Et puis Charal est né

  • © Yvan Zedda
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Depuis des mois, Jérémie Beyou et Pierre-François Dargnies, directeur technique Charal Sailing Team, avaient promis des surprises le jour où l’IMOCA 60 CHARAL serait dévoilé. Ce fut un choc. Avec ses foils si larges et si longs, le monocoque a presque des airs de multicoque. Sa coque aussi, de son étrave frégatée au tableau arrière très arrondi, témoigne d’une rupture avec l’existant. Bienvenue dans la nouvelle ère des IMOCA. Bienvenue au royaume des foils. Bienvenue dans l’extrême.

Depuis le lancement de la fabrication des formes de moules, le 20 juillet 2017, c’est une course contre-la-montre de 13 mois qui, aujourd’hui, aboutit sinon à une révolution, du moins à une très forte évolution. Pour Jérémie Beyou, lancé sur la route de son 4e Vendée Globe, la mise à l’eau de Charal, ce mardi, est l’aboutissement « de nos concertations conjointes. Ce sont nos idées qui prennent définitivement forme. D’un coup, une fois toutes les pièces assemblées, le bateau prend vie ».

Pour le skipper breton, 3e du Vendée Globe 2016-2017, cette naissance est le fruit d’une réflexion très personnelle, nourrie par son expérience, et du travail d’un collectif qui a su lui donner raison quand il le fallait, mais qui a su aussi le challenger lorsque ce fut nécessaire. « Il y a eu des échanges, des idées qui sont venues en cours de route, on m’a aussi fait abandonner quelques choix initiaux. Tous ces moments sont cruciaux : il est parfois impossible de faire demi-tour. Alors, il faut savoir impulser la bonne méthode, la bonne énergie, pour obtenir l’expertise et l’investissement de tous.

De la palette graphique des architectes à ceux qui ont poncé du carbone, c’est toute une chaîne de savoir-faire qui a été mise en place et qui permet à ce bateau de voir le jour. Et chaque étage de la fusée a une importance capitale ».

Mardi, l’IMOCA 60 CHARAL a été déposé sur la dalle des multicoques, à Port-la-Forêt, avant d’être gruté dans la fosse pour installer la quille. Demain mercredi, Charal sera mis à l’eau avec sa quille, mais sans son mât : il faudra aller à Lorient pour cela, où seront aussi effectués des tests statiques et à 90°. Puis ce sera l’heure de la première navigation. « Même si c’est super sympa de sortir le bateau de l’atelier pour révéler ses formes et ses couleurs noir, gris argenté et rouge, que je trouve superbes, c’est bien la première navigation que j’attends avec beaucoup d’impatience et d’excitation », dit Jérémie.

Ces premiers bords seront évidemment l’étape initiale de la longue route qui mènera l’IMOCA 60 CHARAL à la ligne de départ du Vendée Globe, en novembre 2020. « On voulait mettre à l’eau ce bateau avant la Route du Rhum – Destination Guadeloupe (départ le 4 novembre prochain) pour bénéficier d’une année supplémentaire de préparation et de modifications, explique Pierre-François Dargnies. On sait que le bateau qui est mis à l’eau aujourd’hui n’est pas celui qui courra le Vendée Globe. On a deux ans pour faire de ce premier IMOCA jamais construit pour et autour des foils une vraie fusée pour le Vendée Globe ».

L’IMOCA 60 CHARAL dans le détail

Des foils immenses

Jérémie Beyou :

« Notre choix était de faire des foils qui poussent fort, pour obtenir un maximum de puissance et de lift (effet élévateur). Le shaft est très long, le tip aussi, et il dispose d’un coude à deux surfaces, avec deux angles différents, ce qui accentue l’impression visuelle. Ils sont relativement épais aussi, parce qu’on va exercer pas mal d’efforts de cambrure sur le tip. Si le bateau donne l’impression d’être si large, c’est parce qu’on ne peut pas remonter en même temps les deux foils : il y en aura toujours un en bas ».

Une coque novatrice

Pierre-François Dargnies :

« Puisque l’idée était de se servir des foils pour obtenir la puissance, il a fallu concevoir une coque qui limite la traînée, sachant que la jauge n’autorise pas le vol total. Cela aboutit à une coque très novatrice, avec une étrave très frégatée, un tableau arrière très arrondi et fermé ».

Jérémie Beyou :

« L’arrière du bateau est très différent de ce qu’on a vu jusqu’à présent en IMOCA. L’étrave, elle, a demandé pas mal de frégatage pour réduire le carbone et gagner en poids. On a poussé les curseurs au maximum avec une seule limite : me permettre d’aller manœuvrer à l’avant ».

La zone de vie concentrée

Pierre-François Dargnies :

« Le cahier des charges de Jérémie nous suggérait de mettre au même niveau la zone de travail et la zone de vie, comme sur les Ultimes. Il est apparu que ce serait trop pénalisant en termes de centre de gravité, alors on a transigé. On a dessiné un bateau où le skipper peut passer l’essentiel de sa vie dans le cockpit et atteindre quasi sans bouger les winches, la barre, la table à cartes et la cuisine. L’idée est de descendre le moins souvent possible à l’intérieur. Jérémie sera dehors en permanence, mais dans un espace très étanche au vent et à l’eau, grâce à la casquette non rétractable ».

Des capteurs dignes de la F1

Jérémie Beyou :

« Tout ce qui supporte des efforts importants – gréement, appendices – est doté de capteurs et de fibre optique, qui renvoient des informations en temps réel sur ma console de navigation pour être traité par des logiciels qui me permettent d’avoir la bonne lecture de la situation. Mais contrairement à la F1 ou aux Ultim, ces informations ne sont pas transmises à la terre : je suis le seul à pouvoir lire ces informations et à pouvoir agir en conséquence, manuellement uniquement ».

Source

Isabelle Delaune

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