Les Anglais en force en IMOCA

© Pierre Bourras

Si vous consultez la liste des skippers et co-skippers au départ (dimanche 29 octobre) de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre en IMOCA, vous constaterez que la plus forte représentation d’une nation dans la course, en dehors de la France, est celle de la Grande-Bretagne.

En effet, ce n’est pas moins de huit marins d’outre-manche qui prennent part à la classique biennale et, au total, ils sont déjà dix Anglais classés au Championnat IMOCA depuis le début de la saison. Les Britanniques s’imposent donc résolument au sein de cette Classe référence de la course au large et ce malgré l’absence presque totale de sponsors anglais à leur côté.

Au Havre, nous retrouvons la légende Mike Golding (quatre Vendée Globe), actuel co-skipper du Chinois Jingkun Xu, ainsi que l’incontournable Sam Davies qui peut prétendre au top 5 sur le tour du monde en solitaire l’hiver prochain avec son nouvel Initiatives-Cœur 4. Également au départ de la transat, la navigatrice Pip Hare qui fait équipe avec son compatriote et nouveau venu en IMOCA, Nick Bubb, à bord de Medallia.

Ensuite, nous retrouvons des anciens élèves de la fameuse Artemis Offshore Academy qui ont récemment rejoint les rangs de l’IMOCA : Sam Goodchild (For The Planet), actuel leader du Championnat IMOCA Globe Series 2023, Will Harris, co-skipper de Team Malizia de Boris Herrmann, Alan Roberts, co-skipper de L’Occitane en Provence avec Clarisse Crémer et l’Australo-britannique Jack Bouttell qui navigue cette année avec Sam Davies.

Par ailleurs, deux autres skippers anglais ne rallieront pas la Martinique cette année mais sont bel et bien actifs dans la Classe : le jeune James Harayda dont le bateau a subi une avarie et Phil Sharp qui met à l’eau son nouveau plan Manuard (OceansLab) ces jours-ci.

C’est donc une impressionnante cohorte britannique et les aficionados de la voile au Royaume-Uni se réjouissent de les voir de plus en plus nombreux parmi les meilleur(e)s skippers au monde. « C’est vraiment génial », s’enthousiasme Pip Hare qui, avec James Harayda, a choisi de rester basée dans le sud de l’Angleterre, avec son équipe. « Nous faisons tous la promotion du sport au Royaume-Uni et nous donnons aux fans britanniques plus d’occasions de suivre ce sport et de s’impliquer. Nous contribuons aussi à la notoriété et la popularité de la course au large en général, en élargissant notre portée », ajoute-t-elle.

Will, qui navigue depuis 2019 aux côtés de la star allemande Boris Herrmann, est tout aussi positif quant au retour des Britanniques dans l’IMOCA et surtout quant au fait que les Anglais sont désormais bien intégrés au sein des équipes les plus compétitives du circuit.

« Oui, c’est vraiment top de voir la présence croissante des Britanniques dans les équipes IMOCA », déclare-t-il depuis Lorient, lors d’une pause dans les derniers préparatifs avant de monter au Havre. « Nous revenons d’une période où nous, britanniques, avons eu du mal à entrer dans le peloton de tête. Alex (Thomson) était toujours là et avant lui Ellen (MacArthur), mais maintenant nous sommes plus nombreux et nous ne faisons qu’augmenter nos chances de faire de bons résultats. »

L’influence de l’Artemis Offshore Academy est indéniable, puisque quatre anciens élèves courent cette année en IMOCA. Créée en 2009 à Cowes, cette école de voile gérée par OC Sport avait pour objectif de former les futurs talents britanniques et de les préparer pour les courses en Figaro et, à terme, pour le Vendée Globe.

L’académie a fermé ses portes en 2016, mais les fruits de la vision de Mark Turner à l’époque, commencent à peine à se manifester à travers les exploits des nouveaux entrants en IMOCA. Will Harris faisait partie de la dernière promo. « C’est vraiment impressionnant de voir ce que chacun a accompli », dit-il. « Je pense que personne n’avait imaginé le temps qu’il faudrait pour que les bénéfices de ce programme se mesurent concrètement. »

Alan Roberts dit retrouver un esprit familial, un certain héritage des années passées à l’académie. « C’est presque le même petit groupe. Ce sont tous les anciens du Figaro et de l’Artemis, on retrouve la bande ! », explique-t-il.

Leur approche fut d’investir leur temps et leur énergie en France, en s’imprégnant de la culture de la course au large en solitaire en Bretagne. Aujourd’hui, nous retrouvons ces excellents marins au sein de différentes Classes, allant du Mini à l’IMOCA, en passant par la Class40 et le Figaro.

Alan rit de la façon dont ils se sont intégrés dans leur pays d’adoption. « Jack (Bouttell), Sam (Goodchild) et moi sommes tous aussi français qu’on peut l’être pour un Anglais », s’amuse-t-il. « Je pense même que Sam et Jack paient des impôts ici. Pas moi, parce que je ne gagne pas assez d’argent (rires) ! »

Selon Pip Hare, être basée en Grande-Bretagne est un élément important de sa mission en tant que navigatrice professionnelle. « J’ai pris la décision de rester en Angleterre », explique-t-elle. « Il aurait été beaucoup plus facile d’aller gérer la campagne en France, d’un point de vue logistique et pratique, puis il y a là-bas beaucoup d’expérience qui me serait fort utile dans mon quotidien, mais je pense que ce qui me passionne vraiment, c’est de fédérer de plus en plus de fans autour de ce sport dans mon pays. »

La forte présence britannique au sein de la flotte IMOCA aujourd’hui ne fait que souligner l’énigme du sponsoring et la difficulté des coureurs à convaincre les grandes entreprises basées en Grande-Bretagne de les soutenir. Pour Alan Roberts, c’est encore un mystère et il souhaiterait bien avoir la solution.

Will Harris tente de résumer la situation de son point de vue : « Tous les marins britanniques qui naviguent aujourd’hui en IMOCA ont probablement réfléchi à cette question ces dix dernières années. Comment persuader les entreprises anglaises de me soutenir ? En réalité, et nous l’apprenons petit à petit, il faut davantage se tourner vers l’international car il est très difficile de persuader des sponsors britanniques de soutenir la Grande-Bretagne dans cette quête de succès sur les mers du globe. Sinon, il faut prouver son talent à des équipes déjà bien établies et c’est ainsi que ces anciens membres de l’Artemis Offshore Academy sont au départ de la Transat Jacques Vabre cette année. Nous sommes nombreux à être le co-skipper d’un skipper de renom et nous espérons pouvoir avoir notre propre projet un jour… »

Pip Hare plaisante et n’hésite pas à lancer aux marins britanniques le défi « d’attraper les sponsors par les épaules, de les secouer et de leur dire qu’ils sont en train de rater quelque chose d’énorme ». Elle a sans doute raison puisque des entreprises britanniques ont, dans le passé, pris le large en soutenant des navigateurs comme Ellen MacArthur, qui était sponsorisée par le groupe Kingfisher, et Mike Golding, qui bénéficiait du soutien de Group 4. Aujourd’hui plus que jamais, la présence anglaise au sommet de la flotte IMOCA offre une réelle opportunité d’accompagner des coureurs compétitifs.

Alors que l’attention se porte actuellement sur la saison en double, les Britanniques de l’IMOCA rêvent du Vendée Globe, à l’image de Sam Davies, Sam Goodchild et Pip Hare. Cependant, une autre idée vient à l’esprit de ces hommes et femmes : pourraient-ils constituer un vivier de talents pour une participation britannique à la prochaine édition de The Ocean Race ? Will Harris et Alan Roberts ne sont évidemment pas contre !

« Il n’y a aucune raison pour qu’un sponsor ne puisse pas se présenter maintenant, construire un bateau l’année prochaine, le mettre à l’eau en 2025 et se lancer dans une campagne complète sur The Ocean Race en 2026-27 puis sur le Vendée Globe en 2028 – ce serait l’objectif…», déclare Alan.

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