L’Odyssée d’Alan Roura

© Olivier Blanchet/Alea

Un mois tout juste après avoir remis pied à terre, Alan Roura n’en conserve pas moins la tête au large. Analyse de sa trace, réflexions sur ses choix – à terre depuis 4 ans, comme en mer pendant 3 mois… Alan refait sa course, seul ou accompagné de consultants de tous secteurs. L’objectif ? Trier dès à présent le bon et moins bon de ce deuxième projet autour du monde, afin de tourner la page et le regard vers l’avenir. Ainsi que vers un troisième Vendée Globe ? Rencontre et bilan de ce qui fut la plus dure de ses épopées, son plus long voyage, son Odyssée.

Alan, on t’a connu léger et enjoué en 2016, puis découvert dans des conditions beaucoup plus difficiles lors de cette deuxième participation au Vendée Globe. Comment expliques-tu ce passage du rires aux larmes ?

« Avec le recul, je me rends compte qu’il y a un réel fossé entre les bizuths, qui découvrent et profitent pleinement de leur première participation, et les récidivistes qui y vont avec d’autres objectifs. J’ai conscience que les gens qui s’étaient attachés à moi pour ma bonne humeur ont pu être surpris de me voir sous un jour plus négatif, mais c’est parce que je comptais écrire une histoire différente sur ce deuxième Vendée Globe. Une histoire de performance. Et suite à mon avarie de quille, j’ai passé beaucoup de temps à être frustré de ne pas avoir les moyens d’écrire cette histoire, de respecter le contrat que je m’étais fixé de jouer en première partie de flotte. Ça a été très dur à accepter, j’ai dû prendre sur moi pour me contenter simplement du plaisir de naviguer. Voilà pourquoi cette déception quant à l’aspect purement sportif a parfois pris le dessus sur mon bonheur, pourtant inaltéré, d’être en mer. »

Ce tour du monde était donc une véritable épreuve ?

« Il s’est montré difficile oui, complètement différent de mon premier. On croit être préparé à tout après en avoir déjà terminé un, mais non, chaque participation est différente. Je le savais en partant, mais je ne m’attendais pas à le vivre autant dans la douleur. La mer m’a de nouveau testé, chaque jour étant une nouvelle épreuve à surmonter mais également un pas de plus vers l’arrivée. Et j’y suis parvenu. Dans la souffrance, mais parvenu quand même. Maintenant, je me sens prêt pour monter un projet gagnant, je pense avoir atteint la maturité qu’il faut. »

« UNE MAGNIFIQUE AVENTURE DEPUIS 2016 »

En 2016 déjà, tu disais avoir profondément mûri. Est-ce encore plus le cas cette année ?

« J’avais 23 ans au départ de mon premier tour du monde en solitaire. Bien sûr que le jeune marin en est revenu plus expérimenté, avec une nouvelle aura, une nouvelle notoriété. Mais c’est surtout au niveau de l’homme que je me suis senti le plus changé. J’en suis revenu différent, mieux construit, grandi en tant que personne. Cette année, c’est davantage le navigateur qui a appris. J’ai appris à me dépasser encore, à naviguer d’une autre façon à bord d’un bateau fonctionnant différemment. Lorsque j’étais isolé du reste de la flotte, j’ai dû avoir pleinement confiance en mes choix stratégiques, me fier à mon instinct. En mode régate, j’ai tenu bon face à mes concurrents. Je suis fier d’avoir fait preuve d’une telle adaptation et d’abnégation : je suis allé cherché de nouvelles ressources, physiques et mentales. J’en ressors encore mieux armé et préparé. »

Tu as parlé de contre-performance, mais ce Vendée Globe n’est donc pas un échec pour autant…

« Je me refuse à parler d’échec car ce serait oublier tout ce que j’ai vécu et construit depuis plus de quatre ans. Le Vendée Globe est la cerise sur le gâteau qui vient clore la magnifique aventure initiée dès 2016 avec mon équipe et mes partenaires. Nous avons créé quelque chose d’incroyable, nous avons grandi et remporté de belles victoires avec une superbe Route du Rhum et un fabuleux record de l’Atlantique. Ce Vendée Globe est bien une contre-performance d’un point de vue sportif, car je partais pour autre chose qu’une 17ème place en 95 jours, mais cela reste une incroyable réussite d’avoir mené ce nouveau projet à terme, avec un énorme gain d’expérience en plus. C’est ce que j’en retiendrai. »

« REVENIR ENCORE PLUS FORT »

Heureux qui comme Alan, malgré tout, de terminer son deuxième tour du monde en solitaire alors ?

« Je suis bien évidemment extrêmement heureux d’avoir bouclé la boucle. Quitte à me répéter, terminer un 2ème Vendée Globe à 27 ans n’est pas rien, et n’avoir perdu que 2 places au classement après un mois et demi de galères est encore un autre exploit. Je termine 17ème, à 15 jours du vainqueur, avec la quille bloquée dans l’axe pendant un demi-tour du monde : c’est déjà une belle satisfaction. Je sais de toute façon qu’on ne progresse pas sans connaître certaines déceptions : c’est fait, j’ai coché la case, je peux continuer à avancer et revenir encore plus fort. J’ai déjà réussi à prendre ma revanche sur la Route du Rhum en décrochant une incroyable 7ème place en 2018 après un abandon en 2014. J’ai hâte de prendre ma revanche sur le Vendée Globe… »

Tu veux donc y retourner ?

« Oui, mais seulement si j’ai les moyens de jouer la gagne. Avec le bon bateau, la bonne structure et la bonne équipe, je peux y prétendre. À moi ensuite de m’y préparer comme il le faut puis de « faire le job ». On dit que le Vendée Globe offre trois victoires : celle d’être au départ, celle de parvenir à le terminer et la vraie, celle de le gagner. J’ai déjà connu par deux fois les deux premières… Que ce soit en 2024, en 2028 ou plus tard, j’aimerais un jour avoir la chance de pouvoir rêver de la troisième. »

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Mis à l'eau le: 15 mars 2021

Matossé sous: 2020-21, Course au Large, IMOCA, Vendée Globe

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