Dans la peau d’un bizuth à l’approche de la Solitaire

© Pierre Bouras

A moins d’un mois du départ de Bordeaux, Tanguy Le Turquais, skipper du Figaro NIBELIS, entre dans la dernière phase de sa préparation à sa première Solitaire Urgo Le Figaro. Après avoir participé aux trois premières épreuves du championnat de France Elite de course au large, le jeune skipper vannetais tire un premier bilan de son début de saison et partage ses appréhensions, ses espoirs et ses habitudes de dernière minute. Echange avec un marin bien disert…

Tanguy, quel bilan tires-tu de ton début de saison sachant que tu abandonnes sur la Solo Normandie suite à une avarie de grand-voile, termines 23e de la Solo Concarneau et 16e de la Solo Maître CoQ ?

Tanguy le Turquais : « Le bilan est que la courbe de progression va dans le bon sens. Ce qui est positif ! Pourtant le début de saison n’a pas été terrible voire même mauvais. Je n’ai pas réussi à naviguer comme je le souhaitais et je ne trouvais pas mes repères. La transition entre le Mini et le Figaro a été plus difficile que je ne le pensais et je comprends maintenant pourquoi les ministes galèrent quand ils arrivent en Figaro. Ce n’est pas du tout la même manière de naviguer en course au large. Les figaristes naviguent extrêmement groupés. Sur le long terme, tout se joue sur du gagne-petit. Tout le début de saison, j’ai tâté le terrain, pris le pouls et fais des erreurs. J’ai même fait de grosses bêtises mais j’ai appris beaucoup. Et avec le recul, je me dis qu’il est bénéfique d’avoir fait ces erreurs avant plutôt que pendant la Solitaire. J’ai également vécu des petites baisses de moral, notamment après la Solo Concarneau. Je sentais qu’il y avait moyen de faire de belles choses mais ça ne venait pas. Petit à petit je prends confiance et je me rassure en me disant que le métier rentre, que j’apprends. A l’approche de la Solitaire, je suis désormais dans un bon état d’esprit, très positif. »

Après quelques mois passés sur le circuit Figaro, quel regard portes-tu sur ce dernier ?

Tanguy le Turquais : « La réputation de cette classe est complètement fondée. Je pense que les 10 premiers sont les 10 meilleurs marins de course au large que l’on peut trouver. Les courses sont extrêmement dures. Quant à l’ambiance, venant du circuit Mini, je suis surpris de noter qu’au bout de quelques mois je ne connais pas tous mes concurrents. En Mini, les skippers passent beaucoup de temps sur les pontons à bricoler leurs bateaux. En Figaro, beaucoup de skippers ont des préparateurs et peuvent se tenir loin des pontons jusqu’au départ. Du coup je n’ai pas encore pu échanger avec tous. Par contre, je connais beaucoup les préparateurs du circuit ! En effet, je passe beaucoup de temps à préparer mon Figaro Nibélis, ça me fait du bien et ça me rassure. J’ai besoin d’être là et de m’imprégner des pontons. Par contre, une fois en mer, l’ambiance est totalement différente et les skippers bien plus abordables. Après en mer, que ce soit sur le circuit mini ou en figaro, la solidarité des marins est toujours d’actualité. »

As-tu toujours le même objectif sur la Solitaire que celui que tu t’étais fixé en début de saison ?

Tanguy le Turquais : « Oui, ce dernier n’a pas changé et je vise toujours le podium bizuth. Mais avant tout je dois viser un bon résultat au classement général. Je me dis que si ce résultat au scratch me satisfait, mon classement bizuth devrait être correct. J’espère une place dans le premier tiers. C’est un beau challenge ! Etre entre la 16e et la 18e place, ce serait génial. Et je pense que le premier bizuth devrait se situer par là. »

Maintenant que tu t’es confronté à la concurrence, qui sont tes concurrents directs sur la Solitaire ?

Tanguy le Turquais : « Je pense que nous sommes 4 bizuths à bien batailler : Julien Pulvé et les deux Pierre, Pierre Rhimbault et Pierre Leboucher. Pierre Leboucher gagne officiellement en bizuth la première course du championnat de France Elite de course au large, Pierre Rhimbault la seconde et Julien Pulvé la troisième. Julien et moi venons tous les deux du circuit Mini tandis que les deux Pierre sont issus de l’olympisme. Sur ces deux derniers, je pense avoir un désavantage dans les 24 premières heures de course puisqu’ils savent parfaitement régler un bateau et ils ont l’intelligence du placement tactique au sein de la flotte. C’est ce qu’ils ont toujours fait en olympisme et c’est leur force. Par contre je pense que mon expérience en course au large sera bénéfique sur les étapes de plusieurs jours. Je tiendrai peut-être plus qu’eux sur la longueur. C’est ce que je pense mais au bilan de ces 3 premières régates, je m’aperçois que le niveau est très homogène entre nous quatre et ce malgré nos différents parcours. Sur la Solitaire, il va y avoir une belle bagarre en général et également entre les bizuths. »

Qu’est ce qui te manque pour être plus à l’aise sur l’eau ?

Tanguy le Turquais : « Il me manque certainement des réglages mais pas plus que les autres bizuths. Je trouve même que sur certains je vais plutôt vite. En ce qui concerne l’expérience en mer, je ne pense pas avoir de problème. Lors de mes précédentes années en Mini, j’ai appris à gérer mes nuits, mon sommeil, la nourriture… Non, ce qui me manque vraiment c’est la stratégie, la stratégie fine. De savoir bien me placer dans la flotte et anticiper les effets de micro-météo. Tous ces petits coups à jouer dans les courants, autour des îles, lors des passages de pointes… Sur ces sujets, je manque un peu de niveau. J’ai le sentiment de les subir plus que de les anticiper. Par contre, sur des systèmes météo plus globaux ou plus généraux comme un front qui passe, j’arrive à bien me placer. C’est dans le détail que je manque encore d’expérience. »

Après ces trois épreuves en solitaire, que redoutes-tu le plus sur la Solitaire ?

Tanguy le Turquais : « Sans hésiter, les coups que tu ne contrôles pas. Les situations où tu te retrouves dernier sans aucune porte de sortie pour remonter la flotte. Une Troussel inversée ! (En 2006 et 2008, Nicolas Troussel faisait un choix stratégique audacieux, une trajectoire différente du reste de la flotte qui lui fit gagner La Solitaire ces deux années avec un écart important sur ses poursuivants. Depuis l’expression est restée.) Que suite à un coup de mistoufle, je ne trouve pas les armes pour me refaire. Après sur une Solitaire, il y a quatre étapes donc toujours le moyen de se refaire. »

Pour cette grande échéance du 4 juin 2017, comment t’étais-tu préparé ?

Tanguy le Turquais : « Je me suis entrainé en grande partie avec les figaristes membres de Lorient Grand Large. Mais depuis quelques semaines, je suis parti navigué tout seul, sans l’interférence d’un entraîneur ou d’autres coureurs pour pouvoir retrouver mes repères. Je me suis rendu compte que depuis le début de la saison, j’écoutais tout ce qu’on me disait en oubliant de naviguer comme je le voulais et cela ne fonctionnait pas. Avant la Solo Maître CoQ, j’ai navigué une semaine tout seul dans mon coin et le résultat était bien meilleur. D’ici la Solitaire je vais donc rééditer l’expérience. »

Enfin, avant le départ de Bordeaux le 4 juin prochain, comment envisages-tu tes dernières semaines ?

Tanguy le Turquais : « Pour décompresser, je n’ai qu’une seule habitude : faire du sport. Du coup, je prends une semaine de vacances d’ici la Solitaire où je vais faire de l’escalade, du trek et du kite aux Baléares.”

Tanguy Le Turquais – 27 ans – originaire de Vannes, réside à Saint-Goustan

  • 2016 : participation à la Transat AG2R La Mondiale
  • 2015 : 3ème de la Mini Transat dans la catégorie des voiliers de série, Champion de France Mini 6.50, vainqueur de la Lorient Bretagne Sud Mini
  • 2014 : Champion de France Mini 6.50, Champion de France PROMOTION « course au large », vainqueur de la Pornichet Select 6.50, vainqueur de la deuxième étape des Sables – Les Açores, vainqueur de la Lorient BSM, 2ème du trophée MAP, 2ème des Sables – Les Açores
  • 2013 : 6ème sur 53 de la Mini Transat

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Agence TB PRESS

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Mis à l'eau le: 16 mai 2017

Matossé sous: Figaro 2, La Solitaire du Figaro, Monotypie

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