Les Géants de Saint-Tropez

  • © Gilles Martin-Raget
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Les Voiles de la splendeur, les Voiles du spectacle, du sport et du yachting, les Voiles telles que depuis 20 ans les amoureux de la mer et des bateaux les chérissent avec passion, ont toute la journée fait étalage de leur magie. Le triangle des merveilles, Saint-Tropez – Cavalaire – Dramont, s’est sous le soleil, et dans un vent qui n‘aura cesser de forcir au fil de l’après-midi, couvert des voiles chatoyantes des quelques 300 bateaux en lice, bouillonnant d’autant de sillages immaculés sur l’azur de la Grande Bleue. L’édition anniversaire des Voiles est lancée de la plus belle des manières, chaque groupe, IRC et Wally pour les Modernes, petits et grands Marconi ou auriques chez les Classiques, validant d’emblée une première manche qui donne déjà un léger aperçu des lauréats à venir.

Les Géants font le spectacle !

Départs en cascades, dans le golfe pour les Classiques, comme au large pour les Modernes et les Wally, en cette première journée de régates des 21ème Voiles de Saint-Tropez. Objets de toutes les attentions et de toutes les admirations, les grands cotres et goélettes auriques ou Marconi d’une taille entre 25 et 50 mètres s’élançaient peu après 14 heures de la ligne de départ mouillée à hauteur du Portalet. Majestueux sur la ligne, le ketch bermudien Sumurun (Fife 1914) faisait à loisir admirer ses bordées récemment rénovées. Les deux 15 m JI quasi sister-ship et rivaux de longues dates Tuiga (Fife 1909) et Mariska (Fife 1908) mêlaient leurs gréements follement élégants aux autres auriques de légendes, les deux Moonbeam « of Fife » (1903) et quatrième du nom (1914), avec le grand retour de l’année, gréée en ketch cette fois, âgée de 120 ans, l’imposant plan Nicholson de 34 mètres Black Swan. Mais c’est bien l’affrontement des immenses goélettes auriques qui donnait à ce groupe cette touche intemporelle du yachting des années de gloire. L’immense Elena of London, bord à bord avec Naema et Puritan, rivalisait de majesté avec le yawl bermudien Nordwind et la goélette Bermudienne Orianda. Toutes les voiles, tous les gréements de tous les extrêmes régatent ainsi dans l’écrin du golfe de Saint-Tropez, incroyablement lumineux, animé par ce vent de Sud Est idéal pour entrer en douceur dans la grande semaine Tropézienne.

Viola veut tout gagner !

Viola n’a en cette année 2019, jamais connu l’amertume de la défaite. Le joli cotre aurique de 111 ans signé Fife arrive donc aux Voiles en quête de grand chelem. Il doit cependant composer avec un exceptionnel groupe d’auriques centenaires longs de 13 à 25 mètres, au sein duquel les Oriole (Herreshoff 1905), Lulu (Texier 1897), Nin (Allegrini 1913) ou Kismet (Fife 1898) ne comptent certainement pas faire de la figuration. Et dès cette entrée en matière du jour, le ton était donné, Oriole et Kismet damant le pion à Viola, peu inspiré dans son choix de voiles de portant pour rallier le Portalet au terme d’un joli triangle dans le golfe long de 13 milles. Yvon Rautureau (Viola Fife 1908) : « Nous avons tout gagné cette année, et nous venons à Saint-Tropez pour conclure en beauté, et pourquoi pas en remportant aussi le Centenary Trophy ! Kismet (Fife 1898) et Oriole (Herreshoff 1905) ne l’entendent évidemment pas de cette oreille. La semaine s’annonce sportive ! »

Mich’ Dej’ est à Saint-Tropez

« Je suis né au milieu des bateaux en bois… » Dernier né d’une fratrie de sept enfants, Michel Desjoyeaux a grandi dans un milieu passionné par la construction de bateaux et par la navigation. Son père Henri Desjoyeaux a contribué à la fondation de l’école de voile des Glénans. Il a aussi participé à la naissance de la marina de Port-la-Forêt. Mich’ Dej’ navigue toute la semaine à Saint-Tropez dans le cadre du Trophée Rolex avec ses amis de l’équipage de Jour de Fête, le Class Q signé Paine de 1930, avec un brin de nostalgie…
« Je connais peu Saint-Tropez, quelques passages dans le cadre du Tour de France à la voile, et une édition sur Magic Carpet. On m’a invité sur Jour de Fête, un bateau en bois. Un retour aux sources pour moi puisque j’ai grandi au milieu des bateaux en bois, dans le chantier de mes parents. Ma mère est d’ailleurs toujours propriétaire du Dragon N°2, qui n’est plus en capacité de naviguer hélas. Le terrain de jeu de mon frère et de moi était ce chantier qui travaillait le bois. On ponçait les vernis l’été pour se faire un peu d’argent. Je découvre Jour de Fête, un bateau chargé d’histoire qui a beaucoup évolué. C’est un grand plaisir de pouvoir naviguer ici. Je suis très séduit par l’esthétisme des bateaux classiques. Je suis amoureux de ces bateaux là. J’ai appris la voile sur un 5,50 m JI. Il y en avait plusieurs à Port la Forêt. On naviguait été comme hiver en baie de Concarneau, sans restriction tant ces bateaux étaient marins. On se régalait dans 40 nœuds ! Les Voiles de Saint-Tropez permettent d’admirer une flotte exceptionnelle. C’est génial qu’un tel événement permette de faire naviguer tant de bateaux chargés d’histoires. Le spectacle va être magnifique et je crois que je vais regarder autant sur le bateau qu’autour ! ».
Jour de fête est un Q Class dessiné par l’américain Frank C. Paine. Initialement, il s’est appelé Falcon puis Hayday. Il a été construit par le chantier Lawley Yard dans le Massachussets. Mis à l’eau en 1930, il a été récemment restauré.

Les petites voiles annulées

Programmées demain au cœur même du port de Saint Tropez, “Les petites Voiles”, compétition d’Optimists ouverte aux enfants de l’école de voile, et des enfants des participants, ne pourra avoir lieu, compte tenu des conditions de vent fort annoncées.

Yachts extraordinaires ;

Sumurun, l’aristocrate

Après 16 mois de travaux au chantier du Guip à Brest, le superbe yacht classique Sumurun a été remis à l’eau ; Déjà rénové plusieurs fois, dont en 1984 à La Spezia, en Italie, Sumurun a bénéficié d’un grand chantier dont le but était de remettre le bateau dans son état d’origine.
Le bateau de 68 tonnes est désormais gréé en ketch pour porter 1 200 m2 de voilure avec un grand mât de 36 mètres. Lancé le 7 mai 1914, le yacht construit à Fairlie chez William Fife pour Lord Sackville fut d’emblée considéré comme l’égal des grands yachts aristocratiques de la grande classe, comme Rendez-vous, Westward ou Britannia, avec qui il rivalisait non seulement d’élégance, mais en performance et en vitesse. Sumurun étonna dès son lancement par le confort de ses intérieurs, porté à un niveau inhabituel pour un yacht de régate.

Une Association Internationale pour les grandes goélettes classiques.

C’est l’an dernier à Saint-Tropez que l’ISA, l’International Schooner Association voyait le jour, sous l’égide de sa « grande soeur » l’IMA (International Maxi Association), avec pour objet d’apporter aux propriétaires de grandes goélettes un cadre sportif structuré et organisé. L’idée étant de représenter les intérêts des propriétaires des goélettes classiques et de répondre aux besoins spécifiques de ces magnifiques unités à caractère historique, et d’aboutir à court terme à la création d’un programme spécifique, sanctionné par un Trophée dédié, le « Schooner of the year Trophy ».
On trouve déjà au sein de cette nouvelle organisation les prestigieux Invader (1905), Orion (1910), Mariette of 1915, Puritan 1931, Orianda 1937, Aschanti IV of Vegesack (1954), Elena of London (2009), Atlantic (2010), Germania Nova (2011) et Naema (2013). Les Voiles de Saint-Tropez sont la seule étape française de ce premier exercice, après Capri et Monaco.

Naema fait revivre Panda…

Naema est en réalité la réplique fidèle de la goélette Panda d’Alfred Mylne, construite en 1938 chez Camper et Nicholson à Gosport. L’histoire du bateau est assez fascinante puisqu’il aurait été racheté dans les années 40 par le gouvernement Français, pour être offert au roi d’Anam (Viet Nam) Bao Dai. Après le retrait des Français d’Indochine en 1954, le voilier trouve refuge à Toulon, aux bons soins de la marine Française, qui en prend grand soin jusqu’à la date de sa vente à l’américain Bill Bodle en 1979. Panda part aux Antilles et effectuera de 1981 à 1982 pas moins de deux tours du monde. Le drame le rattrape en 1983 à Fort de France ; un incendie se déclare à bord et Panda est pratiquement totalement détruite. Ses plans originaux serviront à la construction en Turquie de Naema, fidèle réplique, un temps prénommé Noelani, en 2013.

Source

Maguelonne Turcat

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