Bons baisers des Tropiques

2018, CHRISTOPHER PRATT, GUYOT ENVIRONNEMENT, PIERRE LEBOUCHER, TRANSAT AG2R LA MONDIALE

© Alexis Courcoux

En plein après-midi ce dimanche, dans des vents relativement calmes, la flotte de la 14e Transat AG2R LA MONDIALE avançait à vitesse raisonnée. Les partisans de l’ouest préservent toujours leur avance sur les partisans du sud. Aux abords du Tropique du Cancer, l’on parle de sieste, d’usure et de bricole.

On dirait le sud. Le temps peut paraître durer longtemps, mais la guerre a bien lieu, à fleurets mouchetés, et la sieste de certains révèlent les affres de samedis animés. Ce n’était pas trop jour de fête à bord des Perles de Saint-Barth, tiens, hier. Calés au sud, Ronan Treussart et Simon Troël ont dû regretter les dancefloors du Tropical Club, à Saint-Brieuc, ou ceux du Plateau des Quatre-Vents, à Lorient. « Je viens de m’envoyer deux heures de sieste, ça fait un bien fou ! », concédait Simon Troël cet après-midi. « La journée d’hier a été un peu compliquée, on se retape une santé. On s’est trompé de côté de l’île, il aurait fallu passer côté Gran Canaria. Ce qu’on y a trouvé n’était pas terrible, mais on ne pensait pas que ça serait aussi fort à Fuerteventura : on a pris 40 nœuds, sous petit spi et un ris dans la grand-voile, c’était pire qu’au cap Finisterre ! Puis un manchon d’étanchéité entre le safran et l’intérieur de la coque a cassé, j’ignore comment, il y avait plein d’eau dans le bateau. On s’est alors rendu compte qu’on a oublié une partie de la caisse à outils – ce qui nous laisse toutes nos chances au championnat du monde des blaireaux – et, pour finir, quand ça a molli cette nuit et qu’on commençait à reprendre des quarts normaux, l’électronique s’est mise en rideau complet. On a mis deux heures à identifier la panne, à la réparer et à tout relancer. Ce n’était pas la meilleure journée de notre vie. Ça a fait un peu de travail, on est fatigué ».

Erwan Tabarly un brin contrarié, et pourtant…

La voix alanguie, Erwan Tabarly a peiné à s’extirper de sa sieste également pour répondre à la vacation de l’après-midi. Un peu déçus par le vent qu’ils ont trouvé sur leur ligne médiane, les compères de Armor Lux – Gedimat étaient cinquièmes, ce jour, mais pas aussi bien qu’ils l’espéraient : « On s’attendait à autre chose en passant au cœur des Canaries, et on a souffert des dévents de Gran Canaria. On n’a pas récupéré autant de vent que les autres, et le classement de ce matin n’était pas aussi favorable qu’espéré ».

Cinquièmes au cœur de l’échiquier, Erwan Tabarly et Thierry Chabagny n’ont peut-être pas gagné autant qu’ils l’espéraient sur les trois premiers, qui continuent à enchaîner les passes d’armes à l’ouest. Le trio descendait en escalier à 8-9 nœuds ce jour, animé d’une préoccupation commune : échapper à la molle située dans leur sud-est, résultante du dévent de l’île de La Palma, pourtant 180 milles plus au nord. Du coup, les trois leaders mettent régulièrement de l’ouest dans leur route, comme en ce dimanche après-midi. Il faudra bien replonger un peu au sud par la suite, avant de retailler une marche à coups de safrans dans l’Atlantique, et ainsi de suite, jusqu’à une latitude inférieure au Tropique du Cancer (150 milles dans leur sud), où s’activent des vents d’une quinzaine de nœuds.

Hardy cœur vaillant

Pour l’heure, la chance semble sourire aux audacieux. Adrien Hardy, joint ce dimanche matin, était même plutôt content des options embrassées ces derniers jours, qui ont également permis à Agir Recouvrement d’endosser quelques bénéfices au détriment de Bretagne CMB Performance et Groupe Royer – Secours Populaire : « Notre position est décalée un peu plus Ouest, précise le skipper d’Agir Recouvrement. Je viens de prendre le classement, c’est intéressant. On regarde beaucoup les deux autres pour voir ce qu’ils vont faire. On a du vent plus que prévu et on arrive à faire un bon cap qui nous fait faire un peu de Sud et nous rapproche du but. Donc, nous verrons un peu plus tard pour l’empannage. La difficulté ça va être dans la mi-journée car nous attendons du vent un peu plus faible. Ce sont ces moments-là qui peuvent être critiques pour nous par rapport aux gens de l’Est et aux deux autres bateaux. Mais les prévisions sont plutôt en train de s’améliorer pour nous : c’est une bonne nouvelle ».

Et, pendant ce temps, tout à l’est…

A l’opposé de la grande mare, les premiers à passer le Tropique du Cancer seront Corentin Douguet et Christian Ponthieu (NF Habitat). Seront ou ont été, tant l’instant était imminent à l’heure de partager ces informations. Les deux compères sont en bout de ligne, à une soixantaine de milles de la côte du Sahara Occidental. S’ils n’avançaient pas beaucoup plus vite que la tête de la course cet après-midi, les co-skippers de NF Habitat devraient toucher plus de vent dès cette nuit, un flux d’une vingtaine de nœuds de nord-est. « On est content d’être au sud, avec ce choix qu’on a fait assez tôt, soulignait Corentin Douguet ce midi. On est en tête du paquet, avec un œil sur les petits jeunes qui sont partis à l’ouest. J’attends de voir comment ils vont se dépatouiller de ça. Ca peut le faire, à la lecture des routages, mais ce n’est pas aussi limpide que ça le sera pour nous. On n’aura pas de réponse avant longtemps, mais ce n’est pas impossible qu’on sorte devant les cow-boys partis à l’ouest ».

Avant-derniers à passer les îles Canaries, Les Frigos Solidaires vont traverser les îles par l’est de La Palma, avant de tenter une option un peu radicale en passant par la route nord. Un coup de poker qui pourra leur permettre de couper au plus court, mais qui les contraint à miser gros sur la présence de vents plus forts qu’annoncés. L’option doit également leur permettre de soulager les drisses en souffrance avec lesquels ils se battent depuis plusieurs jours.

Le point sur la tactique

Après une semaine de mer, les choses se sont décantées lors du passage des Canaries : deux bandes tentent des voies très divergentes puisque plus de 250 milles séparent le groupe de l’Ouest de celui du Sud ! Ce colossal grand écart ne devrait pas se réduire avant que le peloton longeant les côtes africaines ne soit sûr d’accrocher les alizés, positionnés sous le tropique du Cancer…

 

CLASSEMENT du dimanche 29 avril à 16H

  1. Sébastien Simon et Morgan Lagravière (Bretagne CMB Performance) à 2349 milles de l’arrivée
  2. Adrien Hardy et Thomas Ruyant (Agir Recouvrement) à 1,34 nm des leaders
  3.  Anthony Marchand et Alexis Loison (Groupe Royer – Secours Populaire) à 2,5 nm des leaders
  4. Loïs Berrehar et Erwan Le Draoulec (Concarneau Entreprendre) à 194,3 nm des leaders
  5.  Erwan Tabarly et Thierry Chabagny (Armor Lux – Gedimat) à 200,3 nm des leaders…

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