Rendre la vie à bord supportable

© Yann Riou / Polaryse

Voici le premier d’une série d’articles qui vous sont proposés à l’approche du départ du Vendée Globe le 8 novembre. Ici, Ed Gorman se penche sur la question du confort – ou plutôt de l’inconfort – à bord d’un IMOCA. La flotte IMOCA a une réputation bien méritée, celle d’une Classe de bateaux aux performances exceptionnelles, offrant souvent des démonstrations spectaculaires de vitesse et de puissance. Il est vrai également que ces plateformes prototypes sont parmi les plus hostiles jamais utilisées dans la voile moderne.

Avant même l’avènement du ‘foiling’, la forme large et plate des coques en carbone ultra légères rendaient extrêmement inconfortables les IMOCA, surtout au près et dans la brise. La révolution des foils n’a fait que rendre l’expérience à bord encore plus violente, plus bruyante et plus humide pour les skippers solitaires.

La Britannique Sam Davies, skipper d’Initiatives-coeur, dit que lorsque qu’un néophyte navigue sur son bateau, cela lui rappelle à quel point les marins IMOCA se sont habitués à des conditions que peu d’autres humains toléreraient. “Il semble que les bateaux soient très insupportables pour quiconque n’est pas skipper IMOCA,” assume-t-elle.

Alors, qu’ont fait les concurrents du Vendée Globe pour rendre la vie à bord un peu plus confortable alors qu’ils se préparent à vivre 70 jours et plus, en solitaire autour du monde et à affronter les pires conditions météorologiques de la planète ?

Boris Herrmann explique que le changement le plus important que son équipe et lui ont apporté à Seaexplorer-Yacht Club de Monaco pour la vie à bord – depuis sa naissance au sein du Gitana Team pour le Vendée Globe 2016 – est l’ajout d’un “siège de pilote” qui s’installe sur le côté, de part et d’autre de l’axe du bateau, et qui peut s’incliner lorsque le bateau gîte.

“Il soutient mon dos et ma tête peut s’appuyer. Je peux simplement observer le bateau naviguer et garder un œil sur le radar et les alarmes. Il est assez proche de l’entrée du cockpit, je peux donc aussi sauter du siège très rapidement,” explique-t-il.

Le marin allemand y prend aussi ses repas. “Je peux m’asseoir là et manger quand le bateau bouge beaucoup et qu’il va vite, c’est tout simplement le meilleur endroit pour être soutenu et vous n’avez pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour vous accrocher.”

Comme beaucoup de ses collègues skippers IMOCA, Herrmann a également modifié le cockpit pour l’entourer à l’arrière d’un ‘rideau’ qui empêche le vent et l’eau de pénétrer. “Nous gardons le cockpit entièrement fermé pour qu’il soit agréable et sec et que l’on puisse sortir en pyjama sans vous mouiller,” explique-t-il.

Son rival français, Kevin Escoffier, à bord de PRB qui a été beaucoup modifié depuis quatre ans, a fait un changement similaire avec le même objectif. “Fermer le cockpit” ajoute au confort mais aussi à la vitesse car sans casquette, vous avez 100 kilos d’eau en permanence et donc, quand vous n’avez pas cela, le bateau est plus léger et plus rapide”, confie-t-il.

Escoffier utilise également des bouchons d’oreilles pour essayer d’atténuer l’impact sur ses sens des chocs et coups constants que le bateau subit lorsqu’il vole et tombe des vagues, “comme une planche de bois qu’on frappe sur l’eau”. Le Français, qui a déjà fait trois fois le tour du monde, utilise des bouchons moulés à son oreille et munis de filtres afin de pouvoir contrôler la quantité de sons atténués.

“Je ne veux pas être complètement coupé des bruits du bateau”, explique-t-il. “On peut le faire avec des antibruit mais, après, on n’entend plus rien du bateau. Pour moi, il est très important d’entendre parce que, par les bruits du bateau, vous pouvez dire si vous avez cassé quelque chose et vous pouvez entendre le bruit aérodynamique afin de pouvoir dire si quelque chose ne va pas”.

Herrmann aime entendre le ‘son’ de son IMOCA lorsqu’il file à toute allure. “Parfois, j’aime entendre le cri du foil parce qu’il sonne vite et c’est satisfaisant,” confie-t-il. “Ensuite, il peut y avoir trop de bruit et là on essaie de l’éviter avec les bouchons d’oreille”.

Les bouchons d’oreille ne sont pas les seules choses qu’Escoffier portera pour se protéger à bord. Le skipper de 40 ans, originaire de Saint Malo, a testé des vêtements de rugby pour protéger son corps des impacts lorsqu’il est projeté dans le cockpit ou à l’intérieur de PRB. “La semaine dernière, j’ai essayé des vêtements de rugby pour mon dos et mes jambes,” explique-t-il. “Cela peut m’aider à me protéger si je suis projeté… et maintenant je porte un casque de rugby qui est assez léger et chaud donc quand il fait froid, c’est aussi une bonne chose.”

Essayer de dormir à bord est un défi majeur dans un environnement aussi instable, bruyant et violent. L’équipe d’Herrmann a ajouté des matelas spécialement conçus pour améliorer le confort de ses deux couchettes et des rideaux qui l’aident à dormir pendant la journée.

Escoffier, quant à lui, a travaillé avec un médecin spécialisé dans le sommeil et sa préparation a consisté à essayer d’établir une position de sommeil – sur un matelas spécialement développé – où son corps est aussi stable que possible, pour l’aider à reconstituer son énergie mentale. “Pendant les premières minutes du sommeil, c’est le corps qui récupère de l’énergie”, dit-il. “Mais le cerveau ne récupère pas son énergie pour vous empêcher de devenir fou ! Pour cela, il faut que le corps ne bouge pas trop pendant cette partie de la phase de sommeil, et donc que matelas ne se promène pas d’un côté à l’autre.”

La psychologie de la survie à l’expérience IMOCA en solo est une grande partie du défi. Herrmann a travaillé avec un psychologue du sport et ils ont utilisé des techniques comme le fait de voir les choses de l’extérieur – la soi-disant “vue d’hélicoptère” – et de changer de perspective pour aider à rester dans un état d’esprit positif.

Herrmann a découvert qu’être en contact avec des amis à terre est un excellent moyen de rester motivé et d’éviter les périodes de solitude. Sur la course Vendée-Arctique-les Sables d’Olonne, il est resté en contact avec ses amis grâce à un nouveau groupe “WhatsApp”. “Être coupé du monde extérieur est tellement contre nature, car nous sommes très connectés de nos jours”, dit-il. “Le fait d’être connecté m’a donc beaucoup aidé – je ne m’y attendais pas – mais j’aime vraiment ça”, dit-il.

Kevin Escoffier travaille avec Alexis Landais, un psychologue du sport qu’il a connu pour la première fois en tant que membre de Dongfeng Race Team lors de la dernière Volvo Ocean Race. Les deux points sur lesquels ils se sont concentrés sont comment prendre les bonnes décisions même lorsque vous êtes épuisé, et comment apprendre à naviguer à un niveau qui soit durable lorsque vous faites le tour du monde en solitaire.

“Il s’agit d’ajuster le niveau de performance,” déclare-t-il. “C’est la plus longue course et vous ne devez pas la mener comme une Transat Jacques Vabre ou les 48h du Défi Azimut. Il s’agit d’apprendre à être confiant dans la manière dont vous allez ajuster le pourcentage de performance que vous utiliserez sur le bateau lors du Vendée Globe.”

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