La flotte en Atlantique

© Geodis

Tous les voiliers engagés dans la 8ème édition de la Transat Québec Saint-Malo ont franchi depuis 20 heures françaises hier soir la dernière marque de parcours en ce qui les concerne, à savoir Saint-Pierre dans l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Les multicoques de la classe Open doivent encore enrouler le Fastnet, au Sud de l’Irlande avant de courir directement vers Saint-Malo. L’océan Atlantique offre ainsi sa face Nord aux 103 marins toujours en lice. Aucune déclaration d’abandon n’a en effet au terme de 5 rudes journées de course été consignée par la direction de course. Les inévitables « petits bobos » ont tous été réparés soit en mer, soit à terre, comme ce fut le cas cet après-midi pour Benoit Parnaudeau (Transport Cohérence) et Louis Duc (Avis Immobilier), qui ont tous deux repris la mer. Premiers à voir Saint-Pierre, Fabrice Amedeo et ses boys de Geodis sont des leaders certes fragiles, mais constants. Les voiliers toujours aussi groupés malgré l’effet « accordéon » provoqué par les passages à Saint-Pierre, ont tiré de longs bords de vent arrière dans un flux d’ouest soutenu. Le champ de jeu s’ouvre à présent alors que le vent tourne gentiment au sud/sud-ouest passé Terre-Neuve. Chacun choisit sa route et l’échiquier atlantique s’élargit en latitude, les monocoques de la Class40 s’étalant désormais sur près de 150 km du sud au nord. Après la tactique côtière façon Tour de France à la voile, place désormais à la régate océanique, à moins de 2 000 milles de l’arrivée.

Il aura fallu seulement une douzaine d’heures à l’intégralité de la flotte des Class40 pour franchir le point de passage obligé de Saint-Pierre. Dans le sillage du grand monocoque italien de 50 pieds, Vento di Sardegna, engagé en classe Open et qui s’est présenté dès 16 heures 54 TU hier (18 heures 54 Françaises), c’est Geodis et Fabrice Amedeo qui ont tout sourire, embouqué la passe à Henry, cet étroit chenal entre l’île de Saint-Pierre et l’îlot du Grand Colombier. Brouillard, crachin, ciel voilé… mais aussi de nombreuses embarcations ont accueilli le leader de la Transat. Stéphane Le Diraison (IXBlue) avait tout comme Geodis parié sur l’évacuation rapide vers le nord du centre dépressionnaire en circulation dans l’ouest de l’archipel et poursuivit sa cavalcade en route directe vers l’archipel. Il se présentait un peu plus d’une heure derrière le leader à la marque et rompait dès le passage des îles le contact en plongeant tribord amure au sud-est, avant de renvoyer cap au nord est au plus près des côtes de Terre-Neuve. Il fallait attendre minuit heure française, soit 4 heures après Geodis pour voir l’Allemand Riechers pointer l’étrave de Mare à Saint-Pierre. L’ancien leader du général provisoire entamait à son tour un long sprint dans le vent d’ouest fort pour rejoindre Le Diraison au nord de la flotte. Un choix qui le propulsait en ce début d’après-midi à la deuxième place du classement, donnant tout son sens aux propos de Ryan Breymaier, l’Américain du bord qui déclarait ce matin : « Il y a une chose que j’aime dans le sport de voile, c’est la facilité avec laquelle la chance tourne ; après la mort définitive de notre grand spinnaker, nous nous pensions foutus. Mais sous deux ris et petit spi, nous avons repris 30 milles à nos concurrents et pointons à la deuxième place. »

La grande régate atlantique entre ainsi dans une nouvelle phase, tactique et sportive, dans le fort vent de sud/sud-ouest qui pousse à grande vitesse les monocoques vers le Vieux Continent. Au rythme de bords plus ou moins rapprochants, les classements, comme c’est le cas depuis le départ, vont continuer à évoluer. Si quatre bateaux, dont les infortunés Transport Cohérence (safran tribord défaillant) et Avis Immobilier (reparti à 10 heures après avoir réparé spi et solent) déplorent plus de 100 milles de retard, il serait fort présomptueux d’enterrer ou de louer tel ou tel des 16 autres protagonistes, qui de Geodis, 1er, à Partouche (Christophe Coatnoan), 16ème, ne sont jamais séparés que de 70 petits milles.

Bobos en série

Après la liste non exhaustive des petits soucis techniques d’hier, la vacation et les mots de la nuit nous ont apporté de l’eau à mettre dans notre moulin. Sur le plus grand voilier de cette 8ème édition de la Transat Québec Saint-Malo, à savoir Océan Phénix de Georges Leblanc, ce n’est ni plus ni moins que le balcon avant qui a tout simplement été arraché. Une mésaventure peu banale et rare mais qui handicap sérieusement l’équipage. En effet, la moindre manœuvre sur la plage avant requiert désormais une attention de tous les instants. Ce lourd monocoque de 65 pieds qui ne dispose pas de bout-dehors navigue avec un tangon et les empannages à bord deviennent encore plus périlleux. Sur Latitude Neige – Longitude Mer d’Aurélien Ducroz c’est la boîte de protection de réas en tête de mât qui a cédé tout comme une latte le chariot de la grand-voile. Des soucis techniques certes mais qui ne vont pas forcer ces deux équipages à un arrêt au stand ou à l’abandon.

Open Water

La route est dégagée devant l’étrave des 4 premiers voiliers de la classe Open. Toujours chef de file de cette Transat, Erwan Leroux et ses hommes d’équipage sur FenêtréA Cardinal 3 ouvre la route vers le Fastnet sur une route assez nord. Encore plus nord, Vers un Monde sans Sida d’Erik Nigon tente de faire l’extérieur et continue de réduire l’écart. Il pointe au classement de 15h à moins de 100 milles d’Erwan Leroux. Sur une option tout autre, Défi Saint-Malo Agglo tente sa chance sur une route plus droite car à l’ouest-sud-ouest à 256 milles du leader. Les ambitions d’Andrea Mura annoncées sur cette Transat sont bien claires dans sa tête, être le premier monocoque à Saint-Malo avec, si possible, un nouveau temps de référence. Toujours au coude à coude avec les premiers Class40, Vento di Sardegna n’a toujours pas réussi à s’extirper de ce groupe et doit batailler ferme pour tenter de s’échapper. En revanche pour Océan Phénix, la course est encore longue et le Québécois Georges Leblanc pointe à 90 milles des sardes. Messieurs et mesdames à vous de jouer désormais. Le terrain de jeu est large et les possibilités nombreuses !

Le mot de Ryan Breymaier (Mare):

Comme je disais hier, il est une chose que j’apprécie le plus dans le sport de voile, c’est la facilité avec laquelle la chance tourne. Au terme d’une dure journée passée à perdre des milles hier, et la mort définitive de notre grand spinnaker juste avant de contourner les beaux paysages pas très touristiques de Saint Pierre, nous nous pensions foutus. Mais par chance, le vent est rentré en un régime plus convenable pour nous et nous avons passé la nuit à « avoiner » dans 30 nœuds de vent. Nous ne portions plus que grand-voile à deux ris et le petit spi, mais chaque réduction de voilure ne faisait que nous rendre plus rapide. Nous sommes ainsi passés de la 9ème place à la deuxième. Comme vous l’imaginez, l’architecte du bateau, Sam Manuard, qui est à la barre à contrôler parfaitement les longs surfes est un garçon heureux en plus d’un excellent barreur. Nous apprenons chaque jour d’avantage sur la « bête » et nous découvrons chaque jour un peu plus son potentiel…

Source

Soazig Guého, Mille & une vagues

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