La gite et le couvert

© Christophe Breschi

Changement de décor entre Horta et Les Sables d’Olonne. Sur la route du retour, la flotte continue d’emprunter les chemins de traverse et se trouve maintenant à la latitude de la pointe de Bretagne. Dans un régime de vents d’est à sud-est, sous un ciel qui s’est couvert, les équipages ont de nouveau enfilé bottes, pantalons de cirés et vestes de quart. Et à chaque tandem d’observer lequel prendra le premier l’initiative de virer de bord…

L’heure des premiers comptes approche. C’est une fois que la flotte aura viré de bord et fera, peu ou prou, route en direction des Sables d’Olonne qu’une première hiérarchie va se dessiner. En attendant, tous se concentrent sur la vitesse du bateau, essayant de trouver le meilleur compromis entre cap et vitesse. Pour les équipages les plus au vent, le jeu consisterait plutôt à tenter de débrider légèrement pour combler les écarts latéraux avec les concurrents situés plus au nord. Mais pour tous, il s’agit maintenant d’évaluer le bon moment pour virer de bord et avoir enfin la sensation de faire une route qui rapproche de la maison.
En tête de flotte, les positions restent stables. Sébastien Rogues et Fabien Delahaye mènent toujours la danse, une dizaine de milles devant son principal adversaire Mare (Jörg Riechers – Sébastien Audigane). Derrière eux, la bagarre pour la troisième place est intense entre Phoenix Europe Carac, Campagne de France, BET 1128, Red, Eärwen et Mr Bricolage.

Remue-méninges en vue

Il reste que la situation n’est pas vraiment simple. Les équipages sont confrontés à un double casse-tête. Le premier, qui va se régler sous peu, est d’être dans le bon timing pour virer de bord. Le deuxième va être d’aborder ensuite l’arrivée sur Les Sables d’Olonne. L’atterrage sur les côtes françaises va dépendre de la formation d’une dépression relative sur le nord de l’Espagne. En l’état actuel des prévisions, cela signifierait une absence totale de gradient de pression sur le golfe de Gascogne et des vents très faibles au large. Seule la Manche et les côtes ouest de Bretagne semblent encore soumises à un régime de vents d’est modérés. Ce qui risque de signifier pour les coureurs de temporiser encore avant de redescendre vers les côtes de Vendée. Au final, Halvard Mabire (Campagne de France) n’avait pas si tort quand il évoquait hier sur le ton de l’ironie que le salut de la flotte passerait peut-être par le chenal de la Déroute au large de son Cotentin natal…

Restrictions préventives

Cette nouvelle péripétie n’est pas sans conséquence. D’ores et déjà, les premiers ne sont plus attendus que dans la journée de lundi et certains équipages envisagent une arrivée dans la journée de mardi, voire de mercredi. A bord de Momentum Ocean Racing, Emma Creighton commençait à rationner la consommation de gazole du bord, quand Lionel Régnier sur Deltacalor se réjouissait de constater que son hydrogénérateur semblait fonctionner normalement et pouvait apporter un complément d’énergie non négligeable. Au départ d’Horta, prévoyant une étape de longue durée, l’organisateur avait accordé un complément de liquides consommables embarqués, portant à 70 litres la capacité totale de chaque équipage. Il reste que la chasse au poids est un sport particulièrement prisé des marins du large et qu’il ne serait pas totalement étonnant de voir quelques équipages arriver l’estomac dans les talons à Port Olona. A l’heure des grands régimes minceur à l’aube des vacances d’été, les coureurs des Sables – Horta ont peut-être trouvé une solution radicale…

Ils ont dit :

Bruno Rzelteny (La Belle Equipe)

« On apprend à vivre penché. Il fait grisâtre, 10-15 nœuds. C’est plus difficile de se déplacer dans le bateau et de faire à manger, mais ça se passe bien. On est parti au nord, on verra si on a fait une bêtise de navigation. On reçoit des petits messages des copains, de la famille, c’est vachement sympa, ça fait vraiment plaisir… »

Halvard Mabire (Campagne de France)

« Au près, comme on dit, deux fois la route, trois fois le temps. On a Mare devant nous au vent. GDF SUEZ, il faudrait arriver à lui attacher un seau à l’arrière, il a une vitesse insolente. Pour nous, ça va, on a largement de quoi manger jusqu’à l’arrivée. Il nous manque juste du vin rouge, mais c’est normal, on n’en a pas embarqué. La fin va être compliquée. Il va se passer encore plein de choses, ça risque d’être un peu long. On s’attend à faire sur l’eau environ 1100 milles. Tu comptes à 7,8 nœuds de moyenne et tu as le nombre d’heures jusqu’à l’arrivée, c’est finalement plus précis que tous les routages, les machins et tout…»

Mathias Blumencron (Red)

«On est un peu fatigué, on n’a pas beaucoup dormi, mais on est content de notre position. On attendait un peu plus de vent. On est bord à bord avec Mr Bricolage et Eärwen. On est curieux de savoir quelle sera notre position au prochain pointage. Il va falloir aller encore vers le nord avant de virer de bord.»

Positions à 16h (TU+2) :

  1. GDF SUEZ (Sébastien Rogues – Fabien Delahaye), à 554,1 milles de l’arrivée
  2. Mare (Jörg Riechers – Sébastien Audigane), à 11,2 mille du premier
  3. Phoenix Europe Carac (Louis Duc – Stéphanie Alran), à 13,1 milles
  4. Campagne de France (Halvard Mabire – Miranda Merron), à 14,4 milles
  5. Red (Mathias Blumencron – Volker Riechers), à 15,2 milles

Source

Isabelle Delaune

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