Au bonheur des Voiles !

© Gilles Martin-Raget

Les Voiles de Saint-Tropez étaient aujourd’hui inscrites dans un registre résolument sportif. Les régates d’hier, âprement disputées sur une belle houle ont livré de premiers enseignements sur les forces en présence, et nombreux étaient ce matin les régatiers en quête soit de confirmation, soit de rachat. Les départs, tant chez les Moderne au large de Pampelonne, que chez les Classiques en milieu de golfe, ont ainsi fait l’objet de belles passes d’armes, d’engagements, et donc de spectacle, tant était intense l’envie de bien faire chez les marins. De premiers enseignements fort intéressants apparaissent ce soir dans tous les groupes en compétition pour les nombreux Trophées à saisir, tous au comble de l’indécision. A mi-parcours de cette radieuse semaine hors du temps, et à la veille de cette singulière journée du jeudi dédiée aux défis, la journée était surtout placée sous le signe de la jeunesse avec la première édition des Petites Voiles.

Les Mini-Maxi 72 virent en tête en IRC A

Chez les Modernes, les Mini Maxi de 72 pieds règnent sans partage au somment du groupe des IRC A, tant en temps réel qu’en temps compensé, après deux manches validées par ces classes. Jethou, à Sir Peter Ogden, partage le leadership avec le très attendu Cannonball à l’Italien Dario Ferrari. Avec une victoire et une deuxième place chacun, séparés par d’infimes écarts comptabilisés en secondes, ces deux « avions de chasse » ne se lâchent pas d’une longueur d’étrave, et promettent une lutte acharnée jusqu’au dernier bord de la dernière régate. Si la bête à record américaine Rambler s’imposait aujourd’hui en temps réel, le grand maxi cher à Georges David plonge dans les profondeurs du classement en temps compensé.
Chez les IRC B, c’est l’Adria 49 Flo d’Orient de Bernard Coquelet qui crée la surprise en damant le pion à mi-parcours aux 50 pieds les plus performants du moment, comme Daguet 2, le Mylius 50 ou le JV 60 Phoenix, favoris du groupe.
Gladiator, le TP 52 de Tony Langley semble avoir mis une belle option sur le Trophée Edmond de Rothschild, en s’imposant à deux reprises depuis le début de la semaine. Ses dauphins Furtif2 (Farr 52) et Mathilde (Swan 50), risquent, sur sa forme actuelle, de ne plus le revoir.

Le point chez les Wally

Après les deux magnifiques manches d’hier de type « banane », c’est un joli parcours côtier en forme de grand triangle d’une vingtaine de milles qui était aujourd’hui proposé aux futuristes Wally. Le plan d’eau qui leur était dédié devant Pampelonne, était dès la mi-journée agité par un bon flux de secteur sud qui allait très rapidement apporter toute le carburant vélique dont aiment à se gaver ces impressionnants voiliers. Magic Carpet3 a vu sa superbe sérieusement bousculée dès le coup de canon par un autre Wally Cento, Galateia auteur d’un magnifique départ lancé au bateau comité. Avec le vent allant fraîchissant, le grand Wally blanc a su tenir à distance le Wally 77 Lyra décidément bien véloce malgré ses 80 pieds.

Trophée Rolex : un Jubilé très disputé

Il a fallu aux navigateurs, en charge des choix de route à bord des voiliers du si séduisant groupe des Fife, beaucoup d’inspiration pour s’extirper d’une ligne de départ engluée dans un trou d’air. Le vent a choisi de favoriser les voiliers partis sur la droite du plan d’eau, et le 15 mJ The Lady Anne, très à l’aise depuis le début de la saison, et déjà bien en jambe hier, creusait l’écart sur les trois autres 15 mJ. 20 plans Fife régatent en un groupe distinct dans le cadre du Trophée Rolex. C’est Viola, (1908) qui poursuit sa belle dynamique initiée la semaine dernière à Cannes et concrétisée par une victoire de manche hier.

“Les petites Voiles » ; partager les Voiles de Saint-Tropez autrement

24 enfants Tropéziens, garçons et filles âgés de 6 à 12 ans, dûment licenciés à la Société Nautique de Saint-Tropez, ont connu aujourd’hui une émotion dont ils se souviendront longtemps. A l’initiative de Tony Oller, le Président de la Société Nautique de Saint-Tropez, et sous la houlette du Olivier Pasturel, et, ils ont en effet eu le privilège, la joie et la grande émotion de pouvoir régater au coeur du port, là où s’amarrent chaque soir les plus beaux yachts du monde. Partis “en convoi” de la baie des Canoubiers, ils ont disputé une très symbolique régate entre trois bouées à même le port, pour la plus grande fierté des familles venues les admirer, sous les applaudissement du public si nombreux en cette semaine des Voiles.

Demain : la Club 55 Cup, inspiratrice des défis.

Parce qu’elle a constitué en septembre 1981 l’événement initiateur de la Nioulargue, et depuis 1999 des Voiles de Saint-Tropez, la Club 55 Cup, en célébrant l’esprit de la régate, est un temps fort de la semaine Tropézienne. Le défi lancé en 1981 par Jean Rédélé sur Ikra et Dick Jayson sur Pride revit chaque année sous la forme d’un duel qui oppose sur le parcours “historique” du Portalet à la bouée de la Nioulargue, puis au Club 55 à Pampelonne, un “defender” à son “Challenger”. Patrice de Colmont préside toujours aux destinées de ce temps fort des Voiles, fortement marqué d’un esprit d’amitié et de convivialité propre à Saint-Tropez. Ainsi, son règlement est marqué du sceau de la simplicité : deux bateaux se lancent un défi le jeudi sur ce parcours de 15 milles nautique, celui qui termine devant l’autre l’emporte et lance un défi au bateau de son choix l’année d’après, et le tout se terminant par un incontournable déjeuner sous les tamaris du Club 55 pour les deux équipages. On le voit, le règlement très strict de la Club 55 – qui prévoit une caution en bouteilles de rosé de la presqu’île en cas de réclamation – ne permet pas forcément de savoir qui en sera le tenant, ni l’aboutissement ! Seule obligation incontournable : le propriétaire du bateau doit être à bord en personne le jour de la redoutable épreuve.
Pour cette édition 2018, Savannah, le sloop de 27,50 m signé Pedrick (1996) a choisi de défier Eugenia VII.

En Bref

Le pied à l’étrier pour le grand large

Belle initiative que celle du Yacht Club de Monaco, qui, en association avec le Circulo de la Vela de Palermo (Sicile), fait naviguer aux Voiles un équipage de jeunes issus de leurs filières jeunes respectives, à bord d’un First 50 engagés dans le très compétitif groupe des IRC C, sous le nom explicite de Offshore Academy. Thierry Leret est en charge du projet pour le Yacht Club de Monaco : « Nous avons souhaité créer cette passerelle pour nos jeunes issus de la voile légère, Laser, 470 etc… et qui peuvent ainsi se tester et se former sur des navigations hauturières. Le bateau a ainsi disputé la course Palerme – Monte Carlo, longue de près de 500 milles, la Giraglia et aussi les Voiles. Le projet devrait être reconduit l’an prochain. » 5 jeunes Siciliens, naviguent à Saint-Tropez en compagnie de 5 Monégasques.

Yachts extraordinaires :

Saint Christopher est un voilier dessiné pour représenter la France lors de l’Admiral’sCup de 1969. S’il porte la signature de Sparksman & Stephens, c’est en réalité au talent et aux dessins de German Frers que l’on doit ce rapide « racer ». Construit aux Pays-Bas, chez D.H. Meeuse shipyard, St Christopher est longtemps demeuré imbattable en Méditerranée, remportant notamment la Giraglia, et le championnat de France. Il démontre à Saint-Tropez qu’il n’a rien perdu de ses qualités puisqu’il a déjà remporté une manche aux Voiles.

Le Saviez vous?

Il semble bien que le début de l’activité de Fife soit un des facteurs du développement du yachting en Ecosse. Les origines du chantier remontent aux alentours de 1790, quand William Fife commença à construire de petits bateaux à Fairlie, une bourgade située au sud-ouest de l’estuaire de la Clyde. On raconte que le jeune homme, pas du tout emballé par le métier de charron que lui enseignait son père, avait préféré devenir charpentier de marine. William Collier.

Source

Maguelonne Turcat

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