Tricotage serré au Fastnet

Départ Les Sables d'Olonne 04/07/20 - Kojiro SHIRAISHI / DMG MORI Global One

Quelle bagarre ce matin sous la pleine lune au large du célèbre phare irlandais ! Jugez plutôt : 1 petit mille sépare Thomas Ruyant (LinkedOut) de Charlie Dalin (Apivia), les deux hommes de tête de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, après une nuit blanche rythmée par des rafales à 35 nœuds et gavée de manœuvres : virements de bord, prise de ris, réglages. « On est un peu en mode Solitaire du Figaro le long des côtes irlandaises » confiait ce matin Jérémie Beyou (Charal), troisième au pointage.

Il y a désormais 18 IMOCA en route vers l’Islande, Damien Seguin (Groupe Apicil) ayant dû faire demi-tour pour des problème d’énergie. Damien devrait rejoindre Port-La-Forêt ce matin vers 8h30 pour constater et envisager les réparations de la désolidarisation du support de son alternateur. « Je suis forcément déçu, car c’est la première fois que je fais demi-tour sur une course. Mais on le sait, la casse fait partie de notre sport » confiait le skipper d’Apicil à la vacation de 5h.

Jeu d’échec

Dans des conditions musclées depuis hier soir, malmenés par une grosse mer et du vent fort, il a fallu jouer aux fins stratèges sur ce premier tronçon vers l’Islande. Armel Tripon (L’Occitane en Provence) a fait le choix de la prudence hier en se décalant très tôt à l’ouest quitte à perdre du terrain. Tandis que le gros de la flotte rejoignait les côtes irlandaises pour commencer à faire de l’ouest… en tricotant. C’est-à-dire en alignant des virements de bord. « C’est 30 mn à chaque fois, en comptant le matossage du matériel d’un bord sur l’autre » racontait ce matin le skipper de Charal, qui avouait n’avoir pas fermé l’œil ni manger quoi que ce soit depuis hier !

Rassemblement

La flotte est plus compacte ce matin avec quelques jolis coups stratégiques, comme celui de Maxime Sorel (V and B Mayenne) qui pourrait bien voir son décalage ouest payer dans les heures qui viennent. 5e, Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) reste parfaitement dans le match, en tête du deuxième « paquet », poursuivi par trois femmes, décidément brillantes sur ce début de course : Isabelle Joschke (MACSF) et Samantha Davies (Initiatives-Cœur), mais également Clarisse Cremer (Banque Populaire X), 10e sur son bateau à dérive devant des foilers ! Manu Cousin (Groupe SETIN) ferme la marche à 150 milles des premiers (par rapport à la distance au but).

Un avenir incertain

Ce lundi, les regards se tournent vers les fichiers météo et en particulier vers la dépression L3. Par quelle route vont-ils la contourner : nord ou sud ? Rien n’est encore très clair. Une petite accalmie se présente, l’occasion de remettre du charbon dans les corps fatigués pour garder de la lucidité sur la stratégie à venir

APPELS DU MATIN

Damien Seguin (Groupe Apicil) – 05h00

« 
J’ai des problèmes d’énergie à bord. Je me suis rendu compte que quand le bateau tapait – et il faut dire que ça tapait pas mal dans les vagues quand on était au près – en montant sur l’Irlande, j’ai remarqué que toute la fixation moteur où se trouve la production d’énergie avec l’alternateur avait complètement cassé. J’ai regardé rapidement ce que je pouvais faire et je me suis rendu compte que malheureusement je ne pouvais pas du tout réparer. Ça paraissait compliqué de continuer comme ça au près sans pouvoir recharger les batteries du bord donc j’ai pris la décision avec l’équipe de rentrer à Port-la-Forêt. J’ai plusieurs sources d’énergie à bord, on a des hydro générateurs qui permettent de fabriquer de l’électricité avec la vitesse du bateau. La problématique, c’est quand on va à des allures faibles ou alors au près quand ça tape beaucoup on ne peut pas trop s’en servir ça ne produit pas assez pour au moins étaler la consommation qu’on a à bord avec le pilote automatique et les ordinateurs. Après en complément on a des panneaux solaires mais pour ça il faut du soleil pour que cela puisse produire. Après la plus grosse source de production ça reste le moteur thermique qu’on a à bord qui est couplé soit à une génératrice soit à un alternateur qui produit de l’énergie. Moi j’étais un petit peu dans l’impasse quand je me suis rendu compte de la casse du support d’alternateur parce que les panneaux solaires ne sont pas encore installés sur le bateau donc je n’avais pas cette source là et comme je disais, en étant au près dans une mer formée les hydro générateurs ne produisent pas suffisamment donc j’étais un petit peu coincé et vu les conditions météo de la nuit et des prochains jours, il n’était pas question de commencer cette longue traversée comme ça. On a donc pris la décision de faire demi-tour. La mer était assez formée, je voyais bien que le bateau était sollicité. Malheureusement ça fait partie des casses matériels, la course au large est un sport dépendant de ces choses-là. Là j’ai passé l’île de Sein, je ne suis plus très loin du port d’attache du bateau. Je vais retrouver l’équipe technique à Port-la-forêt et on va étudier les différentes solutions qui s’offrent à nous. Je devrais arriver au petit matin vers 7h30/8h. On va tout de suite se mettre au travail. Je ne sais pas encore si c’est réparable ou non. Il y a beaucoup de déception, je n’ai pas fait demi-tour de gaité de cœur. J’étais bien avec le bateau, je me sentais bien, j’étais dans un bon petit groupe de bateaux. C’est la première fois que je fais demi-tour sur une course. »

Jeremie Beyou (Charal) – 05h53

“La mer s’est un peu arrangée mais il y a toujours des bons paquets ! Là, tribord amures on a vraiment la mer de face donc ce n’est pas facile de faire avancer vite le bateau. Le vent a un peu molli donc c’est quand même un peu moins désagréable. J’ai réussi un peu à dormir, je ne sais plus quand… Hier matin ? Et puis cette nuit un petit peu, je n’aurais peut-être pas dû d’ailleurs. C’est tonique comme début de course et là c’est parti pour les enchaînements de dépressions donc on n’a pas beaucoup de temps pour manger dormir prendre soin de soi. Je n’ai pas eu le temps de faire un tour du bateau non plus, il faudrait que j’arrive à tenir debout dans le bateau pour le faire. La mer doit se calmer donc ça sera plus propice un peu plus tard dans la journée. Nous avons pas mal manœuvré cette nuit au large des côtes irlandaises. L’idée c’était d’aller chercher une mer plus plate et un peu moins de vent en se rapprochant de la côte. Malheureusement ça n’a duré qu’un temps. Au niveau des conditions, ça rappelle un peu la Solitaire du Figaro. Pour chaque virement de bord, selon les voiles que tu as à l’avant, il faut compter entre 20 et 30 minutes entre le début du matossage et la fin de la manœuvre. Cette nuit, on a quand même eu 35 nœuds avec la mer qui allait avec, je suis passé sous deux ris et J3, ce qui ne facilite pas les manœuvres, mais comme ça le bateau était un peu moins volage. Le problème, c’est plutôt la suite là, comment va se présenter la dépression à venir. On se demande comment on va arriver à la Bouée CIO-UNESCO et comment on va en revenir. Je ne sais pas encore si je retourne vers la côte ou pas, la météo n’est pas tout à fait claire selon moi.”

Source

COM Alive

Liens

Informations diverses

Sous le vent

Les vidéos associées : IMOCA