Retour sur l’IDEC SPORT ASIAN TOUR !

En pulvérisant de plus de 4 jours, mercredi 19 février à Londres, le record de la Route du Thé, Francis Joyon a aussi mis un terme à cet original et colossal défi que constituait l’IDEC SPORT ASIAN TOUR. Une aventure majuscule, un voyage au parfum historique sur les routes des épices, de la soie et du thé, composé de quatre travaux d’Hercule, tous couronnés de succès. Deux nouveaux temps référence et deux records battus, depuis la Bretagne jusqu’aux confins de l’Asie et de la Chine, triomphalement bouclés par ce demi-tour du monde entre Hong Kong et Londres. Une épopée que l’on peut aussi résumer en quelques chiffres : 67 jours de navigation en course, 35 000 milles parcourus sur le fond, à plus de 20 noeuds de moyenne.

En solitaire puis en équipage réduit, le maxi-trimaran IDEC SPORT continue d’éblouir la planète voile. Et Francis Joyon de forcer toujours et encore l’admiration et le respect par sa capacité à créer l’exploit, sans esbroufe, en simple marin respectueux d’une nature qu’il continue d’explorer et de chérir.

Acte 1 – La Mauricienne : 19 jours, 18 heures, 14 minutes et 45 secondes

Francis Joyon, avec une déconcertante apparence de facilité, explosait le 8 novembre dernier son propre record établi voilà 10 ans sur cette Route des épices baptisée La Mauricienne. En 19 jours, 18 heures, 14 minutes et 45 secondes, soit un gain de 6 jours et 10 heures, Joyon le solitaire avalait les 8 950 milles de navigation théorique depuis Port Louis dans le Morbihan, soit 11 000 milles ébouriffants sur le fond, avalés à 23,2 noeuds de moyenne. Une performance qui lançait à merveille une longue campagne de records en Asie. Car ce record était loin d’être gagné : « Notre fenêtre météo était loin d’être idéale » raconte-t-il, « mais comme on l’a vu par la suite, rien de bien intéressant se présentait à nous avant des jours, voire des semaines. Il nous fallait partir afin de respecter notre programme asiatique. » En un peu plus de 7 jours et deux heures, IDEC SPORT rejoignait l’équateur. Sainte Hélène et son anticyclone en villégiature sous les côtes Brésiliennes constituaient aussitôt un nouveau challenge à la hauteur de Francis. Les alizés de Sud-Est poussaient IDEC SPORT loin dans l’ouest, dans un immense et décourageant contournement des zones déventées alanguies au coeur de l’Atlantique Sud. IDEC SPORT, cap au Sud Ouest et loin de la route, y laissait quelques plumes, déplorant en son 11ème jour de course une poignée de milles (jusqu’à 27) de retard sur IDEC, deuxième du nom, auteur 10 ans plus tôt, d’une belle parabole au plus court de l’Atlantique Sud. Avec l’aide clairvoyante de son routeur Christian Dumard à terre, Francis décelait sous les côtes Uruguayennes une belle dépression, et la possibilité de renouveler la grande cavalcade réalisée en 2017 lors de son fabuleux Trophée Jules Verne. « Je suis parti sur l’avant de la dépression, qui évoluait très vite vers l’Est. Avec Christian, nous pensions qu’elle allait très vite nous laisser en chemin et qu’il me faudrait patienter de longues heures avant l’arrivée d’un second système, très intéressant celui là aussi. » Mais au fil des heures, bien calé sur la bordure Nord des flux puissants de Nord-Ouest, IDEC SPORT faisait de nouveau merveille, alignant des journées à plus de 600 milles, au point de convaincre son skipper qu’il y avait peut-être possibilité de demeurer jusqu’au bout dans ce système. « Il y avait un gain de deux jours à Bonne Espérance à la clé !» explique Francis : « Alors je me suis accroché ! C’est rare de pouvoir profiter aussi longtemps d’un système météo » s’extasie presque Francis. « Nous l’avions fait avec l’équipage d’IDEC SPORT sur le Trophée Jules Verne. » Mais à quel prix ! Francis avoue avoir souffert de voir souffrir son bateau. « Il sautait de vagues en vagues, et faisait des bruits que je ne lui avais jamais entendu proférer ! La nuit juste avant Bonne Espérance a été la pire, avec des creux de 10 mètres. J’étais fatigué mais il fallait prolonger l’effort. C’est là que c’est joué ce record…»

Acte 2 : Île Maurice – Ho Chi Minh Ville (Vietnam) : 12 jours, 20 heures, 37 minutes et 55 secondes.

Douze jours après avoir magistralement bouclé le premier acte de son ASIAN TOUR, pulvérisant de plus de 6 jours le record de La Mauricienne, Francis Joyon s’attaquait au deuxième morceau de bravoure de son périple asiatique. Il s’élançait le 21 novembre, en équipage cette fois, depuis l’île Maurice, sur une route totalement inusitée par les voiliers de course au large modernes, un parcours en travers de l’océan Indien, vers la mer de Chine, le Vietnam et sa capitale Ho Chi Minh Ville. Une nouvelle tentative de record, sur un tracé qui fleurait bon l’exotisme de l’Extrême Orient, avec ce passage entre Java et Sumatra via le détroit de la Sonde, l’Indonésie, la Malaisie et la mer de Chine, avant de rallier le delta du Mékong et l’ex Saïgon dénommée Ho Chi Minh Ville depuis 1976. Plus de 4 000 milles d’une navigation complexe face à l’alizé, dans les calmes et le trafic de la mer de Chine, l’une des plus fréquentée au monde. Fidèle à ses habitudes de convivialité, Francis appelait pour l’occasion les fidèles du bateau. « Notre Boat Captain Bertrand Delesne qui a beaucoup oeuvré ces derniers mois sur le bateau, est naturellement des nôtres » présentait il. « On retrouve à bord la même équipe qui a convoyé l’an passé le bateau au retour de la Route du Rhum, avec Christophe Houdet, qui ne sait plus s’il a traversé l’Atlantique à 60 ou 70 reprises. Antoine Blouet qui prépare le bateau depuis un certain temps, et mon fils Corentin qui lui aussi connait le bateau comme sa poche. » Cinq hommes pour mener le géant, la « bête sauvage » comme ils aiment tous à surnommer affectueusement le maxi-trimaran IDEC SPORT.

12 jours, 20 heures, 37 minutes et 55 secondes d’une aventure maritime pleine de contrastes et de surprises, IDEC SPORT venait s’amarrer un 4 décembre dans l’ancienne capitale de la Cochinchine, terminal d’un parcours long théoriquement d’environ 4 000 milles, mais qui aura contraint, météo oblige, Francis et ses hommes à naviguer sur 5 400 milles de l’océan Indien à la mer de Chine. Hautes vitesses, calmes plats, longues houle du Grand Sud, fort clapot des mers fermées de Chine et de Java, désert maritime et routes commerciales très fréquentées, frimas des latitudes antarctiques, chaleur accablante de l’Indonésie, l’Aventure majuscule attendue n’aura certes pas fait défaut aux 5 marins souvent subjugués par les merveilles et autres incongruités des paysages de l’extrême orient. C’est une épopée en trois nuances de gris qu’ont vécue Francis, Corentin, Christophe, Bertrand et Antoine. Gris lumineux des mers du Sud, gris brumeux et fumeux du détroit de Karimata, entre Sumatra et Borneo, et gris plombé de la mer de Chine secouée par de puissants flux de Nord Est. La parenthèse du Sud s’est vite refermée pour faire place à des latitudes chaudes, bouillantes même, notamment lors du passage de l’équateur dignement fêté au large de Borneo pour Antoine Blouet, seul novice du bord en la matière.

A l’azur du ciel et l’émeraude des mers de l’île Maurice s’est vite substituée la luminosité du Grand Sud. Car dans sa quête du détroit de la Sonde, porte d’entrée vers la mer de Chine, Francis et ses marins ont choisi délibérément de plonger vers les latitudes du très Grand Sud, par 37 degrés de latitude Sud. Les 3 000 miles qui séparent l’île Maurice du sud de Sumatra se sont ainsi transformés en 4 200 milles d’une cavalcade débridée travers aux alizés de Nord Est de l’océan Indien. A près de 23 noeuds de moyenne sur le fond, en signant au passage quelques stupéfiantes journées à près de 750 milles avalées en 24 heures, Francis Joyon ralliait en son 8ème jour de course l’Indonésie. Commençait alors la partie la plus mystérieuse de ce périple asiatique. Francis le chasseur de records se muait en explorateur, en découvreur de mers inusitées par la course au large moderne. La puissance des courants contraires qui dévalent le long des rivages de Sumatra, associée à l’absence totale de vent, plongeait le maxi trimaran dans des abysses de lenteur. « On s’est battu durant trois jours comme des chiffonniers pour ne pas reculer » atteste Francis. Partagé entre curiosité, fascination et impérieuse nécessité de veiller aux grains les plus inattendues, bateaux de pêche, îlots et ces drôles de baraques de pêcheurs en bois posées au milieu de l’océan, l’équipage d’IDEC SPORT puisait profondément dans ses réserves physiques pour maintenir un semblant de progression et s’extraire de cette zone désertée par le vent. Au près, multipliant les virements de bord et les changements de voiles au gré des tout petits airs qui baignent les îles de Bangka et Belitung, les hommes d’IDEC SPORT, tout à leur émerveillement, parvenaient à s’extraire du détroit de Karimata en longeant au plus près des rivages de Borneo. Bilan, 550 milles parcourus en trois jours ! Une misère à l’échelle du formidable potentiel du bateau. C’est ensuite un chemin mal pavé qui attendait le glorieux trimaran pour ses 500 derniers milles en mer de Chine. « Des creux de plus de 4 mètres, dans notre axe de progression, faisaient sauter le bateau dans tous les sens » poursuit Francis. « A l’intérieur, impossible de dormir. On faisait des bonds de 20 cm dans notre bannette. » Sagement, Francis arrondissait la route, afin d’attaquer les vagues et le vent par le travers, préservant jusqu’au bout sa fidèle machine. Restait à gérer l’atterrissage sur la péninsule indochinoise. Un nouvel épisode de petit temps s’imposait aux marins fatigués, contraints une nouvelle fois à guetter les mille et une surprises de ces plans d’eau si fréquentés mais si peu régulés… Francis attendait sagement les premières lueurs du jour avant de glisser les étraves de son trimaran entre jonques et sampans vers Vung Tau, le grand port commercial au Sud d’Ho Chi Minh. Son temps de course qui fera référence sur la distance, est de manière significative inférieur à ses prévisions de départ, envisagées alors au delà des deux semaines.

Acte 3 : Ho Chi Minh (Vietnam) – Shenzhen (Chine) : 2 jours, 20 heures, 28 minutes et 51 secondes

Le maxi-trimaran IDEC SPORT mené par Francis Joyon et son équipage, coupait le mardi 17 décembre 2019 à 23h24 TU (0h24 française) la ligne d’arrivée du nouveau record entre Ho Chi Minh Ville (Vietnam) et Shenzhen (Chine), 3ème acte de l’Idec Sport Asian Tour. Après 844 milles du parcours théorique parcourus en 2 jours, 20 heures, 28 minutes et 51 secondes, à la vitesse moyenne de 12,3 noeuds, la performance sur le fond était de 1 011,81 milles parcourus à 14,8 noeuds de moyenne. IDEC SPORT en terminait ainsi avec le troisième de ses 4 travaux d’Hercule en rejoignant le delta de la rivière des perles, qui sépare Macao de Shenzhen où était mouillée la ligne d’arrivée de ce nouveau record, le plus court mais aussi le plus difficile sur le plan physique. « Durant 36 heures, le bateau, qui pourtant a connu des mers difficiles, a été malmené comme jamais auparavant » avoue Francis. « Avec des vents contraires, de face, de plus de 35 noeuds, sur une mer infernale, il a longtemps tapé avec rudesse dans des vagues abruptes. Nous avons été bien secoués, et l’arrivée sur les multiples îles qui barrent l’accès à Shenzhen a été une délivrance pour tout l’équipage. Heureusement, la mer s’est calmée au fur et à mesure de notre progression et le vent a pris un peu de droite pour nous permettre un atterrissage plus confortable travers au vent d’Est Nord-Est. Des milliers de bateaux de pêche, un peu comme au Viet Nam s’affairaient dans le secteur, avec leurs longues lignes de pêche en éventail. Un spectacle étonnant ! Nous sommes heureux d’en terminer. Cela fait près de deux mois que nous sommes entièrement dédiés à la vie du bateau, et une petite pause nous fera le plus grand bien, avant de s’attaquer après les fêtes à la Route du Thé et son record détenu par Giovanni Soldini. »

Acte 4 : final en apothéose, IDEC SPORT s’adjuge La Route du Thé 31 jours, 23 heures, 36 minutes et 46 secondes

Plus long record à la voile « coast to coast », en dehors du tour du monde, cette Route du Thé intriguait beaucoup Francis et ses hommes au départ de Hong Kong, avec cette navigation d’Est en Ouest à l’envers des grands systèmes météos. L’absence d’alizé dans l’océan Indien, et la menace de cyclones, faisaient d’emblée planer nombre d’incertitude quant à la capacité du trimaran géant de rivaliser avec l’ex Mod70 Maserati de Giovanni Soldini, particulièrement à l’aise dans les zones faiblement ventées. Mais en s’emparant mercredi 19 février 2020, en un peu plus d’un mois, du chrono de référence entre Hong Kong et Londres, Francis Joyon et ses quatre hommes d’équipage ont non seulement battu le temps de Giovanni Soldini de plus de 4 jours, mais aussi quasiment divisé par trois le temps de navigation des grands clippers du XIXème siècle! Tout au long de ses 15 000 milles parcourus à 20,7 noeuds de moyenne, le maxi-trimaran aura connu à peu près toutes les conditions de vent, de mer, de soleil, de températures, de glisse, de pièges, de surprises, de chahut et d’inconfort. Mer de Chine, Océan Indien, Atlantique Sud et Nord, c’est plus d’un demi-tour du monde que les 5 marins ont accompli à une allure record, poussant en permanence le curseur de la performance. De la vitesse pure en mer de Chine et dans l’Indien, un contournement sans faillir de la pointe australe de l’Afrique, de la patience et de l’inspiration dans les calmes de l’Atlantique Sud, et une superbe remontée de l’Atlantique Nord auront scellé avec succès le sort de cette tentative. Après quelques jours passés à Londres, IDEC SPORT retrouvera son paisible port d’attache de La Trinité-sur-Mer, riche de deux nouveaux records et de deux temps références sur de nouvelles destinations.

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