La gestion du sommeil de Jean-Pierre Dick

© Y.Zedda/ Virbac-Paprec Sailing Team

A l’occasion de la 12ème Journée du Sommeil® organisé par l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) présidé par le Pr Damien Léger, Jean-Pierre Dick nous explique la gestion du sommeil dans la course au large dans un entretien avec le Dr François Duforez*. Il travaille sur le sujet depuis 10 ans avec le centre du sommeil de l’hôpital Hôtel Dieu et l’European Sleep Center à Paris.

Qu’est-ce que le travail avec les spécialistes du sommeil vous a-t-il apporté concrètement?

La gestion du sommeil est clé dans la course au large. Il faut s’adapter en permanence aux conditions de course et avoir un minimum de sommeil par 24 heures pour ne pas engranger une fatigue qui pousserait tôt ou tard à la faute. Les études menées par les spécialistes du sommeil m’ont permis de déterminer précisément à quels moments s’ouvraient mes portes du sommeil. Pendant ces périodes, je suis moins vigilant et si je ferme les yeux, je m’endors beaucoup plus vite. Grâce aux enregistrements, j’ai pu individualiser mes heures les plus propices à l’endormissement.

Combien d’heures de sommeil par 24 heures ?

Tout dépend des conditions de course. Disons que j’essaie de faire 2 ou 3 phases de sommeil pendant la nuit et encore 2 ou 3 siestes plus courtes pendant la journée, pour un total d’environ 5 heures de sommeil tout compris. Dans des conditions vraiment difficiles de navigation ou en cas d’avarie, on est alors capable de rester en veille l’essentiel du temps pour ne s’octroyer que quelques pauses de sommeil flash de quelques minutes, ou même de quelques secondes éparpillées dans la journée.

La voile nous démontre que l’on peut être au plus haut niveau à plus de 40 ans, est-ce car on dort moins en vieillissant ?

Je ne crois pas. Je pense au contraire, qu’il faut mettre toute son ingéniosité au service d’une anticipation des problèmes de manière à s’octroyer des plages de repos. Lorsqu’on est jeune, on pense souvent que la seule façon d’aller vite est de forcer sa nature en s’imposant notamment des veilles interminables. En navigant avec Loïck Peyron, j’ai découvert que chaque geste était mûrement réfléchi, ce qui dégage calme et sérénité. On prend alors de meilleures décisions, la concentration est améliorée et on peut mieux résoudre les problèmes !

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce genre de détails qui n’en sont pas ?

Je pense à mon nouveau bateau le Virbac- Paprec 3. Le choix sur ce bateau spartiate a été un confort très minimaliste, afin de gagner du poids donc de la performance. Les seuls éléments de confort sont les sièges du bord pour barrer et préparer la navigation et le « lit » conçu avec l’aide technique de l’Association Pour la Literie, qui sont de véritables cocons.

Justement, pourquoi créer ce genre d’environnements « cocons»

Sur mer, on arrive à dormir tout en restant connecté à certaines sensations. Mais il faut le faire dans un environnement sécurisé et adapté au bateau qui gîte, bouge en permanence et subit les chocs des vagues sur le carbone de la coque. Les différents prototypes de matelas testés devaient obéir à ce cahier des charges : permettre de s’endormir vite, calé en sécurité, filtrant les chocs nocifs à la colonne vertébrale tout en amenant du confort et de la sensibilité par rapport au bateau, en jetant un œil aux instruments si nécessaire.

Pratiquement, cela s’est traduit comment ?

Tout d’abord en élaborant et comparant les sensations sur différents types de support et sur différents marins. Il a fallu 4 prototypes pour avoir un résultat intéressant permettant de s’endormir de manière confortable, rapidement et en sécurité tout en ne pénalisant pas le poids du bateau car chaque gramme compte ! Des enregistrements réalisés en situation ont montré l’apparition rapide et importante de sommeil lent profond sur ce type de lit, donc un sommeil de qualité.

Une anecdote à ce sujet ?

Lors de la Barcelona World Race, Loïck Peyron avait amené son propre hamac de 100 grammes et regardait le prototype de matelas d’un drôle d’oeil. Après avoir testé et apprécié la différence en terme de récupération en dormant sur le « lit de compétition », le hamac a servi de fil à linge pour faire sécher les vêtements pendant la course !

La prochaine étape ?

C’est l’envie de repartir en mer et bien sûr, la préparation du Vendée Globe en novembre 2012. Tous les détails seront importants et le sommeil est intimement lié à la performance et à la sécurité surtout sur cet immense territoire de jeu qu’est la mer. Il y a encore du travail à réaliser, des réflexions à approfondir.

*Dr François Duforez, Médecin du Sport et du sommeil, Praticien Attaché du centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris.

Source

Virbac-Paprec Sailing Team

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