Charal s’impose en Imoca sur la ligne de la Rolex Fastnet Race

  • © Kurt Arrigo
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Les Imoca 60 sont connus dans le monde entier pour naviguer sur le célèbre Vendée Globe, et ils sont venus en nombre participer à la Rolex Fastnet Race car cette épreuve, courue en double, leur permet de naviguer dans des conditions météo similaires à celles rencontrées sur ce célèbre tour du monde.

Après l’introduction des foils, des quilles et des mâts monotypes, et choisis comme étant le support de navigation de The Ocean Race, les Imoca 60 connaissent une réelle révolution et leurs performances suscitent un vif intérêt, notamment les derniers nés et ceux ayant été optimisés et améliorés à diverses échelles.

Comme à l’accoutumée, ces monocoques de 60 pieds étaient menés en double sur la Rolex Fastnet Race, en guise de préparation à la prochaine de Transat Jacques Vabre de cet automne.

Le grand gagnant de la Rolex Fastnet Race 2019 dans cette catégorie est Jérémie Beyou, multiple vainqueur de la Solitaire du Figaro, accompagné de Christopher Pratt, à bord de Charal, bateau nouvelle génération au design VPLP.

Vingt Imoca ont pris le départ samedi de la Rolex Fastnet Race, course biennale du Royal Ocean Racing Club et, comme prévu, le moment décisif de la course fut cette inhabituelle et imprévisible transition rencontrée la première nuit.

Kevin Escoffier et Nicolas Lunven sur PRB ont pris le meilleur départ dans le Solent, suivis par Clarisse Cremer et Armel le Cleac’h (Banque Populaire) puis de Charal, positionnés sous le vent. C’est à cet instant que Charal a montré toute la puissance de ses foils, progressant rapidement au nord du Dispositif de Séparation du Trafic des Casquets avec Louis Burton et Davy (Bureau Vallée 2)en tête du groupe du sud.

Bord à bord avec les meilleurs bateaux IRC Zéro comme Rambler 88, Wizard et Sorcha, ils ont opté pour une trajectoire au sud-ouest jusqu’en milieu de Manche … jusqu’à ce que le vent s’évanouisse complètement et que le chaos s’installe. Sam Davies, skipper d’Initiatives Cœurs accompagnée par Paul Meilhat, récent vainqueur de la Route du Rhum, décrit cette situation : « Nous avons reculé pendant un moment. Je pense que nous aurions pu essayer de dessiner un cœur … parce qu’Initiatives Coeur a pour but de sauver des enfants souffrant de problèmes cardiaques. C’était une situation très frustrante ».

Pendant ce temps-là, la navigatrice britannique Pip Hare, nouvelle venue sur le circuit Imoca, et l’australien Paul larsen, filaient au nord au plus proche de la route directe. Menant la flotte plusieurs heures à bord de leur bateau vieux de 20 ans, le binôme a connu ses heures de gloire jusqu’au-delà du Cap Lizard.

C’était une bonne option de leur part » Sébastien Simon et Vincent Riou, sur le nouvel Arkea Paprec conçu par Juan K, ont été les premiers à empanner en constatant cette progression au nord.

Pip Hare et Paul Larsen se sont finalement fait dépasser aux abords des îles Scilly, lorsque Charal a repris l’avantage devant Banque Populaire.

En direction du phare du Fastnet, Charal a accentué son avance à 15 milles. « C’était costaud car le vent était plus fort que prévu. » explique Jérémie Beyou. « Nous avions 35 nœuds alors qu’on en attendait 25 ! C’était un bord de reaching très engagé sur une mer agitée. »

À bâbord, le vent tournait également, emmenant Charal 10 milles nautiques plus à l’est que ce qu’ils souhaitaient, les forçant à virer à l’ouest le long du Dispositif de Séparation du trafic du Fastnet et de la côte irlandaise pour atteindre le célèbre Rock. Ils l’ont finalement enroulé après 1j 8h 52m 38s (à quelques heures du temps record de Marc Guillemot et Safran de 1j 6h 36m 0s).
Jeremie Beyou | Charal IMOCA 60 WINNER

Quelque 20 minutes plus tard, ce fut au tour de Maître CoQ de Yannick Bestaven et Roland Jourdain – qui, pour l’anecdote n’est autre que l’ancien bateau de Jérémie Beyou sur le Vendée Globe 2016 – suivi par Initiatives Coeur 20 minutes plus tard.

Sur la route retour, devant les îles Scilly, Maître CoQ a repris l’avantage sur Charal, suite à quelques changements de voile assez laborieux, comme l’explique Jérémie Beyou : « Nous naviguions au reaching, à 120° du vent, sous grand-voile haute et J2 après le DST du Fastnet. Nous sommes ensuite passés sous A3 et avons perdu beaucoup de terrain sur cette manœuvre. » Sur ce bord, Charal a atteint sa vitesse maximale sur l’épreuve, flashé à 33-34 nœuds.

Charal a passé Bishop Rock à 6h30 lundi 5 août, tandis que derrière, Banque Populaire, Maître CoQ, Initiatives Coeur et Bureau Vallée 2 se livraient une grande bataille.

En couvrant judicieusement ses arrières, Charal a réussi à tenir la distance sur ses poursuivants et a franchi la ligne d’arrivée devant le brise-lames de Plymouth à 16h02’28 (HF) après 2 jours 1 heures 32 minutes et 28 secondes (NB : le record est toujours détenu par PRB, établi en 2011 en 1 jour 23 heures 21 minutes et 27 secondes), soit seulement une heure et demie après le Maxi 72 Sorcha de Peter Harrison et de son talentueux équipage.

Jérémie Beyou nous livre son avis sur cette édition 2019 de la Rolex Fastnet Race : « C’était bien ! mais c’était dur car dès que l’on menait, ça revenait par derrière. Mais nous finissons premiers et c’est une belle réussite pour toute l’équipe, notamment après avoir abandonné les deux dernières courses. Ça a été instructif de voir le bateau performer dans des conditions différentes : au près, au portant, dans la molle ou dans le vent fort. »

Ce fut également l’occasion d’en apprendre davantage sur ces foils géants, et comme l’explique Christopher Pratt: « le moindre petit réglage n’influe pas sur un gain(ou une perte) de 0,2 nœud, mais c’est plutôt de l’ordre de 2 nœuds très rapidement … »

Kévin Escoffier et Nicolas Lunven, vainqueur de la Solitaire du Figaro, terminent à la deuxième place à bord de PRB. Kevin Escoffier, qui faisait partie cette année de l’équipage vainqueur de la Volvo Ocean Race sur Dongfeng Sailing Team, a hérité du sponsoring Imoca PRB, la société de Produits de de Revêtements du Bâtiment basée en Vendée. Cette performance est acquise sur un bateau de 2010, cependant muni de foils (conçus par Juan K) pour la Route du Rhum l’année dernière.

« Nous avons pris un bon départ et étions en tête aux Needles », raconte Kévin Escoffier. « Mais ensuite, nous avons trop suivi les prévisions météo, qui n’étaient absolument pas conformes à ce que nous avions prévus. Nous aurions dû aller directement vers les Scillies plutôt que de partir chercher le nouveau vent. Mais après, nous avons été très rapides pour atteindre Fastnet. »

Kévin Escoffier relate avoir atteint les 32 nœuds et avoir parfois navigué à 30 nœuds constants « C’était un peu trop rapide, mais c’est important de s’entraîner sur le bateau et je suis très heureux d’avoir aussi bien réussi ma première course en tant que skipper de PRB. »

Ce fut également une excellente Rolex Fastnet Race pour la gent féminine, avec Clarisse Cremer troisième à bord de Banque Populaire et Sam Davies cinquième sur Initiatives Cœurs.

« Je pense que nous méritions mieux que la cinquième place », a déclaré Sam Davies à son arrivée. « Nous avons fait quelques erreurs que nous aurions pu éviter, mais c’était tellement amusant de réellement tester le bateau dans des conditions difficiles, mais supportables. C’était génial de voir “qui était le plus rapide”! » Tout comme Kévin Escoffier, Sam Davies a ajouté qu’elle était très contente de voir que son bateau, équipé d’énormes foils pendant l’hiver, peut désormais rivaliser avec ceux de la génération 2016.

Ses «erreurs» se résument notamment à une voie d’eau dans le compartiment avant suite à la rupture d’une trappe de foil. « Lorsque l’alarme s’est mise à retentir, nous étions en approche du Fastnet Rock et nous savions que nous serions plus abrités et ralentis. Mais quand je suis allée à l’avant, j’ai eu la mauvaise surprise d’avoir de l’eau à la hauteur de mes cuisses ! Cela a nécessité beaucoup de beaucoup pomper ! »

Ils se sont également retrouvés avec quelque chose de coincé dans la quille, les forçant à faire marche arrière pour l’enlever. « A 25 nœuds, on perd facilement 5 milles en faisant ça. »

Arrivée à terre, Sam Davies avait du mal à garder les yeux ouverts : « Je suis très fatiguée » termine t-elle. « Mais c’est toujours comme ça à la fin de la Rolex Fastnet Race. Cela a été le cas sur mes trois dernières participations. Je suis fatiguée, mais très heureuse. »

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Royal Ocean Racing Club

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