très vite, qui se creuse et dont la trajectoire est encore incertaine », abonde Nicolas. « Ça commence mercredi matin et jusqu’à jeudi soir, ça va être costaud », assure Thierry Chabagny qui y voit « un premier passage à niveau ». « L’enjeu, c’est de savoir où mettre le curseur pour bien se positionner. Plusieurs options sont sur la table et les équipes n’ont pas encore tranché. On a encore 24 heures pour se décider ». Une certitude : tous savent que plus les skippers iront vite en ce moment, « moins tu te feras taper dessus mercredi » conclut Thierry. La course ne fait que commencer et on a la garantie que la pression va très vite s’intensifier.

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OC Sport Pen Duick

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