La course reprend ses droits…. ou presque

© Alexis Courcoux

Les neuf Imoca en course naviguent en marge d’un anticyclone au beau milieu de l’Atlantique. La flotte des Class40 converge vers les Açores et s’apprête à recevoir les dernières piques du mauvais temps. Excepté le triste abandon ce matin des benjamins de la course Ned Collier Wakefield et Sam Goodchild (le Class40 Concise 2), la compétition reprend peu à peu ses droits. Les bateaux de tête filent vers le soleil et les vents portants.

Pour les grands monocoques et les deux Multi50, les heures pénibles passées dans le gros temps ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Cette semaine de brise a toutefois laissé des traces sur les bateaux et les jours prochains seront consacrés à une revue minutieuse du matériel. Quoi qu’il en soit, l’amélioration des conditions permet de passer sans complexe du mode préservation au mode attaque.

Imoca : « Tous les chemins mènent à Puerto Limon »

Jean-Pierre Dick, double vainqueur de la Transat Jacques Vabre, a repris les commandes de la course ce matin. C’est le dixième changement de leader depuis le coup d’envoi le 2 novembre dernier. En six jours, sept tandems différents se sont passé le relais aux avant-postes. Ce ‘turn over’ incessant (aucun bateau n’est resté 24 heures en tête) témoigne de l’âpreté de la compétition chez les Imoca. Or, avec le retour de conditions maniables voire agréables, la régate océanique va encore s’exacerber. Dans le sud-ouest des Açores, en marge d’une dorsale anticyclonique, deux idées s’opposent chez grands monocoques. D’un côté, Virbac-Paprec 3, Hugo Bosset plus loin Bureau Vallée persistent à faire cap à l’ouest, proches de la route directe, quitte à naviguer au près plus longtemps dans des vents encore soutenus (20 nœuds). De l’autre, un groupe de quatre bateaux composé de Banque Populaire, Macif, Safran et Groupe Bel a choisi de descendre vers le sud au portant, dans des airs plus légers pour aller chercher les alizés. Cette voie a déjà été ouverte par Yves le Blévec et Samuel Manuard à bord du Multi 50 Actual. Elle est également suivie par son seul adversaire Maître Jacques.
Plus de 200 milles d’écart latéral séparent ces deux groupes et pour l’instant, ce sont les occidentaux qui ont les faveurs du classement.

A mesure qu’ils plongent vers des latitudes méridionales, les duos vont voir le mercure remonter. Bateaux et cirés vont en fin pouvoir sécher et les couches de polaires franchement diminuer. Aujourd’hui le skipper de Macif François Gabart profitait de sa toute première sieste « sans bottes ».

Class40 : Aquarelle.com perd son meilleur ennemi

Les Class40 n’en sont pas encore là. Voici 48 heures qu’ils subissent front sur front. Ils doivent encore sortir indemnes d’un dernier coup de vent qui balayera ce soir la zone des Açores. Aquarelle.com, qui double actuellement l’île de Terceira, est désormais seul en tête. L’abandon ce matin du concurrent britannique Concise 2 (fissure dans la coque du bateau) les prive de leur meilleur ennemi, de leur meilleur lièvre depuis le d&eacute ;part. Ned Collier Wakefield et Sam Goodchild, les benjamins de la Transat Jacques Vabre, tirent tristement leur révérence après avoir animé les débats en tête. Ils font route au portant vers les Açores pour réparer leur bateau. Cet après-midi, Eric Galmard et François Scheek (Avis Immobilier) annonçaient qu’ils se déroutaient eux aussi vers l’archipel portugais pour réparer une avarie d’étai (pièce de capelage).

Le nouveau dauphin de Yannick Bestaven et Eric Drouglazet s’appelle donc ERDF Des Pieds et des Mains (2e à 90 milles). En réalité, dans le sillage de l’excellent Aquarelle.com, la flotte est éparpillée sur 160 milles le long d’un axe nord-ouest/sud-est. Il y a donc une grosse bag arre du deuxième au septième concurrent, le tandem américano-kiwi de 11th Hour Racing. Trois Class40 commencent en revanche à être sacrément distancés : les Italiens d’Hip Eco Blue, les filles de Gust Buster et les échappés de l’est, Partouche, qui accusent désormais 523 milles de retard.

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) : « On ne s’habitue jamais au mauvais temps »

“ Les cieux ne sont pas hyper cléments mais ça va. Concernant notre trajectoire , la mer est grande et pour aller à un endroit. Plusieurs chemins mènent à Rome… ou Puerto Limon. On a choisi cette route vers l’ouest, car c’est la plus directe. Peut être la plus cabossée, mais c’est celle qui se rapproche le plus de l’orthodromie. Nous avons 20 nœuds de vent mais on a eu des conditions terrifiantes, entre 35 et 40 nœuds établis, dans une mer très agitée. Les vents oscillants ont crée un joli brouhaha de vagues dans un sens différent. J’ai déjà vécu des conditions comme celles-là sur mes courses précédentes, mais on ne s’habitue jamais vraiment au mauvais temps … . . Je suis un peu stakhanoviste ; je suis très pointilleux sur le matossage. Je suis prêt à déployer des efforts pour déplacer une voile ne serait-ce que de dix centimètres. On se découvre avec Jérémie et c’est quelqu’un qui se bat et qui aime se donner. C’est agréable de créer une synergie et d’essayer d’être aux avant-postes. »

Yannick Bestaven (Aquarelle.com) : « A bord, c’est Beyrouth »

« On a plongé dans le sud, on a envie d’avoir des conditions plus clémentes. On est très satisfait de notre choix, on fait une route « safe » ; la sagesse des vieux est en train de payer ! Pour prétendre gagner une course, il faut déjà aller au bout. On a eu la pression des Anglais depuis le début, il a fallu tirer sur les bateaux. Depuis le départ, ça tape beaucoup, on est obligé de barrer, les pilotes ne tiennent pas ; mais c’est bientôt la fin du calvaire. On a beaucoup barré mais on s’est bien relayé. On ne dort pas sur nos deux oreilles, mais on n’est pas en manque de sommeil. A bord, c’est Beyrouth, tout a volé dans tous les sens, on a un peu nettoyé dans une molle… Vingt nœuds de vent, pour nous, c’est une molle !»

Jean-Christophe Caso (Groupe Picoty) : « C’est du saute-moutons, mais la laine est un peu dure »

« C’est plutôt actif et venté depuis le début. Pendant le passage de front ce matin, on a eu des grains à 40 n&oel ig;uds. Maintenant on fait route vers le sud, on a toujours 30 à 35 nœuds, avec la mer qui correspond. C’est du saute-moutons, mais la laine des moutons est un peu dure quand on atterrit ! On va se mettre au régime de fronts, un le lundi, un autre le mardi ça suffit ! Hier soir pendant un petit moment de calme, on a réussi à se faire des bonnes pasta carbonara avec du parmesan et des toasts au foie gras. On essaie de prendre un peu soin de nous, mais je n’ose pas décrire l’état du bateau… »

Sam Goodchild (Concise 2) : « On est effondré »

« On navigue sous trinquette seule. On fait route au portant sur les Açores. On a une fissure sur le côté bâbord qui doit provenir des chocs répétés dans les vagues de ces deux derniers jours. On essaye d’être prudent pour ne pas dégrader notre situation. Actuellement nous ne faisons pas d’eau, mais on sent bien que ça tient à peu de choses.
On est effondré. On préparait cette course depuis si longtemps, c’était un rêve d’avoir pris ce départ et d’être placé comme on l’était. On n’avait jamais imaginé que ce fut possible : être en deuxième position depuis le début et prendre la tête de course ce matin, c’était incroyable. Ce qui nous arrive est encore plus cruel. En même temps, on se dit qu’on peut revenir à la maison la tête haute. On s’est bien battu, on n&rsqu o;a pas fait beaucoup d’erreurs. Je ne pense pas qu’on ait les moyens de réparer. Il faut sortir le bateau de l’eau et faire intervenir un chantier. C’est dommage, juste au moment où les conditions allaient devenir plus maniables. On espère bien revenir une prochaine fois et renouveler notre performance. »

Les positions des bateaux ce mardi 8 novembre à 05h00:

IMOCA

1 – Virbac Paprec 3 (Jean-Pierre Dick – Jérémie Beyou) : 2973,2 milles de l’arrivée
2 – Hugo Boss (Thomson – Altadill) : 12,3 milles du leader
3 – Banque Populaire (Armel Le CLéac’h – Christopher Pratt) : 38,2 milles du leader

Multi50

1 – Actual (Yves Le Blevec – Samuel Manuard) : 3542,1 milles de l’arrivée
2 – Maitre Jacques (Loïc Fequet – Loïc Escoffier) : 86,9 milles du leader

Class40

1 – Aquarelle.com (Yannick Bestaven – Eric Drouglazet):3467,6 milles de l’arrivée
2 – ERDF Des Pieds et des Mains (Damien Seguin – Yoann Richomme) : 94,2 milles du leader
3 – Phoenix Europe Express (Alran – Criquioche): 104,7 milles

Source

Transat Jacques Vabre

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Informations diverses

Mis à l'eau le: 8 novembre 2011

Matossé sous: 2011, Course au Large, Transat Jacques Vabre

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