Miranda Merron en si bonne compagnie féminine

ROAD TO THE VENDÉE GLOBE #5 : Dans le nouvel épisode de notre série d’articles pré-Vendée Globe, Ed Gorman s’entretient avec la navigatrice Miranda Merron qui évoque son projet et parle des autres femmes qui seront au départ le 8 novembre prochain. L’un des faits marquants de ce Vendée Globe est la participation de six femmes dont Miranda Merron. La Britannique et Normande d’adoption, l’une des navigatrices les plus expérimentées de la flotte, court sous les couleurs de la coopérative Campagne de France.

Le nombre de femmes au départ cette année correspond presque au nombre total de femmes ayant participé au Vendée Globe. En 30 ans, il n’y a eu en effet que huit navigatrices, dont les Britanniques Ellen MacArthur et Sam Davies (au départ à nouveau cette année) et les Françaises, Isabelle Autissier et Catherine Chabaud.

La dernière édition de 2016 ne comptait aucune femme sur la ligne et il n’y eut qu’une seule femme lors de chacune des deux éditions précédentes. Il faut donc remonter à 2004-05 pour trouver plusieurs femmes sur la ligne de départ avec, Anne Liardet et Karen Leibovici.

Miranda Merron est donc heureuse d’être si bien entourée en 2020. « C’est génial, » a-t-elle déclaré récemment lors d’une pause dans ses préparatifs. « Ce sont toutes des femmes très sympathiques, des navigatrices redoutables et certaines avec de très bons bateaux et des moyens importants. »

Selon elle, la partie féminine de la flotte peut se scinder en deux parties, avec d’un côté trois femmes possédant de solides sponsors – Sam Davies (Initiatives-cœur), Clarisse Crémer (Banque Populaire X) et Isabelle Joschke (MACSF) – et trois autres ayant des budgets plus modestes – elle-même ainsi que sa compatriote Pip Hare (Medallia) et Alexia Barrier (TSE-4MYPLANET).

Avoir six femmes au départ du Vendée Globe est une belle progression en termes de mixité, mais représente toujours moins d’un cinquième de la flotte.

« Il est vraiment difficile d’être au départ du Vendée Globe, surtout quand vous avez un budget limité, » ajoute-t-elle. « Et il est d’autant plus difficile de vous lancer dans une telle aventure si vous avez d’autres plans de carrière, si vous avez une famille, des enfants et que vous n’avez pas beaucoup de soutien autour de vous. Ce n’est pas le cas pour les hommes, je pense. »

Si elle soutient les ambitions de la Classe IMOCA d’encourager la mixité dans le Vendée Globe et les autres courses du circuit, elle affirme que toutes les navigatrices actuelles estiment que cela ne peut pas être imposé. « On ne peut pas forcer la parité – elle doit venir naturellement, » a-t-elle déclaré. « En France, il est plus facile pour les femmes de progresser dans le haut niveau du sport par rapport à d’autres pays mais si vous êtes une femme et que vous voulez y accéder, vous devez monter votre propre projet. »

Diplômé de l’université de Cambridge, Miranda Merron, 51 ans, a réalisé une carrière professionnelle longue et variée dans la voile, avec de nombreuses années de participations aux courses en IMOCA et en Class 40, dont une grande partie avec son compagnon, le navigateur français Halvard Mabire. Il s’agit de sa première participation au Vendée Globe et elle ne cache pas que son objectif principal est de terminer la course, à bord de son IMOCA de 2006, conçu par Owen Clarke.

« Ce serait énorme, énorme, de finir, » dit-elle en riant. « C’est un très long voyage. Tout le monde parle du Vendée Globe comme s’il s’agissait d’une course dans la baie de Quiberon. Ce n’est pas le cas. C’est vraiment un très long chemin et il traverse des endroits où les humains ne devrait tout simplement pas aller. »

Elle se mesurera également aux temps de référence effectués par son bateau : un tour du monde en 90 jours aux mains du navigateur suisse Dominique Wavre en 2012-13, et en 107 jours avec le skipper américain Rich Wilson en 2016-17.

Miranda se confrontera aussi probablement à trois autres skippers qui courent sur des bateaux d’âge similaire ou plus vieux que le sien : TSE-4MYPLANET d’Alexia Barrier, Medallia de Pip Hare et STARK d’Ari Huusela. « Puis-je battre ces trois-là ? » demande-t-elle. « Oui, je pense que je peux, mais ils peuvent aussi me battre. Il n’existe pas de mauvais marins dans le Vendée Globe. »

L’avantage de Miranda Merron sur ces trois marins est qu’elle est la seule à avoir terminé la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne en juillet. Elle pense que cela lui donnera un avantage psychologique une fois que le Vendée Globe aura commencé. « Je n’aurais pas imaginé couper la ligne de départ du Vendée Globe et ne pas avoir fait la Vendée-Arctique, » confie-t-elle. « C’était une course vraiment importante. »

Miranda Merron espère que les trois femmes avec les bateaux les plus rapides feront une belle course. « Ce serait formidable de voir l’une d’entre elles en tête de la flotte. J’espère que cela arrivera. Je pense que Sam et Isa pourraient faire de très belles choses. Et Clarisse a de loin le meilleur bateau « non-foiler » et le mène plutôt bien. Ce bateau devrait faire une belle course, » ajoute-t-elle.

Miranda Merron a déjà bien sillonné le globe mais ne dit pas que cette course sera la dernière de sa carrière. On sent bien que l’excitation et l’attrait des courses en Class 40 sont susceptibles de la ramener sur l’eau, quoi qu’il arrive sur ce Vendée Globe. Elle explique qu’il lui a été difficile de s’adapter à l’idée de naviguer sur un bateau plus ancien qui ne peut pas gagner, mais elle s’est faite à cette idée.

Toujours aussi modeste, Miranda explique qu’elle est maintenant beaucoup mieux armée pour relever le défi de la course au large en solitaire que lorsqu’elle était plus jeune. « Ce sera probablement la chose la plus difficile que j’aurai faite depuis mes premières courses en solitaire, » a-t-elle affirmé. « Cependant, mentalement, plus je vieillis, plus je m’améliore. Je suis maintenant assez heureuse de courir en solitaire alors qu’avant, il y avait beaucoup de hauts et de bas. »

L’une des nouveautés dans sa vie à bord est une connexion WhatsApp qu’elle a testée pour la première fois pendant la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, lorsqu’elle est restée en contact avec Sam Davies.

Son principal sponsor – Campagne de France – avec lequel elle travaille depuis 2011, est un producteur national de fromage frais. Lors de notre interview sur Skype, Miranda Merron s’est levée de son siège dans sa cuisine et a sorti un pot du réfrigérateur. « C’est délicieux, » a-t-elle commenté, avec un grand sourire, « vraiment, vraiment bon. »

Comme la plupart des autres projets, presque tous ses engagements de relations publiques durant la période précédant le départ ont été annulés en raison de la pandémie, mais Miranda Merron est ravie que Campagne de France ait maintenant ajouté une photo de son bateau sur ses produits vendus en grandes surfaces.

« Maintenant, les écoliers – qui reçoivent du fromage frais à l’école – posent des questions à leurs professeurs sur le bateau et leur demandent comment ils peuvent suivre la course, ce qui est formidable, » a-t-elle conclu.

Pour mémoire, les autres sponsors de Miranda Merron sont le département de la Manche et la région Normandie.

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Agence Oconnection

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