Une Manche à air

Le Dispositif de Séparation du Trafic (DST) paré au milieu de la nuit, la flotte des Figaristes est entrée dans une Manche agitée par une vingtaine de nœuds de Nord-Ouest incitant une partie des solitaires à virer de bord. Au moins trois groupes se sont formés avec les leaders d’hier les plus au large, les partisans de la voie côtière à Ouessant les plus à l’Est et en tête ce matin, les indécis sur la suite du programme au centre, et quelques retardataires encore au large de l’île…

Ce DST n’a pas été facile à déborder : à plus de cinquante milles au large de Ouessant, le point le plus extrême imposait de louvoyer pour éviter de rentrer dans cette zone interdite pour la course. En évitant aussi les cargos en nombre qui embouquaient ou sortaient de la Manche. Un jimkana compliqué par un vent d’Ouest puis Nord-Ouest d’une vingtaine de nœuds et surtout par une mer très agitée par le passage d’une dépression.

Or depuis le départ de Nantes dimanche dernier, les skippers ont dû composer avec une série de transitions délicates particulièrement à Yeu, Belle-Île et Sein. Etalée sur plus de 50 milles, la flotte cherche désormais à gagner le plus dans le Nord-Ouest pour rallier le phare irlandais du Fastnet, mais aussi pour trouver une brise moins soutenue et une mer moins désordonnée.

Un flux musclé

Le plus à l’Est, Alain Gautier (Merci pour ces 30 ans) emmène une dizaine de concurrents en route directe vers l’Irlande. Le plus à l’Ouest, Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur) cherche à gagner encore vers le large en compagnie d’une quinzaine de Figaro Bénéteau. Enfin entre ces deux extrêmes, Pierre Leboucher (Guyot Environnement) grimpe vers le Nord avec une douzaine de solitaires. Il n’est donc pas aisé d’anticiper sur la hiérarchie à venir puisque ce mercredi matin, ce sont les bateaux de l’Est qui mènent le bal…

Normalement, cette brise musclée et cette mer agitée vont se calmer quelque peu ce midi mais la dispersion de la flotte laisse entendre que les solitaires ne savent pas trop à quelle sauce ils vont devoir achever cette étape marathon. Car il semble d’ores et déjà que l’approche des côtes irlandaises s’effectuera dans du petit temps. De quoi remettre les compteurs à zéro au passage du Fastnet…

Ils ont dit :

Xavier MACAIRE – SNEF

« Ça bouge beaucoup cette nuit, ça mouille beaucoup aussi. La mer est assez formée, le bateau tape pas mal. C’est vrai qu’on est au milieu de la route assez loin des côtes et on a encore un bon bout de chemin jusqu’au Fastnet. J’ai mon waypoint qui est à 190mn donc c’est vrai que c’est assez loin. On est au louvoyage et on devrait virer de bord d’ici pas trop longtemps et faire un bord assez rapprochant vers le Fastnet.
Nos fichiers de vent pris avant le départ ne sont plus du tout à jour par rapport aux conditions. On suit à la météo qu’on nous donne à la VHF et typiquement ça devrait s’améliorer et se calmer un peu à partir de demain midi. Quand on est parti, on ne s’attendait pas à ça, à prendre des rafales à 25 nœuds sur la remontée et c’est vrai que c’est pas facile la vie à bord du Figaro 3. On se fait un peu secouer. J’ai du mal à trouver mon positionnement dans ces conditions, car le bateau fait des sauts de vagues et tape assez fort. Garder l’équilibre, de nuit avec la fatigue, c’est pas toujours évident.
A priori la flotte est assez étalée. Je ne vois ceux qui sont autour de moi, dans une option au large dans l’ouest, mais vu les classements que nous avons eu à 4h, je pense que des bateaux sont plus dans une option à l’Est donc la vérité, on ne la saura qu’à la fin. Les dés sont jetés ! »

Morgan Lagravière – Voile d’engagement

« Ça commence à tirer particulièrement cette nuit pour moi parce que, je pense que j’ai mal digéré un des lyophilisés que j’ai mangé et j’ai vomi une bonne partie de la nuit, mais le moral est intact pour autant. Malgré les conditions, j’ai réussi à dormir et récupérer un peu. J’avais eu l’occasion de me reposer un peu la nuit précédente mais le bateau étant exigeant, on dort moins que sur le Figaro Bénéteau 2 globalement. Faut se préserver.
On est arrivé un peu décalés par le sud, donc c’était compliqué d’aller faire le tour comme les autres. Je ne les ai même pas vu à l’AIS car ils étaient trop loin, c’était des bateaux qui étaient derrière nous au classement et qui sont ce matin bien classés mais je pense, et j’espère, que ce n’est que du provisoire car ils ont dû faire des bords plus rapprochant. Au résultat, avec les virements, on devrait être devant ces bateaux-là, j’imagine. Je n’ai pas de prétentions, ni de certitudes mais effectivement des bateaux qui étaient loin hier avant le DST, et qui sont maintenant devant, sont sûrement sur une route plus directe.

Il nous reste les fichiers d’avant départ qui valent ce qu’ils valent – qui n’ont pas été très bons et qui le sont encore moins maintenant – et puis la météo que nous avons par l’organisation deux fois par 24h (le matin et le soir) qui vaut ce qu’elle vaut aussi. C’est mieux que rien mais elle n’est pas parfaite non plus. Donc avec ça, et les mouvements de flotte, il faut faire marcher le bateau, dormir … et vomir de temps en temps. Voilà ça occupe ! »

Achille NEBOUT – Le grand reservoir

« Je vois plus grand monde à l’AIS. Je suis dans un groupe plutôt à l’ouest je pense. On a toujours entre 15 et 20 noeuds et un peu de mer quand même donc c’est penché et ça bouge. On commence à s’habituer, c’est nouveau pour moi et je commence à trouver le rythme à bord. J’ai réussi à bien me reposer, j’ai fait des tranches assez longues de repos mais là ça va et quand le jour va arriver ça ira encore mieux. C’est compliqué de savoir car les fichiers météo ne sont plus bons du tout. J’attends une bascule plutôt vers l’ouest donc on verra ce que ça donne. »

Julien PULVE – Team Vendée Formation

« On est tous à gérer les bascules de vent. On se positionne tous les uns par rapport aux autres : c’est intéressant. On essaye de bien faire avancer le bateau au près. Ce n’est pas toujours évident donc ça donne du rythme tout ça. On a navigué toute la nuit dans 20 nœuds établis avec un bon plateau et avec un peu de mer. Ça commence doucement à se calmer donc ce n’est pas désagréable. Le Figaro Bénéteau 3, dans ces conditions est un bon bateau mais il demande d’être très présent sur les réglages.
Ce n’est pas de tout repos. Le vent bascule à droite actuellement, donc on s’empile tous tribord amures et ça devrait descendre tout doucement à 10 nœuds. »

Classement de 6h30

  1. Alain Gautier – Merci pour ces 30 ans à 215mn de l’arrivée
  2. Pierre Leboucher – Guyot environnement à 2,5mn du leader
  3. Yoann Richomme Hellowork Groupe Télégramme à 3,6mn
  4. Armel Le Cléac’h – Banque Populaire à 3,7mn
  5. Tom Laperche – Bretagne CMB Espoir à 4,0 mn
  6. Eric Peron – French Touch à 4,0 mn
  7. Mathieu Damerval – Klaxoon M à 4,7mn
  8. Corentin Douguet – NF Habitat à 5,0mn
  9. Damien Cloarec – @DamienCloarecSkipper à 5,1mn
  10. Martin Le Pape – Skipper MACIF 2017 à 5,2mn
  11. Henri Lemenicier – Euréka à 5,7mn (Bizuth)

Source

Rivacom

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