L’IMOCA est forte, attractive et dynamique

© Christophe le Bohec

Les skippers IMOCA, qu’ils soient piliers du Championnat ou nouveaux entrants, se sont réunis à Lorient pour échanger et tenir leur Assemblée Générale annuelle. Alors que les IMOCA GLOBE SERIES 2022 débutent le 8 mai à Brest avec le départ de la Guyader Bermudes 1000 Race, Antoine Mermod, président de l’IMOCA depuis 2017, revient sur les enjeux d’une Classe toujours aussi attractive.

IMOCA : Antoine, l’IMOCA semble être en excellente santé à l’aube de la saison 2022 avec de nouveaux partenaires, de nouveaux skippers, de nouveaux bateaux – 14 au total – et à nouveaux quatre courses au programme cette année ?

Antoine Mermod :

« L’IMOCA est probablement plus forte que jamais. Nous avons de nombreux nouveaux projets et des projets de grande qualité. De nouveaux partenaires arrivent aux côtés des skippers, à l’image de Hublot avec Alan Roura, Biotherm avec Paul Meilhat, Guyot Environnement avec Benjamin Dutreux ou encore freelance.com avec Guirec Soudée. D’autres marques rejoignent encore une trentaine de partenaires déjà présents lors du dernier Vendée Globe qui repartent sur une nouvelle campagne, parfois même avec plus de moyens. Tout cela montre que l’IMOCA est une Classe forte, attractive et dynamique. Nous pouvons en être tous très fiers. »

IMOCA : Sur les 16 nouveaux partenaires et sponsors qui rejoignent l’IMOCA depuis 2021, dix sont des entreprises internationales, preuve supplémentaire que l’IMOCA touche un public de plus en plus large ?

AM : « Pour être honnête, le budget nécessaire pour faire partie du monde de l’IMOCA n’est pas anodin, encore moins sur des projets qui visent la gagne, donc les entreprises qui peuvent assumer cela sont de plus en plus des organisations qui ne sont pas seulement intéressées par le marché français, mais ayant une portée mondiale. Nous sommes heureux que ce type d’entreprises s’intéresse à notre histoire, à nos bateaux et à nos skippers. C’est une excellente chose que des marques aussi importantes entrent dans notre circuit. »

IMOCA : Une autre caractéristique de ces derniers mois a été le mercato des anciens bateaux. Cela montre une fois de plus que l’IMOCA attire de nouveaux skippers ?

AM : »Oui, c’est vrai qu’en ce début de saison 2022, la quasi totalité des IMOCA existants ont un skipper et un partenaire et prévoient de participer aux courses des IMOCA GLOBE SERIES. C’est un autre indicateur de l’attractivité et de la force de l’IMOCA. »

IMOCA : Étant donné que nous vivons dans un monde incertain marqué par la guerre en Ukraine, une récente pandémie qui touche encore de nombreux pays et des tensions majeures sur l’économie mondiale, on pourrait imaginer que l’IMOCA soit en difficulté, mais ce n’est pas le cas. Avez-vous une explication à cela ?

AM : »Le mot que je choisirais dans ce contexte est « résilience ». Lorsque vous naviguez autour du monde, que ce soit en équipage ou en solitaire, l’une des principales qualités dont vous avez besoin est la résilience. Cela signifie que vous faites tout le temps de votre mieux, même si l’environnement qui vous entoure est parfois difficile. Au sein de l’IMOCA, nous essayons donc d’être résilients, tout comme le sont nos skippers lorsqu’ils se battent autour du monde. Nous ne sommes pas responsables de la guerre ou de la pandémie, mais nous vivons dans ce monde, et notre travail consiste à faire de notre mieux et à faire ce que nous savons faire, c’est-à-dire faire rêver les gens. Je pense qu’en ces temps très difficiles, il est particulièrement important que certains se consacrent à ce genre de travail. »

IMOCA : Les IMOCA GLOBE SERIES 2022 s’annoncent passionnants, avec la Guyader Bermudes 1000 Race en mai, puis la Vendée Arctique en juin, le Défi Azimut-Lorient Agglomération en septembre et enfin, la Route du Rhum-Destination Guadeloupe en novembre. L’année s’annonce encore époustouflante ?

AM : »Oui, et les quatre courses de l’année se courront en solitaire. C’est un programme difficile sportivement pour les skippers, mais nous sommes fiers de pouvoir proposer une saison aussi exigeante. »

IMOCA : La Vendée Arctique, créée il y a deux ans pour combler l’annulation des courses en raison du Covid-19, devient donc cette année une épreuve permanente des IMOCA GLOBE SERIES ?

AM : »Oui, exactement. La SAEM Vendée, organisatrice du Vendée Globe, organisera cette année la Vendée Arctique. Il est très important pour nous de renforcer nos liens avec la SAEM Vendée et nous sommes très heureux qu’elle investisse et développe le concept de cette course. Nous pensons vraiment qu’à l’avenir, elle deviendra une course majeure de notre circuit de quatre ans. »

IMOCA : Il est évident que la Route du Rhum est le point de mire de cette saison. Savez-vous combien d’IMOCA seront sur la ligne de départ ?

AM : »Jusqu’à présent, 27 premiers IMOCA ont été annoncés et d’autres devraient l’être avant la fin du mois. Il pourrait y avoir plus de 35 IMOCA au départ de Saint-Malo, sur les 138 participants. Il y a quatre ans, ils étaient 20, ce qui montre une fois de plus la bonne forme de l’IMOCA. L’autre chose à retenir est que nous parlons de projets très compétitifs parmi ces inscriptions et que ce niveau ne cesse de croître. »

IMOCA : Parlons maintenant de The Ocean Race. Nous savons que le départ sera donné le 15 janvier 2023 et que l’IMOCA y participe. Peut-être pouvez-vous nous expliquer pourquoi cet objectif est si important ?

AM : »Pour nous, inclure The Ocean Race dans notre programme est quelque chose de très important. Nos bateaux sont faits pour naviguer autour du globe. Nous avons le Vendée Globe, qui est la course phare de l’IMOCA depuis longtemps, mais avoir un deuxième tour du monde dans les IMOCA GLOBE SERIES était un objectif clé. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec les organisateurs de The Ocean Race et je pense qu’il pourrait y avoir d’autres bonnes nouvelles annoncées d’ici la fin du mois. »

IMOCA : Combien d’IMOCA seraient au départ en janvier prochain ?

AM : »Il est trop tôt pour annoncer un chiffre précis, mais disons que six bateaux seraient un bon chiffre. »

IMOCA: The Ocean Race pourrait-elle devenir une course permanente des IMOCA GLOBE SERIES de sorte qu’elle soit à nouveau inscrite au calendrier dans quatre ans avec davantage de bateaux au départ ?

AM : »Oui, sans aucun doute. C’est plus qu’un espoir, c’est ce à quoi nous travaillons. »

IMOCA : Pouvons-nous parler du développement durable et des progrès de l’IMOCA dans ce domaine ? Il y a eu beaucoup de discussions à ce sujet lors de l’Assemblée Générale la semaine dernière ?

AM : »Le développement durable est un autre sujet crucial pour nous car il est important que nous menions et améliorons notre sport à cet égard. Au sein de l’IMOCA, nous y travaillons depuis quatre ans et ce n’est pas toujours facile à gérer. Nous y investissons plus de 10 % de notre budget annuel et, de plus en plus, nous trouvons des plans, des solutions et nous progressons. Lors de l’Assemblée Générale, nous avons constaté un engagement fort de la part de toutes les équipes à réfléchir aux problématiques de ce domaine.

Le développement durable sera au cœur des évolutions des prochaines années. Nous avons encore beaucoup à faire et nous communiquons peu sur ce sujet car il est selon nous important d’atteindre réellement nos objectifs avant d’en parler. Cependant, il est certain que le sujet sera au centre de l’histoire que nous continuerons d’écrire. »

IMOCA : Est-il vrai de dire que 11th Hour Racing Team a ouvert la voie dans ce domaine ?

AM : Il est vrai que 11th Hour Racing a été précurseur dans le domaine. Aujourd’hui, de nombreux projets font un travail remarquable au sein de leur chantier et de leur fonctionnement interne. Par exemple, les équipes de Boris Herrmann, de Benjamin Dutreux ou de Damien Seguin y consacrent beaucoup d’énergie au quotidien. Et Paul Meilhat implique même son nouveau partenaire, Biotherm, pour travailler sur des solutions durables.

IMOCA : Qu’en est-il de la participation des femmes dans l’IMOCA ? Les navigatrices sont-elles plus impliquées ?

AM : »Pour être honnête, nous aimerions avoir plus de femmes skippers. Nous essayons de faire de notre mieux pour attirer des navigatrices. Le dernier Vendée Globe comptait six femmes, ce qui est l’un des meilleurs pourcentages dans le monde de la voile offshore. Lors de la prochaine Route du Rhum, nous serons probablement la Classe la plus féminine !

Nous devons continuer à pousser et encourager encore plus de femmes à venir. The Ocean Race est une bonne chose pour cela car c’est une course en équipage avec quatre marins à bord, dont une femme. Cela pourrait permettre à certaines navigatrices d’apprendre à connaître les IMOCA et peut-être même les préparer à lancer leur propre projet par la suite. »

IMOCA : Enfin, la nouvelle saison s’annonce intense et nombreux seront les skippers à pouvoir s’imposer sur les IMOCA GLOBE SERIES ?

AM : »Oui, c’est sûr, ce sera une année fantastique. Les nouveaux bateaux* auront cependant besoin de quelques mois de travail avant de pouvoir régater à 100% de leur potentiel. Il y a donc de fortes chances que le niveau de performance augmente parmi les meilleures équipes, mais il se peut qu’elles ne soient pas à leur plein potentiel au départ. Cela va être génial de découvrir les nouveaux designs et de pouvoir comparer avec ce qui existe déjà. »

IMOCA : Il y a donc une chance pour que des bateaux d’ancienne génération brillent aussi ?

AM : »Oui. Dans les courses en solitaire, la performance du skipper joue un rôle important dans le résultat. Nous avons pu le constater lors du dernier Vendée Globe où ce n’est pas le bateau le plus récent qui a gagné. Puis, lors de la dernière Route du Rhum, c’est Paul Meilhat qui avait remporté l’épreuve, là encore, pas sur le bateau le plus récent. Le jeu est donc très ouvert. Le développement et la performance des bateaux est une chose, mais la réalité est que ce sont les meilleurs skippers qui gagnent. »

IMOCA : Merci Antoine.

Propos recueillis à Ed Gorman (traduit de l’Anglais)

*Sept nouveaux bateaux seront mis à l’eau en 2022 : PRB (Kevin Escoffier), V and B-Monbana-Mayenne (Maxime Sorel), Initiatives-Coeur (Sam Davies), Maître CoQ V (Yannick Bestaven), Charal 2 (Jérémie Beyou), Malizia-SeaExplorer (Boris Herrmann), Biotherm (Paul Meilhat)

Source

Julia Huvé

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