Damien Seguin est prêt à relever son nouveau défi

© Jean-Louis Carli

Après avoir terminé 11e de la Transat Jacques Vabre avec Benjamin Dutreux à bord de Groupe APICIL, Damien Seguin a embarqué le 3 décembre dernier à bord de son futur IMOCA doté de foils : Maître CoQ pour un convoyage retour en direction de Lorient. A bord, le skipper de Groupe APICIL était accompagné de son Directeur Technique, Jean-Charles Monnet et de deux membres du Team Maitre CoQ : Jean-Marie Dauris, Directeur technique et sportif et Adrien Bernard, responsable accastillage. L’occasion pour le triple médaillé paralympique de commencer à apprivoiser sa nouvelle monture, en prendre toute la mesure et commencer à réfléchir aux axes d’optimisation. Fraichement rentré de cette transat retour, Damien nous livre ses premières confidences sur son nouveau bateau à bord duquel il participera en novembre 2024 à son deuxième Vendée Globe.

Damien, peux-tu nous dire comment s’est passé ce convoyage retour ?

« Le convoyage s’est très bien passé humainement. C’est très positif car vivre à quatre dans 15 m², c’est toujours un challenge surtout quand on fait des convoyages de ce type là sur des bateaux qui ne sont pas très confortables. Il y avait Jean-Charles Monnet, mon directeur technique à bord et deux personnes de Maître CoQ. Ils nous ont donné des petites astuces sur le bateau. C’était super et important qu’ils soient là. Avec JC, (Jean-Charles Monnet, ndlr) nous avons beaucoup échangé sur nos ressentis au sujet du bateau. Nous étions déjà dans l’opérationnel et avons noirci des pages de cahiers avec plein d’idées. Notre boulot va être dès le début de l’année prochaine de se pencher sur ces notes et de faire le tri. »

Tu connaissais ton ancien bateau par cœur, pas celui-là … comment l’as-tu vécu ?

« Ça change ! Effectivement, je connais mon ancien bateau sur le bout des doigts. Par exemple, quand je suis allongé à la table à cartes ou sur le bateau, je connais les moindres petits bruits, chaque réaction. Je connaissais tous les bouts par cœur, j’avais les codes couleurs. Là, ce ne sont plus les mêmes diamètres de bouts, plus les mêmes couleurs. Tu es paumé. Rien que sur le piano, il y a trente cordages différents ! Il faut donc apprendre car ça reste des bateaux de course et la moindre erreur peut avoir des conséquences importantes sur le bateau. C’était précieux que Jean-Marie et Adrien (Maître CoQ) soient avec nous pour échanger et nous expliquer.
C’est différent car c’est complètement nouveau mais c’est ce qui est intéressant. J’ai pu voir et apprendre plein de choses sur le bateau. Désormais, je vais naviguer sur un bateau de génération plus récente qui a un très bon potentiel. Toute mon équipe et moi-même sommes hyper enthousiastes car nous avons un bel engin entre les mains. Nous avons beaucoup de boulot dessus : d’une pour continuer à le prendre en main et de deux pour l’améliorer et le faire évoluer. Il y a des bateaux de génération 2024 qui vont commencer à sortir donc il va falloir se mettre à niveau. Il faut aussi qu’on élève notre niveau sur « le technique » mais nous sommes face à un challenge et tout le monde dans l’équipe est hyper motivé et prêt à relever ce nouveau défi. »

Quelle différence t’a le plus marqué entre ces deux bateaux ?

« La grande différence, ce sont les foils ! Ils induisent un comportement du bateau différent. Les foils amènent de la puissance et parfois une vitesse qui est bien supérieure à celle que j’ai connue avec Groupe APICIL. Pour donner un exemple, quand Groupe APICIL avançait super bien on était facilement à 20 – 21 nœuds mais on sentait bien que la marche au-dessus serait difficile à atteindre. Sur ce bateau-là, quand il marche bien, c’est 25-28 nœuds tout de suite. On sent bien qu’il a des facilités à allonger la foulée. Après, il y a des comportements qu’il faut qu’on appréhende car c’est un peu déstabilisant pour moi aujourd’hui mais tout l’enjeu est là.
Je n’ai pas trouvé que c’était moins confortable à bord. Certes, à certaines allures, le bateau tape plus fort et mouille davantage mais ça reste un IMOCA de course. On sait que ces bateaux sont exigeants donc je ne suis pas surpris de cette difficulté. »

As-tu déjà envisagé des ajustements liés à ton handicap comme la colonne de winch que tu avais adaptée avec les manchons sur ton ancien bateau ?

« Ah mais c’est ce que nous avons fait avant de partir ! En Martinique, nous avons démonté les manchons de la colonne de winch de Groupe APICIL et nous les avons mis à bord de Maître CoQ ce qui m’a permis de faire toutes les manœuvres. Le système est donc déjà en place. Mais notre volonté est de poursuivre notre travail avec le centre de Kerpape et le projet HIT Lorient (Handicap Innovation Territoire). Dans un premier temps, nous allons améliorer ce système de manchons et ensuite travailler sur le confort et l’ergonomie à bord. Alors évidement je ne parle pas de douche et de canapé à bord (rires). Non. L’idée est d’apporter des améliorations. Par exemple : comment être mieux assis, comment mieux se reposer… Ce sont des améliorations pour gagner en performance. Ce convoyage retour m’a conforté dans l’idée que c’était dans cette voie qu’il fallait aller. C’est un travail que nous allons faire avec Kerpape et l’HIT de Lorient. Ces deux organismes sont sensibles à ces données de confort, de posture. Ils ont une expertise et c’est là qu’on peut voir tout l’intérêt de travailler avec des gens spécialisés dans le handicap. Leur expertise va nous servir. Handicap ou pas ce n’est pas la question ! On inverse un peu les champs de compétences et c’est aussi ce qui est sympa quand on parle d’inclusion : faire des choses pour les handis mais aussi se servir des choses qui sont faites pour eux pour améliorer la performance des marins. C’est sympa de voir l’évolution dans ce sens-là. »

Quel est ton programme ces prochains mois ?

« Le bateau va rentrer dans le chantier lundi. S’en suivront les expertises du bateau pour garantir qu’il est en bon état et à partir de début janvier – après quelques jours de repos – on va commencer les travaux. Dans un premier temps, cela va consister à mettre le bateau aux couleurs de Groupe APICIL. Je suis ravi que le Groupe APICIL m’ait renouvelé sa confiance et que notre engagement se poursuive jusqu’en 2025. Maintenant, nous allons continuer à rechercher le ou les partenaires qui nous rejoindront dans l’aventure l’année prochaine en vue de ma nouvelle participation au Vendée Globe. »
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DECLARATION DE YANNICK BESTAVEN – Skipper Maître CoQ

« Un petit pincement au cœur forcément en ce jour de passation après toutes les tribulations et belles victoires vécues ensemble avec mon fier bateau…
Safran, Maître CoQ IV et maintenant Groupe Apicil, ainsi va la vie de nos navires. Ils passent entre les mains de différentes équipes pour vivre sur le long terme. Une vraie économie circulaire. Le Vendée Globe est une compétition qui permet d’avoir sur une même ligne de départ des unités de plusieurs générations. Cela permet des courses dans la course ; cela permet à tous les budgets de participer à cette aventure et de faire rêver autant de personnes.
Toute l’équipe voile Maître CoQ souhaite de belles aventures nautiques à Damien et à son nouveau bateau. Bon vent ! »

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Informations diverses

Mis à l'eau le: 22 décembre 2021

Matossé sous: 2020-21, 2024-25, Course au Large, IMOCA, Vendée Globe

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