Profession tricot

© Stéphane Meillard

La bataille d’empannages a, cette nuit, tourné à l’avantage de Charlie Dalin, qui a conforté sa place de leader. Au classement de 5 heures ce mardi, le Normand comptait 41,7 milles d’avance sur Thomas Ruyant, loin d’être décroché, et paré pour la suite, qui sera tout aussi compliquée. Alexia Barrier, elle, rêve de sortir du pot au noir et de s’y attaquer à son tour, au tricot.

Ah, c’est un métier que de multiplier les empannages. Analyser les différents modèles météo dans une zone pas si connue que ça, confronter les options aux performances du bateau, ajouter une louche de perception et de ressenti, le cas échéant tenter d’anticiper ce que font les voisins, puis transférer la théorie au monde réel, mouliner, suer, régler au centimètre, pointer le nez au ciel, remettre un coup de moulin à café, laisser redescendre le cœur à un tempo plus apaisant… et se préparer à l’empannage suivant.

Depuis deux jours, ce mouvement perpétuel rythme la vie des deux leaders. A chacun son métronome, ses nuances et ses ruptures de rythme mais, comme le disent les marins, Charlie Dalin et Thomas Ruyant sont « dessus » en permanence. Avant 7 heures ce matin, le skipper de Apivia en était à dix empannages en 36 heures, et LinkedOut avait dessiné neuf variantes. Et ce n’est pas fini.

Thomas Ruyant : « On passe du temps à la table à cartes pour trouver le chemin. On en connaît les grandes lignes, mais il y a beaucoup de subtilités à gérer et, pour l’instant, Charlie (Dalin) fait ça très, très bien. La position de 2e du Vendée Globe avec un matelas d’avance, est assez confortable, c’est vrai, mais on n’est pas encore entré dans l’océan Indien. C’est dire si on est loin du but. Il y a du rythme depuis le début. C’est encore le cas, et il y en aura plus encore dans les jours qui viennent : on va faire passer toute la garde-robe ».

L’enjeu est à la fois simple et complexe : direction le Sud de la partie de l’anticyclone de Sainte-Hélène le plus Sud, en passant par une route Sud-Est. Il reste quelques mailles à tricoter avant que la route devienne droite, mais raide, dans l’entrée de l’océan Indien.

“Papy fait de la persistance”

Le groupe de chasse se prépare à empanner. Jean Le Cam, après avoir abattu en milieu de nuit, a conforté sa position de 3e en se glissant 50 milles devant l’étrave de Kevin Escoffier. Disons plutôt que sa performance magistrale est bien plus facile à visualiser désormais. Si le skipper de PRB était un des rares à avancer à plus de 10 nœuds ces dernières heures, les autres chasseurs sont tapis dans la molle, bien contre leur gré.

Alex Thomson (HUGO BOSS) a eu beau renvoyer de la toile hier soir, il paie cher la taxe indirecte d’une réparation en mer. Le Britannique n’a pas pu choisir vraiment la zone depuis laquelle redémarrer. Ces dernières heures, il a avancé à 3,9 nœuds.

Burton se désolidarise

Louis Burton s’est fait la malle. Pas très excité par la perspective de rester collé au plancher, le skipper de Bureau Vallée 2 a empanné, direction le Sud-Ouest. Jusqu’au train de dépressions du Sud ? Pour un radical recalage sous l’anticyclone ?

Si c’est complexe devant, rien n’est simple derrière. Joint ce matin, Romain Attanasio (PURE-Best Western), 500 milles environ au Nord de Sam Davies, se prend à rêver d’un monde plus juste dans lequel le pied gauche serait à la même hauteur que le pied droit : « Le pénible, c’est que cela fait trois jours que je suis ‘sur la portière’ et qu’il ne se passe rien. Je suis en permanence à la gîte. Ce n’est pas très simple, le vent est hyper instable, ça change toutes les cinq minutes. Ça passe de 12 à 16, de 80° à 120° d’un coup… »

Plus haut encore, Alexia Barrier (TSE-4myplanet) était contrainte ce matin de se soumettre au diktat d’un gros nuage dans le pot au noir : « Je suis en train de galérer dans un grain du pot au noir, et dans un vent qui m’emmène au Sud-Est, alors que je veux aller au Sud-Ouest. Il ne me laisse pas le choix ! Je dois être la seule à être en tribord amures de toute la flotte actuellement, mais j’ai hâte de repasser en bâbord amures pendant dix jours. Si jamais je m’ennuie, je pourrai attaquer une écharpe : j’ai embarqué de quoi tricoter ! »

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Tricoter, c’est bien ce que feront les leaders tout au long de la journée. Au classement de 5 heures, Charlie Dalin comptait 41,7 milles d’avance sur Thomas Ruyant. Si on connaissait déjà le secret du point de côte (une maille à l’envers, une maille à l’endroit), on découvre aujourd’hui celui du point normand : une maille à l’endroit, une maille… à l’endroit. Ce n’est peut-être pas le plus confortable, mais il fait bien avancer.

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Agence Oconnection

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