Joyeuses Voiles !

© Gilles Martin-Raget

Encore une immense journée de régate au compteur des quelques 300 concurrents de l’édition anniversaire, de celles que seules les Voiles Saint-Tropez, depuis 20 ans, savent offrir sans modération autant aux passionnés qu’au public ! 4 000 marins se retrouveront demain à la Citadelle du village pour la traditionnelle remise des Prix, ultime occasion avant l’année prochaine de se congratuler, de se remémorer les instants magiques sur l’eau, et de célébrer cette fête hors norme et hors du temps passée comme un rêve. Les Comités de course placés sous la direction de Georges Korhel ont, avec leur adresse habituelle, su composer toute la semaine avec une météo des plus variées, entre coups de vent, et bulles anticycloniques, pour mouiller du fond du golfe jusqu’à Pampelonne et Cavalaire. De jolis parcours inondés de soleil, aptes à rassasier jusqu’à l’année prochaine l’appétit des régatiers pour la régate au contact et les beaux paysages marins. Côté sport, les conditions de vent changeantes relevées toute la semaine ont fait le bonheur des favoris dans chaque groupe concerné, Classiques comme Modernes, et le palmarès 2019 consacre sans grande surprise les voiliers décidément les plus performants tout au long de la saison.

Big boats et grandes goélettes

C’est l’un des principaux attraits, et ils sont nombreux, de l’édition anniversaire des Voiles de Saint-Tropez, la présence de grandes goélettes, auriques ou bermudiennes. Leurs régates au sein du groupe de Grand Tradition ont fait l’émerveillement des observateurs les plus blasés. Premier de cordée, à l’échelle des classements comme des prestations sportives en mer, le ketch bermudien signé Fife (1914), Sumurun, merveilleusement rénové l’an passé au chantier du Guip, aura marqué de son empreinte cette exceptionnelle édition des 20 ans. Il triomphe d’un souffle face à un grand habitué des podiums tropéziens, le 15 m JI Mariska. Si Elena of London, l’immense (51 mètres) goélette aurique construite sur plan Herreshoff, s’est souvent montrée à son avantage en temps réel, elle baisse pavillon face au véloce cotre aurique Moonbeam IV (Five 1914). Black Swan (Nicholson 1899), Halloween (Fife 1926), Tuiga, (Fife 1909) remportent tous les suffrages… au baromètre des voiliers les plus photographiés !

Les spécialistes du sprint !

Deux groupes rassemblent à Saint-Tropez les voiliers auriques. On y retrouve les derniers représentants des classes les plus sportives, les plus pointues en matière de régate de leurs siècles respectifs. P Class, Q Class, jauge métrique, 7, 8, 10 ou 12 mètres, sloops, cotres ou yawls… ils sont les sprinters de ces joutes nautiques. Petits, râblés, explosifs, ils sont durs au mal et à la mer. Nulle houle trop abrupte, nul clapot court ne les rebute. Ils ont fait le spectacle toute la semaine dans le golfe, et les « charts » souligneront les performances d’un Chips (P Class signé Burgess en 1913), Olympian (P Class, William Gardner 1913), Viola (Fife 1908), Kismet (Fife 1898) ou d’un Oriole (Herreshoff 1905), tous formidables ambassadeurs d’un yachting qui réussit depuis plus d’un siècle l’amalgame du style et de la performance.

Cippino II maître des horloges à Saint-Tropez

Leader incontesté depuis le début de la semaine dans le très cohérent et très homogène groupe des Epoque Marconi B, support du prestigieux Trophée Rolex, le sloop bermudien Argentin Cippino II a marqué Saint-Tropez de son empreinte. Deux victoires de manche scandent sa superbe semaine. Martin Billoch et son équipage ont tiré le meilleur parti de ce plan Frers taillé pour ce type d’épreuve à la journée.
Cippino II est un sloop bermudien dessiné en 1948 par l’architecte Argentin German Frers. Il est le sister-ship de Fjord III. Il a débuté sa carrière avec un certain succès à Buenos Aires avant d’être exclusivement utilisé par son propriétaire pour de la croisière en famille. Dans les années 2000, son propriétaire, Daniel Sielecki lui a fait intégrer le circuit des courses, d’abord en Argentine puis en Europe depuis 2017.

Lyra Aime les Voiles

Lyra s’impose avec panache dans le royal affrontement des géants et majestueux Wally à Saint-Tropez. Le Wally 77 de Mike Atkinson signe deux belles victoires de manche pour assoir sa domination face aux redoutables WallyCento Magic Carpet3 et Galateia. Il renouvelle sa performance de 2017 et prouve, si besoin était, son amour pour les Voiles et son subtil terrain de jeu.

Velsheda, Vesper, Solte et tous les autres…

L’immense flotte des voiliers Modernes présente aux Voiles est répartie en 10 groupes homogènes, déterminés par la jauge des bateaux. Ce sont donc les vainqueurs de chacune de ces classes qui seront fêtés demain. On a envie de souligner ce soir les performances de ceux qui ont marqué de leur sillage cette édition anniversaire. A commencer peut-être par le J Class Velsheda, qui n’aura rien laissé à sa concurrence, auteur de trois victoires. Le Mini Maxi Vesper à l’américain Jim Schwarz réalise la même performance en IRCA4. Nanoq est un voilier véritablement princier, barré par le Prince du Danemark, et qui a lui aussi régné sans partage en IRC C. Solte, le Swan 53 malheureux adversaire d’Ikra lors de la Club 55 Cup se console lui aussi en signant un grand chelem en IRC B.

Rouflaquettes

Selon le dictionnaire en ligne Wikipedia, le terme « rouflaquette » désigne historiquement des mèches de cheveux laissées pousser le long des tempes. La plupart du temps, elles prennent une forme d’accroche-cœur descendant jusqu’aux joues. À la mode en Europe de la fin du XVIII e siècle à la fin du XIX e siècle, cette coupe n’a pas réapparu depuis. Erreur ! elle revit à Saint -Tropez, et pour une très honorable raison, à bord du joli cotre aurique Viola (Fife). L’intégralité de l’équipage, capitaine et propriétaire inclus, naviguent en effet arborant ce très spectaculaire système pileux, en parfaite harmonie avec les 111 ans de leur navire, et tout cela en hommage à l’architecte de génie, William Fife III qui présida à la naissance du voilier, tout en affichant, mode du XIXème siècle oblige et bien qu’un poil suranné, ces élégants attributs capillaires.

Fabrice Payen parle d’Ester

Fabrice Payen, 50 ans, a travaillé pendant près de 20 ans en tant que capitaine de marine marchande et skipper de métier. Originaire de Saint-Malo, il a navigué sur des bateaux mythiques tels que Pen Duick III et Pen Duick VI, mais aussi Moonbeam, White Dolphins et même Le Renard, le bateau de Surcouf. Grand habitué des Voiles, il a intégré cette semaine l’équipage d’Ester, le voilier aurique centenaire miraculé d’un naufrage en mer Baltique dans les années 30
En 2012 en Inde, Fabrice et sa compagne ont un terrible accident de la route. Pendant près de 4 ans, Fabrice endure de nombreuses opérations sans succès jusqu’à sa prise de décision de se faire amputer. Malgré la difficulté de l’épreuve, Fabrice est au contraire « libéré » de ses souffrances lui qui ne rêve que d’une chose, retrouver la barre de son bateau. Avec l’appareillage d’un genou prothétique étanche, il reprend la navigation. C’est alors qu’il décide de se lancer dans un projet fou, participer à la Route du Rhum 2018 en multicoque et ainsi être le premier skipper handicapé à réaliser cet exploit. Un démâtage au bout de 4 jours de course met une fin provisoire à un rêve que le malouin poursuit, avec un programme élaboré en Multi 50 qui pourrait démarrer dès l’an prochain lors de the Transat ou Québec Saint Malo, de préférence avec un équipage comme lui à mobilité réduite, pour porter un message fort sur le handicap, visible ou invisible ! « Ester a un potentiel de vitesse énorme. C’est un gréement traditionnel sur une carène en définitive très moderne. Ester, comme tous ces voiliers Classiques, est un « personnage », une personne vivante. Je suis passionné par l’histoire de ces magnifiques voiliers, témoins de l’évolution de la voile. Ester est un bateau spartiate qui est toujours en phase de mise au point suite à sa restauration. Le plan d’eau très agité de Saint-Tropez ne nous aide pas et on s’arrête voir dans les vagues. Au portant, c’est une luge, grâce à son gréement aurique très apiqué. On a gagné la première manche ici et Ester va vite devenir très dangereux pour la concurrence. »

Un hommage, et un geste qui compte

Le photographe Laurent Rabé a réuni en un ouvrage haut de gamme près de 10 ans de présence aux Voiles de saint Tropez. Son livre consacré aux 20 ans des Voiles réuni le meilleur de son travail, en couleur comme en noir et blanc, imprimé sur papier argentine, et vendu numéroté et signé. 200 exemplaires seulement sont à la vente, au prix de 390 Euros, dont une partie des bénéfices est reversée à la SNSM. L’ouvrage compte 74 pages. « Cet ouvrage se veut intemporel, pas chronologique » explique Laurent. « Je pose un regard très graphique sur le spectacle des voiles, de la mer, des contrastes entre ciel et mer. J’ai le plus grand respect pour le travail des hommes de al SNSM, et j’ai tenu à associer l’hommage aux 20 ans des Voiles, à la mission de la SNSM… »

Catherine Chabaud est aux Voiles

Catherine Chabaud, la navigatrice et nouvelle députée Européenne, était des heures glorieuses de la Nioulargue dans les années 1990, travaillant aux côtés de Patrice de Colmont. « C’est là que j’ai débuté mon métier de journaliste » confie-t-elle, « Tout en naviguant la journée sur de beaux classiques, nous passions la nuit à écrire, imprimer et distribuer chaque matin un nouveau numéro du “quotidien de la Nioulargue” bi-lingue : une folie ! J’en garde des souvenirs précieux, d’amitié et de grands moments de partage. Je viens cette année en simple visiteur, pour le plaisir d’admirer les plus beaux voiliers du monde, et pour claquer la bise aux copains… »

Atlantic salue les Voiles

Présente dans le golfe toute la semaine, l’immense goélette a mêlé ses trois mâts et ses immenses voilures aux voiliers en course. Atlantic a été détentrice durant près de 75 ans du record de la traversée de l’Atlantique. Skippée par l’américain Charlie Barr, avec 50 hommes d’équipage, la goélette franche à trois mâts est entrée dans la légende en 1905, en traversant l’Atlantique Nord dans le cadre de la Kayzer’s Cup en 12 jours, 4 heures, 1 minute et 19 secondes, à une moyenne de 14,1 nœuds. Elle devait conserver ce record durant 75 ans. Sa fidèle réplique est venue ce soir, toutes voiles dehors et à toute allure saluer d’un long coup de corne les participants aux Voiles en train de s’amarrer à l’issue d’une belle journée de course. Tous les concurrents ont répondu à leur tour, créant une joyeuse et amicale symphonie de klaxon dans le port, prélude à une dernière soirée festive pour tous les équipages.

Velsheda

Le voilier de classe J, Velsheda a été conçu par Charles Ernest Nicholson et construit en 1933 par le chantier Camper and Nicholsons à Gosport, Hampshire (Royaume Uni).
Extrême comme tous les classe J, il mesure 39,40 mètres hors tout pour un maître-bau de 6,60 mètres, un tirant d’eau de 4,80 mètres. Il a été construit pour l’homme d’affaires William Stephenson-Laurent, propriétaire de la chaîne de magasins Woolworth’s qui le nomma ainsi en contractant les trois premières syllabes des prénoms de ses filles : Velma, Sheila and Daphne. Entre 1933 et 1936, il a remporté de nombreuses courses et a participé, avec d’autres grands yachts tels que Britannia, Endeavour et Shamrock V, à de nombreuses régates entre 1933 et 1936. Velsheda a été sauvé de son poste d’amarrage dans la boue en 1984 par Terry Brabant, qui réaménagea sommairement le voilier pour faire du charter avec mât en acier et un intérieur simplement restauré. Toujours sans moteur, il a navigué régulièrement le long de la côte du Sud du Royaume-Uni et, parfois, se hasarda en Méditerranée et aux Caraïbes. Il connut une carrière un peu mouvementée : au cours des années 1990, toujours en charter, Velsheda était sur la côte est de l’Angleterre et s’échoua sur une plage à marée descendante. Heureusement, il a pu être récupéré sans trop de dommages.

Source

Maguelonne Turcat

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