Les skippers IMOCA par leurs pairs

Les skippers des équipes engagées dans The Ocean Race sont des acteurs clés de cette première édition ouverte aux IMOCA. Ces cinq marins d’exception ont joué un rôle déterminant dans le lancement de leur campagne et occupent aussi naturellement un rôle majeur sur l’eau. Gagner The Ocean Race requiert dynamisme et compétitivité, une capacité à prendre des décisions difficiles sous pression, mais aussi de la patience et une excellente gestion d’équipe dans ce qui est l’une des épreuves les plus longues et les plus exigeantes du sport international.

C’est aussi une immense responsabilité de veiller à la sécurité et au bien-être de ses coéquipiers qui naviguent dans les mers les plus sauvages et les plus inhospitalières de la planète, à bord des bateaux les plus extrêmes qui aient jamais pris part à la compétition.

Tout cela représente un défi de taille. Pour en savoir plus sur ceux qui sont aux commandes de chaque IMOCA durant le tour du monde, nous avons demandé à d’autres marins de nous parler de ces skippers qu’ils connaissent bien pour avoir déjà partagé du temps ensemble sur l’eau.

KEVIN ESCOFFIER – TEAM HOLCIM-PRB

par Charles Caudrelier, skipper de Dongfeng Race Team sur la dernière Volvo Ocean Race (ancien nom de The Ocean Race)

« Kevin a tout ce qu’il faut. Il a l’expérience de la Volvo Ocean Race et c’est aussi un ingénieur. Il est l’un des rares marins à pouvoir concevoir, construire et mener un même bateau, ce qui le rend très polyvalent. Il a beaucoup navigué dans sa vie, mais pas autant que les gens le pensent car il a passé beaucoup de temps en bureau d’études. Il a passé tellement de temps à faire cela, à penser aux bateaux, qu’il comprend très vite quelles sont les bonnes modifications à apporter pour aller plus vite.

Kevin est très bien organisé. Il a des priorités claires et c’est vraiment l’un des gars les plus durs que j’ai vu à bord. Il était numéro 1 sur les nos dernières Volvo Ocean Race ensemble et c’est l’un des rôles les plus difficiles à bord. Quand les conditions étaient vraiment difficiles, il était toujours le dernier à avoir de l’énergie et il a fait des choses incroyables pour Dongfeng Race Team quand nous étions dans les mers du Sud, toujours le premier à aller sur la plage avant.

Je pense que c’est un bon leader et c’est naturel chez lui. Il est drôle et a un très bon état d’esprit. Il a beaucoup de qualités de marin car il est aussi un très bon barreur et un très bon régleur. Sa faiblesse est probablement qu’il est très ambitieux et qu’il met beaucoup de pression sur ses propres épaules parce qu’il veut gagner. Il veut être impliqué partout, parfois trop. Cela pourrait être une faiblesse, mais pour avoir fait le tour du monde avec lui, c’est la seule à laquelle je pense. »

CHARLIE ENRIGHT – 11TH HOUR RACING TEAM

par Simon Fisher, navigateur de l’équipe

« Charlie est un homme bien. On ne part pas sur un autre tour du monde avec des gens que l’on n’apprécie pas, c’est sûr.

Pour commencer, c’est quelqu’un de motivé. Super compétitif, il fait partie de ces gens qui font bouger les choses, comme en témoigne cette troisième campagne The Ocean Race.

Charlie et Mark Towill (cofondateur et CEO) ont commencé ce projet par un rêve. Aujourd’hui, nous sommes probablement l’une des plus grandes équipes de la course, et cela est notamment dû à l’implication et au travail de Charlie, à son attitude, à sa conviction de faire bouger les choses. C’est impressionnant de voir comment il fait cela, mais tout cela d’une manière très terre à terre – il est très accessible et a un vrai esprit d’équipe.

Les meilleurs managers avec lesquels j’ai travaillé sont des gens qui savent qu’ils se sont entourés de personnes qu’ils considèrent comme les meilleures dans leur domaine, et leur style de management est donc horizontal. Charlie correspond à ce modèle : il laisse les gens faire leur travail et avancer en fonction de leurs points forts et il est toujours heureux de donner à chacun l’espace nécessaire pour faire ce qu’il fait le mieux.

La marque d’un bon leader est aussi de savoir quand prendre les devants et prendre les décisions, et il n’a pas peur de le faire non plus. Il est certain que diriger ces bateaux et savoir où les mener est toujours très important, et il a fait du bon travail à cet égard. »

BENJAMIN DUTREUX – GUYOT ENVIRONNEMENT-TEAM EUROPE

par Annie Lush, équipière

« J’ai navigué pour la première fois avec Ben sur The Ocean Race Europe lorsqu’il était notre navigateur en juin 2021. En réalité, il a déjà énormément évolué. Cela fait un an et demi qu’on le connait, il sortait alors de son premier Vendée Globe, mais était encore en plein d’apprentissage dans la gestion d’un projet IMOCA. Mais en très peu de temps, il s’est retrouvé à la tête d’un chantier naval, avec un tout nouveau bateau et une campagne d’ampleur, ce qui lui a permis de se dépasser très rapidement.

Le fait qu’il veuille participer à The Ocean Race montre bien à quel point il cherche à s’améliorer. Il a fait son premier Vendée Globe, puis a très vite acheté un autre bateau plus performant. Il a vu, en naviguant avec une équipe, qu’il pouvait apprendre à faire avancer son bateau plus rapidement. Je pense que c’est un homme d’avenir qui est prêt à saisir toutes les opportunités pour se dépasser et aller plus vite, ce qui est une grande qualité.

À bord, Ben est très ouvert aux idées et à l’essai de nouvelles choses. Si vous lui dites « Je ne sais pas si ce serait mieux de faire comme ça… », il vous répond toujours « OK, essayons », ce qui est une super attitude. Il est parfois assez émotif, et c’est quelque chose sur lequel il a essayé de travailler, mais c’est aussi une bonne chose. J’ai navigué avec beaucoup de skippers maintenant et les meilleurs ont toujours un peu de feu en eux – quand je vois cela, je sais que cela signifie que nous allons aller vite.

Il n’y a aucun doute que c’est un énorme défi pour Benjamin. Il ne s’agit pas seulement de gérer l’équipe en mer, mais aussi l’équipe à terre. Cette course est énorme avec une grande équipe à terre et la logistique qui va avec. Bien sûr, nous avons des personnes compétentes pour cela mais c’est lui qui pilote l’ensemble. Je pense qu’il est étonné de l’ampleur de cette course, qui est si différente du Vendée Globe, qui démarre et s’arrête au même endroit. Mais il a cette attitude ouverte pour apprendre et aller de l’avant et, lorsque nous faisons nos comptes rendus, il pense toujours à l’avenir et je pense qu’il est important qu’il maintienne cette attitude. Nous devons lui donner suffisamment de temps et d’espace pour que, quel que soit son niveau de stress, il puisse s’asseoir et réfléchir de manière rationnelle, car lorsqu’il le fait, les résultats sont vraiment bons ».

BORIS HERRMANN – TEAM MALIZIA

par Pierre Casiraghi, fondateur de l’équipe et vice-président du Yacht Club de Monaco

« Boris est très doué pour rassembler les gens autour d’un projet, en donnant des responsabilités à chaque membre de l’équipe. Il pense qu’établir un bon équilibre entre les hommes et les femmes aide beaucoup et Boris a toujours voulu cela. 
Je pense également que le fait d’avoir une équipe internationale apporte des perspectives et des idées différentes sur la façon de résoudre les problèmes au quotidien.

Boris sait comment s’amuser dans une équipe – partager des moments agréables en groupe nous aide à sentir que nous travaillons tous ensemble vers le même objectif, et que chacun peut compter les uns sur les autres.

A bord, c’est génial car Boris est très calme et il veut toujours préserver le bateau et finir la course. Il est très respectueux des concurrents et nous nous amusons aussi beaucoup sur le bateau – quand tout va bien, il aime toujours faire une bonne blague.

Je pense que Boris et le Team Malizia s’en sortiront très bien dans cette course. Il a beaucoup d’expérience de la navigation autour du monde avec de nombreuses équipes et sur des bateaux différents, que ce soit l’équipage de Maserati (MOD70), ou la course avec Francis Joyon sur Idec (Ultime), ou d’autres encore. »

PAUL MEILHAT – BIOTHERM

par Sam Davies qui a navigué avec Paul Meilhat sur Initiatives-Cœur lors de la Transat Jacques Vabre 2019

« L’une des plus grandes qualités dont vous avez besoin pour skipper un équipage The Ocean Race est d’avoir une solide envie de participer à cette course et de la gagner. Je peux confirmer à 100% que Paul a cette qualité, car il est arrivé sur la ligne de départ à peu près contre toute attente.

Je pense que c’est probablement l’une des plus grandes forces que vous pouvez avoir, surtout du point de vue de l’équipage. Il est évident que votre équipage vous regarde et vous devez montrer l’exemple. Je pense que Paul a fourni tellement d’efforts et d’enthousiasme et je sais qu’il a construit son bateau lui-même et je pense que c’est une source d’inspiration pour son équipage. Quand on voit un tel effort, on se donne naturellement à 100% pour la réussite du projet.

Le temps nous dira comment il s’y prend pour mener son équipe mais je suis assez confiante. Il veut faire le tour du monde, s’amuser, en profiter et tirer le meilleur parti de cette opportunité. Il n’a pas eu le temps de constituer une équipe, par le biais d’exercices ou de formations – il arrive à la dernière minute. Il fait donc appel à des personnes qu’il connaît très bien, avec lesquelles il a déjà navigué et qui ont la même approche de la course que lui. Comme tout bon dirigeant, il s’est entouré des bonnes personnes. Je suis sûr qu’il y aura des hauts et des bas sur cette longue course, mais, comme je l’ai dit, je suis confiante.

À bord, Paul se donne à 100%. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié lorsque je naviguais avec lui. Du moment où il monte à bord et jusqu’à ce qu’il descende, toute son énergie et tout ce qu’il fait servent à faire avancer le bateau aussi vite que possible et dans la bonne direction. Mais en même temps, il en profite, sans se compliquer la vie. Avec tous les efforts qu’il a déployés, ce facteur de plaisir va probablement être encore plus élevé que ce que j’ai vu il y a quelques années. »

Source

Julia Huvé

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