Courses-poursuites dans l’Atlantique

© Pierrick Contin

Avec le démâtage tôt ce matin du Class40 Entraide Marine – ADOSM et l’arrêt au stand qui se prolonge pour l’Imoca MASCF à Lorient, 53 équipages naviguent actuellement entre Porto, pour les derniers Class40, et les îles Canaries, pour les premiers Multi50 et Imoca. De chaque côté de la dorsale bien installée autour de Madère, les conditions de navigations sont plutôt rugueuses : vent fort et grosse mer désordonnée au large des côtes portugaises, vent arrière dans des alizés bien nerveux avec masque et tuba de rigueur au large du Maroc ! La bagarre fait rage dans chacune des trois flottes étalées sur plus de 700 milles. Ce soir, Chappellier/Leboucher reprennent la tête des Class40, Lamiré/Carpentier restent aux commandes des Multi50 et Beyou/Pratt tentent de garder Dalin/Eliès dans leur tableau arrière. Il y a du sport en mer !

Class40 : A choquer les écoutes !

Ils attendaient ce moment depuis plus de 4 jours. Cette petite rotation du vent qui signifie beaucoup : plus de mer ni de vent en pleine face, et des vitesses qui augmentent au compteur. « Depuis plusieurs jours, on a une mer casse-bateau et on avait un peu peur pour le mât. On a attaqué mais cette nuit, c‘était un peu chaud et on a fini par réduire. Bientôt, ce sera beaucoup mieux. » expliquait ce midi Emmanuel Le Roch sur le Class40 Edenred. Enfin, cet après-midi, les conditions s’améliorent pour descendre plein pot vers les alizés si la dorsale se montre conciliante. L’angle du vent est désormais presque idéal pour les carènes au nez rond et retroussé. Les vitesses à deux chiffres apparaissent sur les classements, et les écarts se réduisent. Crédit-Mutuel décalé dans l’ouest accélère nettement et affiche plus que 16 milles de retard sur le premier Aïna Enfance & Avenir. La flotte des Class40 qui voit un cinquième équipage rentrer au port, démontre sur cette Route du café un niveau de jeu très élevé et des amateurs éclairés tenir le rythme de façon magistrale.

Multi50 : Solidaires En Peloton – ARSEP au milieu des îles Canaries

En tête depuis hier midi grâce à une parfaite maîtrise des petits airs dans la dorsale, Gilles Lamiré et Antoine Carpentier déboulent dans l’ouest de La Palma à plus de 22 nœuds talonnés par Sébastien Rogues et Matthieu Souben, 3 milles dans leur tableau arrière. Autant dire que les binômes ne doivent dormir que d’un œil voire pas du tout quand ils ne sont pas de quart ! Relégués en troisième position, Thibaut Vauchel-Camus et Frédéric Duthil ont fait le choix de passer à l’intérieur de l’archipel entre les îles de Ténérife et Gran Canaria. Ils vont devoir bien négocier la sortie car le dévent est conséquent (50 milles) sous le Pico de Teide, volcan haut de 3 700 m !

Imoca : Charal magistral

Ils se sont vus en mer au large de Marrakech et Charal a depuis distancé Apivia de 20 milles ce soir. Il faut dire que Jérémie Beyou et Christopher Pratt ont parfaitement enchaînés les empannages les uns après les autres. Un superbe escalier pour descendre jusqu’au nord des Canaries. Dans les alizés, il fait meilleur, mais les conditions de navigation sont hyper humides. Les casquettes reçoivent des trombes d’eau, Charlie Dalin parlait avec humour de la nécessité de mettre masque et tuba sur ces nouveaux engins volants. Arkea-Paprec s’est fait distancer par le groupe de six bateaux (Banque Populaire, Initiatives-Cœur, Groupe Apicil, Corum L’Epargne, 11th Hour Racing et PRB) toujours en pleine bagarre à 60 milles de la tête de course. Derrière Groupe Setin et Campagne de France ralentis dans la dorsale, les partisans de l’Ouest cravachent pour rattraper leur retard dans un vent qui a adonné et qui leur a permis de foncer toute la journée vers le sud. Cela ne va pas durer, Madère et sa zone de vents mous vont les cueillir cette nuit. « C’est un peu le point critique pour arriver dans les alizés. J’espère qu’on va traverser vite. On aura du retard, mais on guette la moindre opportunité, on a un bon bateau à ces allures » confiait philosophe et serein Thomas Ruyant (Imoca Advens for Cybersecurity).

Date : 01/11/19 – 16h00

  • Class40
    1 – Aïna Enfance & Avenir
    2 – Crosscall Chamonix Mont-Blanc
    3 – Made in Midi
  • Multi50
    1 – GROUPE GCA – MILLE ET UN SOURIRES
    2 – PRIMONIAL
    3 – Solidaires En Peloton – ARSEP
  • Imoca
    1 – Charal
    2 – Apivia
    3 – Banque Populaire X

Ils ont dit

Alan Roura, skipper de La Fabrique (IMOCA)

Tout va bien, on fait avec ce qu’on a, c’est-à-dire du près depuis très très longtemps. On a des concurrents autour et tout se passe bien à bord, il y a du match et on va essayer de lâcher les chevaux. Au début, on voulait aller dans l’ouest. Très rapidement, il fallait faire un bord sud et quand on a renvoyé dans l’ouest on a compris qu’il y avait peut-être une voie entre les deux grandes options. Je crois qu’on a plutôt bien fait. On n’est pas forcément content du classement mais notre positionnement sur le plan d’eau est pas mal. L’idée maintenant, c’est de remonter au maximum la flotte. Le vent n’en fait qu’à sa tête et mais ça ne devrait faire qu’accélérer dans les heures qui viennent.

Catherine Pourre, skipper de Eärendil (Class40)

Ca se passe pas mal, on a eu notre lot de petits soucis, mais rien de grave. On est un peu à l’ouest et un peu en retrait, mais on est content. On fait tout pour ne rien casser. On a eu une nuit horrible, 30 nœuds, au près dans une mer épouvantable. On va petit à petit ouvrir, commencer à glisser un peu plus au reaching, mais la mer est très mauvaise en ce moment. On va continuer descendre plein sud. On va aller vers Madère, ça va mollir. On saura là-bas si on n’est pas trop mal placé. On est plutôt à 95% des vitesses, on fait des manœuvres moins risquées possible, on a perdu déjà notre spi de brise. Ca nous a refroidi. On essaie de maintenir le rythme, car devant ils ont un rythme incroyable.

Maxime Sorel, skipper de V and B – Mayenne (Imoca)

Ca cravache pour récupérer le retard de ce début de course, on est sur la queue de la dépression, c’est bien humide, on a envie de se changer, la mer n’est pas rangée. On commence tout doucement à ouvrir les écoutes, mais ça reste une allure gîtée et pas hyper rapide. C’est une mer croisée, le bateau tape. On était super content d’avoir réparé rapidement, donc d’être en course c’est une bonne nouvelle. Quand on voit le groupe avec qui on était, c’est sûr qu’on se dit qu’on aurait aimé être là. Mais on se dit, qu’on ne peut que remonter les places.

Thomas Ruyant, skipper de Advens for Cybersecurity (Imoca)

Route au sud ! On est sur un près assez rapide, ça ouvre tout doucement. On va dans les 12 heures traverser forcément la dorsale. C’est un peu le point critique pour arriver dans les alizés, j’espère qu’on va traverser très vite, ce ne sera pas évident. On aura du retard à l’arrivée au Pot au Noir, on guette les opportunités. On a un très bon bateau à ces allures, et donc après aussi ça va aller vite. L’option ne s’est pas passée comme on l’espérait. Il n’y pas eu de bascule au nord-ouest et la tête de flotte ne s’est pas arrêtée dans la dorsale, donc aujourd’hui on a du retard mais on va essayer de le diminuer.

Jean-Baptiste Daramy, skipper de Chocolat Paries – Coriolis Composite (Class40) à 12h30 avec Jean-Baptiste Daramy

Tout va bien, à part qu’on a vu Estelle et Charles-Louis après leur démâtage et nous nous sommes appelés à la VHF. Ca fout un coup au moral car ce sont des bons copains. Ils avaient une bonne voix mais cela fait bizarre de voir des copains faire demi-tour. Ils m’ont dit que c’était une pièce de gréement, une pièce de fixation de l’étai qui a lâché. On a fait un tour du gréement hier, les conditions sont dures, ça tape, tout tremble, mais ça fait partie du jeu. Il y a 20-28 de nœuds de la mer est courte, 2,50 m de houle, on est sous génois et grand-voile arisée et on marche entre 8 et 10 nœuds. On est plus à notre avantage dans ces conditions. L’ambiance va changer, on va pouvoir envoyer le gennaker dès la fin de la journée, ce sera une course de glisse, mais il faudra bien négocier Madère pour ne pas se faire bloquer par son dévent.

Clarisse Crémer, skipper de Banque Populaire (IMOCA)

On vient de faire un empannage, il y a pas mal de vent, on est sous grand gennaker le long des Canaries, c’est assez sportif. Ce matin, il y avait des claques à 30 nœuds, mais là, on n’a plus que 20-21 nœuds. Le vent de nord-est a pris de la droite ce qui nous a permis d’empanner. On va continuer comme ça toute la journée. On apprend à se découvrir avec Armel. C’est plutôt lui qui regarde les routages en premier. Ensuite, je regarde et on en discute. Je le vois faire et je m’inspire. Il y en a toujours un dehors pour surveiller le bateau. Les jours passent assez vite comme ça. Dans la journée, on prend toujours un moment pour décortiquer ce qui se passe dans les prochaines heures. Armel barre car c’est assez technique au portant.

Emmanuel Roch, skipper de Edenred (Class40)

On a 26,-27 nœuds au près avec une mer un peu cassante. On est entre 8,5 et 9,2 nœuds. Encore une petite journée et ça va aller mieux. Depuis deux jours, on a une mer casse-bateau et on avait un peu peur pour le mât. On a attaqué mais cette nuit, c‘était un peu chaud et on finit par réduire. Basile va très bien, il est hyper à l’aise. C’est très sympa en Class40 de voir qu’il y a du match partout. On navigue à vue avec Mathieu et Christophe (Class40 Prendre la mer Agir pour la Forêt) depuis ce matin et on est hyper motivés. L’objectif, c’est de rentrer dans le top 10 mais ce n’est pas simple.

Fabrice Amedeo, skipper de Newrest Art & Fenêtres (IMOCA)

Ça se passe bien, on a contourné la dorsale qui était à l’ouest du Portugal cette nuit. C’était un exercice de finesse et de précision. La transition climatique est assez brutale. On fonce au portant, et c’est déjà l’été sous la casquette. Dehors, il fait encore un petit peu gris, mais le soleil n’est pas loin. L’océan commence à bleuir aussi. La mer est relativement rangée. Le bateau fonce, ça mouille beaucoup. Dans la dorsale, on n’a pas tant pas manœuvré que ça. On est resté sous grand spi et l’aile de mouette s’est bien passée. Maintenant, on voudrait être plus proche des concurrents de devant, mais il y a un tel niveau que chaque petite erreur coûte cher. On comptait ce matin avec Eric, il y a quasiment un vainqueur de la Solitaire du Figaro par bateau et ils ne font aucune erreur.

Source

Soazig Guého

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