Changement de décor

© Eric Gachet

La flotte de la 14ème Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre se scinde en trois groupes ce matin. Au sud, les leaders sortent de la dorsale qui les aura occupés une douzaine d’heures. Ils renouent avec des vitesses d’environ 20 noeuds dans l’ alizé instable qui souffle au large du Maroc. Tous les Class40 ont désormais franchi la latitude du cap Finisterre et naviguent toujours au près le long des côtes espagnoles et portugaises. Les IMOCA les plus à l’ouest, profitent quant à eux du bon flux qui enveloppe les Açores. Ils devraient doubler l’archipel dans la journée avec environ 200 milles de retard sur les meilleurs mais vont devoir eux aussi franchir la barrière des hautes pressions…

Multi50 : Nouvelle hiérarchie

Solidaires en Peloton ARSEP a abandonné pour la première fois depuis le Havre la tête du classement hier après-midi. La dorsale a souri aux chasseurs, qui sont rentrés dans le système un peu plus à l’ouest et ont joliment prolongé leur premier bord plus longtemps. Thibaut Vauchel-Camus et Fred Duthil empannaient un peu tôt et se voyaient rapidement contraints de multiplier les manœuvres pour sortir des griffes de la dorsale. C’est finalement Sébastien Rogues et Matthieu Souben qui s’emparent de la première place ce matin grâce à une trajectoire tendue et bien maîtrisée. Et c’est comme un nouveau départ pour ces trois bateaux qui ont encore 3000 milles pour se départager jusqu’à Salvador de Bahia ! La sortie de la dorsale signe aussi pour ces petits multicoques la fin d’une certaine quiétude. « Le bateau demande beaucoup d’attention, la mer est chaotique, le vent pas très calé et il faut garder la tête froide » expliquait ce matin Sébastien Rogues. Masque de ski et combinaison sèche seront les meilleurs alliés dans les prochains jours sur ces Multi50 qui réclament beaucoup de temps à la barre pour aller vite au portant dans la brise en conservant une certaine sécurité.

IMOCA : Mini break pour Apivia et Charal

Les deux foilers de nouvelle génération ont fait parler la poudre hier dans la journée. Rentrant dans la dorsale au coude à coude avec le groupe de poursuivants emmené par Initiatives-Cœur, ils en ressortent avec près de soixante milles d’avance ce matin. Apivia qui prolonge sa route bâbord amures vers la Mauritanie ne tardera certainement pas à empanner s’il veut passer ensuite au nord de l’archipel des Canaries. « C’est un complet changement de décor » indiquait ce matin Charlie Dalin sur Apivia. « Le vent est monté à 30-32 noeuds lorsqu’on a empanné dans la nuit et le bateau fait des pointes à 26. On a remis les cirés et les bottes. C’est ambiance casque lourd mais je suis ravi des performances du bateau ! »Troisième ce matin, Banque Populaire a très bien tiré son épingle du jeu et porte haut l’étendard des bateaux à dérives après plus de 1000 milles de course. Car la flotte commence à s’étirer en sortie de dorsale puisque le dixième Newrest Art et Fenêtres pointe déjà à plus de 130 milles des leaders.
Plus loin derrière, il a fallu se remotiver pour les tenants de l’option ouest. De guerre lasse, le quintet a obliqué vers le sud hier à la mi-journée. Leur bord commençait très mal avec un angle assez catastrophique mais depuis le vent a un peu adonné et surtout forci, ce qui permet au quintet Maitre CoQ, Bureau Vallée II, Hugo Boss, Prysmian Group et Malizia 2 Yacht Club de Monaco de retrouver une meilleure cadence. Pas de quoi revenir tour de suite dans le jeu néanmoins car pendant que les leaders redémarrent dans l’alizé, ce groupe des cinq va devoir à son tour se frayer un passage dans les hautes pressions…
Au jeu des options et des générations de bateaux, la course en IMOCA a généré des écarts considérables : Après un peu plus de 1000 milles de course, 400 milles séparent Apivia de V and B…

Class40 : La valse des leaders

Les Class40 ont tous basculé vers le sud hier. Le tandem Aïna Enfance et Avenir – Leyton avait abandonné la première place à Made in Midi à la mi-journée et c’est ce matin Crosscall Chamonix Mont Blanc qui a pris le leadership. Louis Duc et Aurélien Ducroz tirent bénéfice de leur positionnement dans l’est, avec près de 110 milles d’écart en latéral par rapport à Leyton « On est resté un peu conservateurs, » expliquait Louis Duc ce matin. « On ne voulait pas partir dans l’ouest les yeux fermés. La flotte est pas mal étalée maintenant et c’est le passage des Canaries qui va être déterminant. Ça met du jeu, c’est ça qui est intéressant ! »
En attendant, les concurrents sont toujours au près à peine débridé dans une ambiance chaude et humide. Et ils rongent leur frein en rêvant d’alizé : « On construit des bateaux faits pour le reaching et le portant et depuis le départ, on ne fait que du près. Vivement que ça change ! concluait le skipper de Crosscall Chamonix Mont Blanc avant de passer la barre à Aurélien Durcroz à l’issue de son quart de trois heures.

Date : 01/11/19 – 05h00

  • Class40
    1 – Crosscall Chamonix Mont-Blanc
    2 – Made in Midi
    3 – Aïna Enfance & Avenir
  • Multi50
    1 – PRIMONIAL
    2 – Solidaires En Peloton – ARSEP
    3 – GROUPE GCA – MILLE ET UN SOURIRES
  • Imoca
    1 – Apivia
    2 – Charal
    3 – Banque Populaire X

Les mots des skippers

Louis Duc – Crosscall Chamonix Mont Blanc

“Avec le vent oscillant, on joue sur les réglages du bateau pour essayer d’aller vite, on se bagarre pour que ça aille bien. On a été un peu conservateurs dans nos choix. On ne voulait pas filer à l’ouest les yeux fermés. Nos choix évoluent selon la météo. C’est l’anticyclone va déterminer la suite entre ceux qui ont opté pour la trajectoire ouest et nous. A bord, ça se passe nickel depuis le début avec Aurélien. On bosse comme deux solitaires, chacun est présent sur tous les dossiers. On se relaye toutes les trois heures. On est impatient d’être à demain soir, ça devrait commencer à ouvrir. On construit des bateaux pour le reaching et le près mais on ne fait que du près pour le moment ! Côté température, on est déjà en tee-shirt, la pression est à 1024, mais l’humidité bien présente ! Le vent rentre, on va aller remettre un peu de ballast !”

Charlie Dalin – Apivia (IMOCA)

“Ce matin, c’est rapide et humide, on est au portant dans la brise en tribord amure au nord des Canaries. C’est fort mais c’est bien, ça avance vite ! C’est monté jusqu’à 30-32 nœuds puis quand on a empanné on est passé à 25-28 nds, ça fait des pointes à 26 en vitesse de bateau. Tout va bien à bord malgré le changement de décor par rapport à la nuit d’avant où l’on avait une mer lisse. Là, on a remis le ciré et les bottes et c’est ambiance casque lourd ! Hier, on a eu pas mal de vent dans la journée par conséquent la dorsale ne nous a jamais passé dessus. On a juste dû faire un empannage pour se dégager. On a quand même eu peur quand on a vu Banque Populaire et Initiatives-Cœur se faire prendre dans le vent faible. Là, on est dans les alizés, y a pas mal de vent, c’est chaotique. Je suis très content des performances du bateau. On va se refaire un bord au nord des Canaries, on passera dans l’ouest en descente, après ce sont les bascules qui décideront. Ça va mollir au fur et à mesure de la journée. Le vent est déjà tombé un petit peu.”

Sébastien Rogues – Primonial (Multi50)

“Les alizés ne sont pas vraiment structurés. Ça devrait s’améliorer dans la journée. On espère que la mer et le vent vont nous laisser du répit. On se relaye toutes les 2h – 2h30, le bateau demande beaucoup d’attention pour naviguer et ça demande pas mal d’énergie.Côté classement, on ne s’emballe surtout pas, on a encore mille choses à faire, on sait que c’est encore long et il faut garder la tête froide.”

Source

Soazig Guého

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