La victoire était impérative !

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© Jean Marie Liot / DPPI

Le 19 janvier 2017, le skipper de Banque Populaire bouclait son troisième Vendée Globe par la victoire qu’il attendait depuis quatre ans. Un an plus tard, Armel vit une nouvelle aventure, tout en mesurant les bienfaits de ce résultat à la fois hors norme et tellement attendu.

Quels souvenirs gardes-tu de cette arrivée du Vendée Globe ?

« Les dernières heures de navigation ont été magiques. La situation météorologique m’avait imposé d’arriver par une route très nord sur Les Sables d’Olonne. Du coup, je me suis retrouvé à croiser en mer d’Iroise, puis à longer la côte par les Glénan, Belle-Île… mon jardin en quelque sorte. J’avais eu quelques contacts avec des bateaux de pêche durant la nuit et, au fur et à mesure que j’approchais de l’arrivée, j’ai senti le poids de l’événement. Les bateaux qui deviennent de plus en plus nombreux au fil de ta progression vers la ligne, les copains que tu commences à identifier. Petit à petit, la carapace dans laquelle je m’étais enfermé pour ne pas perdre le fil de la course se fissurait. C’était un sentiment double : l’envie de se laisser envahir par ce qui m’arrivait et le besoin de garder la situation sous contrôle jusqu’à la ligne d’arrivée.

Après le passage de la ligne, tout a débordé, notamment quand j’ai pu partager ces instants-là avec Aurélie (sa femme, ndr), les enfants et mon équipe. C’est quand la pression se relâche que tu prends conscience à quel point cette course est dure, exigeante. »

Après, il y a eu la remontée du chenal et la ferveur populaire ?

« Heureusement que j’avais déjà deux Vendée Globe derrière moi. J’avais eu le temps de me préparer à ce tourbillon médiatique. De plus, j’ai eu la chance de devoir attendre deux heures devant le port que la marée remonte avant d’entamer la remontée du chenal. Ces deux heures ont constitué un sas de décompression bien utile. Du coup, j’ai vraiment profité à plein de cette remontée du chenal. Et ce, d’autant plus que je savais que ce moment serait unique dans ma vie. J’avais atteint mon objectif, c’était aussi une page qui se tournait. »

Tu as pensé à tes deux Vendée Globe précédents à ce moment-là ?

« Forcément. D’abord parce que passer de deuxième à premier, ça n’a rien à voir. En 2009, j’étais ravi et surpris de cette deuxième place qui allait bien au-delà de mes attentes. En 2013, j’ai le sentiment de m’être bien battu, mais c’est François le vainqueur. Là, j’en profite d’autant plus que j’avais annoncé la couleur avant le départ : une seule place m’intéressait.

En même temps, tu as beau t’être préparé, le tourbillon médiatique qui te prend quand tu arrives sur le ponton est effrayant. En quelques heures, tu passes de ton petit cocon de navigateur solitaire à cette foule qui veut tout savoir tout de suite. Heureusement, on s’était plutôt bien préparé avec l’équipe pour essayer de rester dans les clous… »

De quoi profite-t-on le plus ?

« Tout d’abord, c’est un plaisir extrême de pouvoir enfin tout raconter, les états par lesquels tu passes, les bonheurs et les malheurs d’une telle course. C’est bien de pouvoir dévoiler certains dessous de ce que tu as vécu, rappeler la dimension humaine de l’épreuve. Tant que je suis en course, je me bride, j’ai peur de donner des armes à mes concurrents. Là, c’est fini. C’est d’autant plus facile de me lâcher que je sais qu’a priori, je ne reviendrai pas sur le Vendée Globe. Et puis, j’avais la satisfaction de me débarrasser de cette étiquette de Poulidor qu’on commençait à me coller à la peau. »

Et quand le tourbillon médiatique retombe…

« Déjà, je n’ai pas eu de coup de blues… Un sentiment d’épuisement, c’est certain, mais l’objectif avait été atteint. Et puis, deux choses me protégeaient : d’une part, mon éducation m’a toujours appris à faire la part des choses, à me méfier des gloires éphémères. D’une autre, le cercle familial, mes parents, mes proches m’ont soutenu pour garder cette ligne de conduite. La famille, on est bien content de la trouver quand ça ne va pas bien. Ce serait d’une ingratitude terrible de l’oublier quand on accède à ce statut. D’ailleurs, ça se tasse assez vite et c’est très bien ainsi. »

Néanmoins, il y a le besoin d’écrire un livre* ?

« Je crois que c’était le bon moment. C’était un bon moyen pour moi de faire le point, de formuler mon parcours, de raconter ce qui m’avait forgé, entre ma progression sportive et les gens qui m’ont aidé à devenir ce que je suis. C’est un fil rouge… »

De savoir qu’il y avait déjà un autre projet en route, c’est une aide ?

« Sans aucun doute. Et là, d’autant plus que j’avais fait le job sur le Vendée Globe. C’est d’ailleurs la force de l’équipe Banque Populaire. A partir du mois de juillet 2016, j’ai décidé de me consacrer à 100% au projet Vendée Globe et je les ai laissés gérer l’avancement du projet multicoque. »

Et si la victoire n’avait pas été au bout ?

« C’est clair que ça aurait été plus difficile psychologiquement. Je n’aurais peut-être pas la même sérénité, mais pour autant, ça ne doit pas être un frein pour avancer. Dans ces circonstances, il faut juste trouver d’autres ressorts. J’ai déjà vécu cette situation en 2014, quand j’ai dû déclaré forfait pour la Route du Rhum et laisser la barre du bateau à Loïck (Peyron). On se nourrit aussi de ses échecs. »

* Le prix de la victoire. Ed. Robert Laffont. 270 pages, 19 euros.

Source

Agence Mer & Media.

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Mis à l'eau le: 6 février 2018

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