Jean-Luc Van Den Heede à 400 milles du Cap Horn

© Christophe Favreau

Le gréement endommagé de Matmut, le voilier du leader de la course Jean-Luc Van Den Heede, a résisté à deux autres tempêtes dans le Grand Sud la semaine dernière. Le Français, âgé de 73 ans, est maintenant à moins de 400 milles du Cap Horn. Il est sur le point de contourner ce fameux promontoire jeudi et il aurait une fenêtre météo de 3 jours pour se glisser dessous avant que la prochaine série de tempêtes ne s’approche. Il pourrait arriver juste à temps.

Jean-Luc Van Den Heede – espère que le beau temps se prolongera passant le cap Horn vendredi

Jean-Luc a grimpé au mât à cinq reprises pour vérifier les réparations effectuées sur les fixations des bas haubans du premier étage de barres de flèche, il y a deux semaines. Il est convaincu qu’au portant au moins, le mât est sûr. Remarquablement, Matmut a tenu une moyenne de 5,5 à 6,5 nœuds ces derniers jours avec juste un jeu de voiles d’avant. Hier, il a déclaré: «Mon mât tient pour le moment, la grand-voile est affalée depuis 3 jours et je n’ai que la trinquette, parfois partiellement enroulée”.

La mer est très forte, si forte qu’une vague a cassé le rail supérieur retenant mon hydrogénérateur. Par miracle, j’ai réussi à en attraper une partie et j’ai fais une réparation en utilisant le rail d’écoute de génois. Je me débrouille bien, j’espère être au Cap Horn dans 3 ou 4 jours. ”

En deuxième position, Mark Slats, qui a rapporté tôt aujourd’hui des vents légers et une mer inconfortable, a maintenant atteint la limite Est de la Zone Interdite Australe et a commencé sa descente vers le Sud le long des latitudes menant au cap Horn. À 09h00 UTC aujourd’hui, son voilier Ohpen Maverick était à 1,386 milles derrière Matmut, et bien que sa vitesse était de 6,3 noeuds contre 5,5 pour le leader, le Néerlandais n’a gagné que 87 milles au cours des 7 derniers jours. Slats devra naviguer à 1 noeud de plus de moyenne que Matmut sur la distance restante jusqu’aux Sables d’Olonne s’il espère gagner.

À la 3e place, l’Estonien Uku Randmaa, à bord de One and All, est l’un des perdants de la semaine dernière en ayant perdu plus de 200 milles sur Matmut, et en ayant vu la Britannique Susie Goodall, 4ème de ces Rustler 36 avec son DHL Starlight, revenir sur lui gagnant 60 milles supplémentaires. Randmaa avait profité des conditions plus calmes en plongeant à l’eau pour tenter de se débarrasser des bernacles accrochés sur la coque de son voilier One and All et en avait éliminé environ 85% lorsqu’il a repéré un requin qui encerclait le bateau. Il est alors remonté à bord précipitamment – et n’est plus retourné dans l’eau depuis !

Les bernacles ont également été responsables de la mauvaise performance du Gaia 36 Asteria du finlandais Tapio Lehtinen à la 6ème place. Il se bat actuellement sous le vent pour éviter les rivages de la pointe sud de la Nouvelle-Zélande et a rapporté hier: “Stressant d’être proche des côtes”. Tôt dans la journée: “Avec une mauvaise capacité à tenir un cap à cause des bernacles j’ai du repartir chercher de l’espace marin”. À 09h00 UTC, Asteria devant faire face à un fort coup de vent, se dirigeait toujours vers le sud pour s’éloigner de la menace de la terre ferme, s’ajoutant ainsi aux 500 milles perdus sur Matmut au cours des 7 derniers jours.

L’Américano-Hongrois Istvan Kopar, classé en 5ème position avec son Tradewind 35 Puffin, a bien rattrapé Susie Goodall, avant de couper le coin nord-ouest de la Zone Interdite Australe. La première incursion entre 03h00 et 03h20 UTC hier a sans doute été causée par un changement soudain de la direction du vent, mais cela s’est reproduit entre 06h00 et 09h00, passant au total 3 heures 20 minutes dans la zone orange. Cela a conduit à une pénalité de 6h et 40 min, s’ajoutant aux 24 heures de pénalité précédemment imposées lorsque Kopar s’était arrêté aux îles du Cap-Vert pour réparer son régulateur d’allure et avait utilisé son téléphone satellite. Kopar a un inconvénient supplémentaire, celui de ne pas disposer d’une radio HF qui fonctionne pour capter un signal horaire précis (essentiel pour la navigation astronomique) et les prévisions météorologiques.

L’Australien Mark Sinclair et le Russe Igor Zaretskiy sont les autres grands perdants de la semaine dernière. À la différence d’Igor, Mark profite clairement de ce tour du monde à tel point qu’il a franchi le Cape Leeuwin à moins de 330 milles des côtes sud hier et semble se diriger maintenant vers son port d’attache, Adélaïde, pour saluer sa famille et ses amis et reconstituer le rendez-vous impromptu de Sir Robin Knox-Johnston 50 ans auparavant avec le navire Kooringa, qui avait transmis sa position à Lloyds of London – délivrant les premières nouvelles de la progression du Suhaili depuis plus de 2 mois.

Les autres routes et trajectoires prises par Sinclair, d’abord vers Cape Town pour rencontrer les autres propriétaires de Lello 34, puis en contournant le cap de Bonne Espérance et remontant la côte Est jusqu’à Port Elizabeth, ont eu des conséquences. Outre le temps perdu sur les leaders de la flotte, l’Australien manque cruellement d’eau potable. Sinclair a annoncé hier qu’il ne disposait plus que de 37 derniers litres. À moins de bénéficier rapidement de la pluie pour reconstituer ses réserves, il sera probablement obligé de s’arrêter à Hobart et de s’approvisionner en vivres, ce qui le relèguerait en catégorie Chichester.

Zaretskiy pourrait bien être obligé de faire de même. Son Endurance 35 Esmeralda serait couverte de bernacles et aurait un étai cassé fixé au sommet du mât avec des cordages temporaires pour le sécuriser. Cela pourrait expliquer pourquoi Esmeralda navigue à seulement 0,4 nœuds aujourd’hui. Il a encore perdu 600 milles de retard supplémentaires sur Matmut au cours de la semaine.

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Céline Trommenschlager

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