Charlie Dalin a résisté à la nuit de tous les dangers

© Vincent Curutchet/Alea/Disobey/Apivia

Face à l’imposante dépression qu’il affronte depuis hier après-midi, le leader du Vendée Globe a fait preuve d’un sang-froid saisissant. Et il ne reste qu’une poignée d’heures avant de parvenir à s’en sortir. Derrière, Thomas Ruyant assure, Yannick Bestaven persiste, Louis Burton redémarre et Stéphane Le Diraison, dans l’œil d’une autre dépression au large de l’Afrique du Sud, raconte “son calvaire”.

C’est une bataille de chaque instant, un acte de résistance qui s’est étiré depuis hier après-midi, s’est prolongé toute la nuit et continue encore une poignée d’heures. Celle d’un leader du Vendée Globe, Charlie Dalin, bizuth de l’épreuve mais talent brut, seul face à ce qu’il a appelé lui-même “la pire tempête à affronter depuis le départ”. Le plus connu des tours du monde offre souvent des épisodes haletants et il n’y a parfois aucune image pour le prouver. Reste seulement un point pixélisé sur des cartes numérisées qu’il faut s’évertuer à suivre pour se rassurer. “Actuellement, alors qu’il avance à la bordure de la dépression, les fichiers font état de 45 nœuds de vent avec des rafales à 50, 55 nœuds », explique Jacques Caraës à 4h30 ce mercredi matin.

Une ‘Situation Room*’ pour un monocoque

Le directeur de course n’a pas beaucoup fermé l’œil cette nuit et il n’est pas le seul. À Concarneau, une partie de l’équipe d’Apivia s’est retrouvée physiquement pour former une “cellule de veille” autour d’Antoine Carraz, le responsable du projet. En somme, une “Situation Room”* pour un monocoque, une façon de rester en permanence en contact avec son skipper. À 2h19, Jacques Caraës reçoit un texto d’Antoine Carraz : “On vient d’avoir Charlie. RAS à bord”. Pas besoin de long discours quand on résiste à de telles conditions.

Le leader, qui a rétracté ses foils, s’est évertué à contrôler son allure : 17 nœuds en fin de soirée puis 13,9 nœuds après avoir roulé son tourmentin. “Charlie a respecté son plan initial à la lettre : conserver son Est au maximum pour éviter le pire de la dépression qui se situe ce matin à 200 milles plus au Sud, précise Jacques Caraës. La bascule vers l’ouest va avoir lieu ce matin et ça va mollir tout doucement”. Les conditions resteront musclées mais légèrement plus clémentes : de 40 à 45 nœuds, Apivia devrait progresser avec 30 nœuds de vent.

Un groupe de poursuivants toujours compact

Son premier poursuivant, Thomas Ruyant, a quant à lui empanné au cœur de la nuit, à 3h (heure française). LinkedOut, situé à 120 milles plus au nord, avait donc le luxe d’effectuer cette rotation plus tôt qu’Apivia. Mais le skipper nordiste a aussi tout fait pour se préserver, lui qui progressait à 13-14 nœuds au petit matin. Cette forte dépression concernait donc quasi-exclusivement le duo de tête.

Derrière, le vent de sud-ouest, établi à 25 nœuds, n’a pas entravé la progression du groupe des poursuivants. Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) avançait à 15 nœuds. Damien Seguin (Groupe Apicil) qui s’est accroché depuis deux jours pour résoudre des problèmes de pilotes automatiques, a retrouvé sa vitesse de croisière et vient d’incurver sa route vers le sud, suivi de près par Boris Hermann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco). Bonne nouvelle aussi plus au sud pour Louis Burton (Bureau Vallée 2). On relevait 17 à 18 nœuds dans son sillage, lui qui était allé chercher du ‘petit temps’ la veille pour résoudre des problèmes de voile. S’il n’a pas été épargné par les ennuis ces derniers jours, Louis s’accroche ainsi avec talent et a repris sa 3e place (à 5h, heure française).

La bande des quatre n’en est plus vraiment une

Derrière, le duo Romain Attanasio (PURE-Best Westernâ Hotels & Resort) et Clarisse Crémer (Banque Populaire X) progresse paisiblement avec 15 à 16 nœuds. À plus de 700 milles plus à l’ouest, la bande des quatre (Tripon, Roura, Le Diraison, Boissières) n’en est plus vraiment une, la faute à une dépression venue des côtes africaines. Armel Tripon (L’Occitane en Provence), seul foiler de dernière génération du quatuor, est parvenu à passer sous la dépression et donc à creuser l’écart. Les trois autres la contournent par le nord, dont Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) : “pour moi, ce n’était pas envisageable de prendre l’option d’Armel, d’autant qu’il n’y avait aucune façon de trouver une porte de sortie à cause de la zone d’exclusion des glaces.”

À bord de Time for Oceans, côte à côte avec Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle), les temps sont durs. “Je suis dans l’œil de la dépression, j’ai 4 à 5 mètres de vagues et seulement 4 nœuds de vent. La mer ne ressemble à rien, il y a des montagnes d’eau qui s’abattent sur le bateau. J’ai l’impression de faire le tour du monde à l’envers… On se fait massacrer, c’est un calvaire”. Le skipper s’agace de ces conditions, de ne “pas avoir fait un surf depuis le Cap-Vert” et il sait que le répit n’est pas vraiment pour maintenant : après cette zone harassante de molle, “c’est la baston” qui l’attend. Un peu plus loin, Manuel Cousin (Groupe SÉTIN), qui ne devrait pas avoir à modifier sa trajectoire pour passer la dépression, profite lui de conditions plus avantageuses pour revenir sur le groupe.

Ça accélère dans l’Atlantique Sud

Enfin, l’océan Indien est encore loin pour le troisième et dernier groupe composé de huit skippers. Mais il y a des motifs de satisfaction après des jours à batailler contre l’anticyclone de Sainte-Hélène. Tous sont rentrés dans les 40èmes rugissants et tous ont empanné hier dans la soirée. Ce groupe, toujours mené par Fabrice Amedeo (Newrest – Art & Fenêtres), progresse à une quinzaine de nœuds avec du vent d’Ouest, Nord-Ouest.

Ça va plus vite donc, ce qui ne devrait pas déplaire à Jérémie Beyou. Le skipper de Charal pourrait en effet dépasser ce mercredi l’avant-dernier, Sébastien Destremau (merci). Ainsi, de la tête de la course à la dernière position, il n’y a pas seulement plus de 3 800 milles d’écart : il y a surtout des femmes et des hommes qui se battent et s’adaptent en permanence aux caprices d’Éole et de Neptune.

*Situation Room : la salle de crise de la Maison-Blanche, à Washington (États-Unis)

Source

Agence Oconnection

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