L’heure du bilan

© Jean-Louis Carli

Fêtes de fin d’année rimant souvent avec coup d’oeil en arrière et leçons tirées, Alan Roura profite d’un instant de répit après une saison particulièrement intense pour dresser son bilan 2023, le regard principalement tourné vers l’avant et une saison 2024 capitale. Performances sportives, état d’esprit, recherche de sponsors et objectifs futurs : le jeune marin de 30 ans reste fidèle à lui-même et ne cache rien de ce qui occupe son quotidien.

Alan, quel bilan sportif tires-tu de cette saison particulièrement complète, en duo puis en solo ?

La première phase d’entraînement, où Simon et moi avons appris à utiliser le bateau ensemble, a été intense et très intéressante. On a enchaîné les navigations en Bretagne puis au Portugal, avant de participer à nos premières courses. Avec des performances correctes et d’autres parfois un peu plus complexes en raison de certaines difficultés liées à des conditions météo peu adaptées à notre bateau très typé. Sportivement, lorsqu’on regarde les classements, il y a naturellement eu quelques déceptions car des places de 18 ou de 20 n’étaient pas vraiment l’objectif.

La Transat Jacques Vabre était le temps fort où nous nous étions fixé comme objectif principal de nous confronter aux autres bateaux. C’est pourquoi nous avons opté pour l’option qui était d’aller chercher les alizés, ce qui nous a fait perdre des places au classement final. En revanche, nous avons énormément appris sur la navigation du bateau au portant et ça c’est vraiment un énorme plus sur le côté sportif.

Sur le Retour à La Base, en solo, j’ai été embêté par quelques petites avaries qui ne m’ont pas permis de viser une véritable performance. Mais là aussi ce qui ressort sont les très bonnes phases que j’ai eues avec le bateau, qui m’ont permis de définir mon jeu de voile pour la saison prochaine, pour faire marcher le bateau dans toutes les conditions. Cela m’a également permis de réaliser un vrai bilan sur où je me situe en solitaire et d’identifier mes besoins pour la suite.

On a aussi énormément grandi avec l’équipe, on s’est tous beaucoup apporté cette année, c’était une très belle étape dans notre préparation pour le Vendée Globe. Je pense qu’on a su composer au mieux avec nos moyens humains, le temps qui nous était imparti et le budget dont on disposait. On a exploité au maximum nos ressources, nous sommes allés au max de ce que nous pouvions faire et ça c’est vraiment ce qu’il me reste de cette année.

Je retiens donc un bilan positif car j’ai énormément appris, en termes de navigation avec Simon mais aussi d’un point de vue technique. Je pars ainsi sur de bonnes bases pour attaquer la saison 2024 en solitaire !

ÉQUIPE, SOCIÉTÉ, RECHERCHE DE FONDS ET COMPÉTITIONS À GÉRER

Humainement, comment te sens-tu à 30 ans et après 10 ans de carrière ?

J’ai 30 ans et ça fait 10 ans que je cours au large. Je me sens bien, je me sens au mieux de ma forme physique et mentale, je suis serein. Sur le Retour à La Base, je réalisais ma 14e transatlantique, j’ai déjà fait 2 Vendée Globe… Je commence donc à avoir une expérience assez solide au large ainsi qu’en IMOCA, qui sont des bateaux très complexes mais absolument incroyables. Je me sens bien, mais j’ai besoin de repos cet hiver, après une saison 2023 qui a beaucoup tiré sur les bonshommes.

Je sens aussi que j’ai atteint les limites de ce que je pouvais gérer seul. Je suis très bien entouré, mais nous restons une équipe de taille moyenne et je reste énormément impliqué dans le projet. Et il est très compliqué de tout faire en même temps, en termes de gestion d’entreprise, d’équipe et de projet, de recherche de fonds et de sponsors, de préparation personnelle et technique, d’entraînements et de compétition. Je pense que j’ai atteint le maximum de ce que je suis capable de faire face à toutes les complexités liées à un projet de cette envergure.

NAVIGUER AVEC LES CHIFFRES, TIRER DANS LA MACHINE ET RESTER CONCENTRÉ

Que retiendras-tu de ta collaboration avec Simon ? Que t’a-t-il apporté de meilleur ?

La première, et sans doute la plus importante, c’est que ça m’a réconcilié avec la navigation en double. Humainement ça s’est très bien passé, nous avons vécu une belle année ensemble, nous nous sommes régalés et avons beaucoup navigué. Nous avons parfois commis des erreurs mais nous avons toujours donné le meilleur de nous-mêmes sur l’eau.

Simon m’a aussi énormément apporté en analyse de performance, en particulier au regard des chiffres. Nous avons une approche très différente à ce niveau-là. Alors que je navigue essentiellement au feeling, Simon se concentre davantage sur la comparaison des données et l’étude de la trace. C’est quelque chose que j’utilisais moins, mais que j’intègre aujourd’hui, grâce à lui. Ce qui va beaucoup m’aider pour la suite. Il m’a également prouvé l’importance de tirer fort dans le bateau, et il a raison, car il tient, on peut aller très loin dans la démarche. Cela m’a permis de me libérer davantage dans ma manière de naviguer.

Et qu’as-tu appris de ton travail avec tes différents coachs ?

J’ai acquis beaucoup de choses en m’entourant de différents coachs, j’ai appris à me connaître encore mieux, à me gérer, notamment sur le plan mental dans les phases plus complexes. J’arrive à beaucoup plus me recentrer, à prendre les bonnes décisions, à ne pas perde de temps et à être vraiment serein, même si c’est dur et même s’il n’y a pas tout ce qu’il faut pour que ça marche. J’ai appris à ne pas baisser les bras et à continuer de naviguer au mieux avec ce qu’on a et à arrêter de me morfondre. C’est vraiment une étape que j’ai passée cette année, je me sens beaucoup plus libéré à ce niveau. Cela a été un gros travail avec les différents coachs avec lesquels j’ai pu travailler.

« JE RESTE SIMPLEMENT MOI-MÊME, ÇA PEUT PLAIRE OU DÉPLAIRE »

Il est vrai qu’on t’a parfois reproché de rester souriant et content de toi malgré les contre-performances, et en même temps d’être trop négatif quand tu es dans l’auto-critique : comment vis-tu ces nouvelles attentes quant à tes résultats ?

J’ai toujours un peu de mal à me positionner… En fait, je reste simplement moi-même et forcément, ça peut plaire ou ne pas plaire. Lorsque je reste souriant malgré les contre-performances, c’est simplement parce qu’il ne faut pas oublier que traverser l’Atlantique sur ces bateaux n’a rien d’anodin. On reste peu nombreux à le faire, ça demande énormément de travail, sur les courses plus « petites » aussi. Pour moi, ainsi que pour toute l’équipe et les partenaires qui me soutiennent, il est important de garder un état d’esprit positif pour grandir, pour aller de l’avant et ne pas entrer dans une spirale négative.

Et justement, j’ai par moment été trop négatif sur mon auto-critique, je dois mieux me gérer là-dessus, essayer de relativiser et de rebondir pour aller de l’avant. Ce qui m’a pas mal rassuré aussi, c’est que les performances que nous avons réalisées en double se révèlent assez proches de celles en solitaire. Simon est un sacré régatier et un sacré marin, il fait 2e à la Transat Jacques Vabre et 4e à la Route du Rhum en Class40, et quand on se retrouve tous les deux en IMOCA, on a tout de même de la peine à faire marcher notre bateau. Autrement dit : le problème ne vient pas directement de moi, ou du moins pas que de moi.

Car oui, à 30 ans et après avoir tout appris et m’être construit seul, j’ai encore beaucoup de choses à améliorer. Mais cela a démontré qu‘on a aussi beaucoup de travail à faire sur le bateau pour le rendre plus polyvalent et donc plus performant, face à une concurrence que nous avions peut-être sous-estimée au moment d’acheter le bateau (13 bateaux neufs construits depuis 2021 et des chantiers d’optimisation effectués sur l’intégralité de la flotte, ndlr).

Aujourd’hui, j’essaye de ne pas trop penser à cette pression. Je n’ai qu’une envie, c’est de retourner naviguer le plus vite possible avec mon bateau, avec les bonnes cartes en mains et la configuration souhaitée : celle du départ du Vendée Globe. Je suis impatient de tester tout ce qu’on aura effectué cet hiver et de me confronter aux autres, voir si nos améliorations nous permettront de gagner plus de place et ainsi se rapprocher du top 10.

Donc dans tous les cas, je rassure tout le monde si certains en doutaient (rires) : on fait tout ce qu’on a en notre pouvoir pour améliorer le bonhomme et le bateau, avec un gros travail de prévu sur les deux cet hiver.

C’est à dire ?…

Je vais continuer à travailler avec des professionnels au niveau de mon comportement en mer, de ma récupération et de ma façon de naviguer. Le bateau, lui, est entré en chantier pour des modifications assez conséquentes dont nous reparlerons très, très vite. Nous allons également travailler sur l’ergonomie intérieure du bateau pour que je puisse mieux me reposer et donc mieux naviguer, sur le positionnement et le poids des ballasts, tandis qu’un effort financier important sera consacré à l’amélioration des voiles. En bref, nous remettons le bateau au goût du jour, ce qui est une très bonne chose car il en avait grand besoin : ce doit être le dernier bateau de sa génération à être encore dans sa version initiale. La dernière étape restante concernera probablement un changement de foils, mais cela représente un budget que nous ne pouvons pour le moment pas nous permettre.

Quel est le programme et tes objectifs de travail pour 2024 ?

Après le gros chantier, nous prévoyons de consacrer beaucoup de temps à la navigation. L’objectif sera de ré-apprivoiser la machine avec ses nouvelles modifications et mettre en oeuvre le gros travail de préparation sur moi, niveau physique et mental. Le calendrier sportif s’annonce de nouveau très dense, avec deux courses transatlantiques qui vont très vite arriver après la remise à l’eau du bateau (The Transat CIC et la New York – Vendée, ndlr) . Elles constitueront le cœur de nos entraînements de l’année, on va se mettre tout de suite en configuration course. Il va falloir être très bon là-dessus et ça va être à moi de mettre à plat tout ce que j’aurai appris.

J’ai hâte de voir tous les bateaux avec les marins à fond, avec évidemment l’objectif d’essayer de grappiller quelques nœuds de vitesse à gauche, à droite, pour être au niveau des bateaux de ma génération. Jouer au plus proche de la première division sur le Vendée Globe, c’est vraiment l’objectif qui me tient à coeur. Je vais tout faire pour.

Source

Alan Roura Communication

Liens

Informations diverses

Sous le vent

Les vidéos associées : IMOCA

Les vidéos associées : Transat Jacques Vabre

Les vidéos associées : Vendée Globe