Nuit noire et surfs endiablés

© Alexis Courcoux

Les conditions ont radicalement changé sur le parcours de la Transat AG2R LA MONDIALE. Après les timides surfs à 8 ou 9 noeuds sur une mer ordonnée et calme, les 16 duos naviguent désormais à fond sur une mer houleuse et à des vitesses approchant les 15 – 16 noeuds. Si les milles défilent à vive allure dans ces conditions, un élément manque à l’appel. La lune a décidé de jouer avec les nerfs des marins en tardant à se montrer. Nuit noire et navigation à l’aveugle pour cette nouvelle soirée en mer. Au classement général et sans surprise, Cercle Vert contrôle toujours ses adversaires directs à savoir Nacarat et Banque Populaire. Ces trois équipages courent tous après une première victoire sur cette Transat désormais mythique qu’ils aimeraient bien enfin accrocher à leur palmarès.

La rotondité de la terre est un élément à prendre en considération même à une échelle minime. Joint pas téléphone lors de la première vacation de la journée Gildas Morvan nous avouait naviguer dans le noir absolu, incapable de déceler le moindre obstacle ou vague sur sa route. « La nuit n’est pas facile, il fait très noir et ce n’est pas évident de barrer dans l’obscurité complète. Les conditions ne sont plus les mêmes, ils ont éteint la lumière, il y a plus de vent et une mer croisée, alors on fait des relais à la barre de 30 minutes – 1 heure, car c’est difficile de rester concentré longtemps. »
En revanche pour Banque Populaire, troisième à 44,5 milles derrière, la lune venait de faire son apparition pour le plus grand plaisir de Jeanne Grégoire qui tenait la barre et qui pouvait enfin voir un peu plus loin que les lumières de la table à carte à l’intérieur de son Figaro Bénéteau 2. Pour Nacarat, intercalé entre ces deux concurrents, la lune n’allait pas tarder à faire son apparition mettant un terme à cette navigation périlleuse et stressante. « Je viens de me réveiller, la nuit est noire car la lune ne s’est pas encore levée, mais cela ne saurait tarder. Le quart que je vais prendre devrait donc être un peu plus agréable, je vais y voir un peu plus clair. On a 21 – 22 nœuds de moyenne avec des pointes à 26 nœuds, ça glisse bien et ça avance. » Nous confiait Erwan Tabarly lors de la vacation.

Si tous rêves de victoire à Saint-Barthélemy, la lucidité de Gérald Veniard sur l’éventualité de grappiller une ou deux places au classement général reste intacte : « On risque de ne pas gagner cette fois-ci, hors on était venu pour ça avec Jeanne. Donc, on va être obligé de revenir. Cercle Vert est à 50 milles devant nous, à nos vitesse actuelles, ça fait 5 heures d’avance, ça me paraît difficile d’aller les chercher, sachant que nos vitesses sont très proches désormais. L’objectif est donc de finir sur le podium, à la troisième place, on se bat pour ça. Et ce ne sera pas facile, car les autres sont bien énervés et il y a encore des écarts latéraux importants avec certains. » Ces adversaires qui veulent impérativement monter sur le podium ne vont pas faciliter la tâche de Jeanne Grégoire et Gérald Veniard. Auteur d’une très belle remontée en moins de 12 heures, Skipper Macif est un redoutable adversaire pour Banque Populaire. L’ivresse de la victoire de Fabien Delahaye en 2010 avec Armel Le Cléac’h doit certainement le hanter et c’est à corps perdu que Fabien et Paul Meilhat vont se jeter dans l’ultime bataille. Une fois de plus le final risque de nous livrer de belles empoignades.

Les ETA ne vont cesser de se préciser au fil des heures mas il est certain que dimanche en début de soirée, les quais de Gustavia seront bondés pour accueillir un équipage qui aura réussi à maîtriser parfaitement les affres de la météo, la combativité de ses adversaires et qui aura réussi à tirer la quintessence de son bateau pour s’imposer.

Ils ont dit:

Gildas Morvan – Cercle Vert

La nuit n’est pas facile, il fait très noir et se n’est pas évident de barrer dans l’obscurité complète. Les conditions ne sont plus les mêmes, ils ont éteint la lumière, y’a plus de vent et il y a une mer croisée, alors on fait des relais à la barre de 30 minutes – 1 heure, car c’est difficile de rester concentré longtemps. Pour l’instant, on regarde les modèles qui nous mènent vers l’arrivée et on essaie de réduire l’écart latéral avec nos concurrents en faisant une route idéale. Les ETA aujourd’hui nous donne le 13 mai vers 10 heures TU à la pointe des Colombiers et pour notre retour à terre, je rêve d’une bonne bière fraîche pour commencer, suivi d’une bonne viande avec des frites accompagnée d’un verre de vin rouge. Des plaisirs simples.

Erwan Tabarly – Nacarat

Je viens de me lever, la nuit est noire car la lune ne s’est pas encore levée, mais cela ne saurait tarder. Le quart que je vais prendre devrait donc être plus agréable, je vais y voir un peu plus clair. On a 21 – 22 nœuds de moyenne avec des pointes à 26 nœuds, ça glisse bien et ça avance. On a toujours le spi léger pour le moment et c’est bien comme cela, c’est encore adéquat aux conditions rencontrées. Si on change de voile, on fera ça au lever du soleil. En tout cas, ça fait du bien d’avoir ce vent, on a de belles vitesses et on attendait cela depuis longtemps, car les alizés ont été plutôt faible cette année. On devrait garder ce rythme toute la journée et ça va faiblir un peu à l’approche de Saint-Barth, mais on devrait tout de même garder 16 nœuds en moyenne. Sinon, on rencontre moins d’algues qu’hier, ça devient raisonnable, parce qu’hier, on était obligé d’aller en retirer toutes les 5 minutes. Côté avitaillement, on est parfait et pour l’eau il nous reste 30 litres pour 3 jours. De quoi, j’ai envie pour l’arrivée ? Même si on a bien mangé à bord de Nacarat avec des bons petits plats de traiteurs, je crois que ce sera un bon steack – frites, on ne peut pas faire ça à bord.

Gérald Veniard – Banque Populaire

On est à un peu moins de 600 milles de l’arrivée, le vent a fini par rentrer, un peu tard pour nous, car on l’a touché un peu après certains de nos petits camarades de jeu. La nuit était noire, mais la lune vient de se lever ça va être plus facile. On fait des surfs à 15 – 16 nœuds de vitesse et c’est vraiment agréable de voir les milles défiler après une traversée assez lente. Ces conditions là, c’est des moments magiques, c’est pour ça que l’on vient. La houle est forte, belle et propre et on arrive à rester les yeux rivés sur les instruments pour faire des surfs parfaits. Le bateau est fait pour ça, pour ces accélérations. Je me rappelle du Figaro 1, qui roulait dès que l’on passait au dessus de 14 nœuds de vitesse. Le barreur devait mettre des grands coups de pelle dans la barre, reliée à un seul safran, pour maintenir le cap. Les quarts s’enchaînent toutes les deux heures, sans trop se parler car maintenant on est branché sur de la grosse concentration. On risque de ne pas gagner cette fois-ci, hors on était venu pour ça avec Jeanne. Donc, on va être obligé de revenir. Cercle Vert est à 50 milles devant nous, à nos vitesse actuelle, ça fait 5 heures d’avance, ça me paraît difficile d’aller les chercher, sachant que nos vitesses sont très proches désormais. L’objectif est donc de finir sur le podium, à la troisième place, on se bat pour ça. Et ce ne sera pas facile, car les autres sont bien énervés et il y a encore des écarts latéraux importants avec certains.

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RivaCom

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Mis à l'eau le: 11 mai 2012

Matossé sous: Figaro 2, Monotypie, Transat AG2R

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