Le match est relancé

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© Yvan Zedda

Le contournement de la dépression au Sud-Est de la Nouvelle-Zélande est assurément un des moments clés de ce huitième Vendée Globe : il relance complètement le match entre Armel Le Cléac’h et Alex Thomson, en tête de course. Yann Eliès, Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam, eux, s’apprêtent à essuyer une nouvelle tempête.

Paul Meilhat (SMA) hier soir et Jérémie Beyou (Maître CoQ) tôt ce matin sont entrés à leur tour dans le Pacifique en franchissant la longitude de South East Cape, à l’aplomb de la Tasmanie. Les quatre premiers du Vendée Globe évoluent maintenant dans le plus grand océan du monde, ce long tunnel où on ne peut compter que sur soi-même – au mieux un autre concurrent – en cas de pépin. Pour les skippers de SMA et de Maître CoQ, tout va bien : vent relativement stable et soutenu sans être méchant (20 à 25 nœuds de Nord-Ouest), ils glissent dans de bonnes conditions. Et ils ne seront probablement pas concernés par la très large dépression qui guette les trois bateaux derrière eux, à savoir Yann Eliès, Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam. Ces trois-là vont être aux prises dès demain avec une large zone dépressionnaire qui s’étend de la Tasmanie à la Nouvelle Zélande et promet d’être corsée : 50 voire 55 nœuds de vent dès demain matin pour Quéguiner-Leucémie Espoir, idem demain après midi pour StMichel-Virbac, puis pour Finistère Mer Vent. Car si Thomas Ruyant, qui vient d’empanner après être monté très nord (probablement pour ne pas avoir à trop manœuvrer sur le bord et éviter le mur des glaces sans multiplier les manœuvres), ne devrait pas être trop touché par ce système, Yann, Jean-Pierre et Jean, eux, doivent se préparer à affronter une de ces furies australes qui font la légende du Vendée Globe. Dans les 48 heures qui viennent, ces trois-là seront contraints de relever le curseur sécurité dans leurs prises de décisions. Ils savent faire, mais ce n’est jamais sans une certaine appréhension qu’on affronte ce genre de phénomène.

Dépressions dans le Pacifique

Un peu moins de 2000 milles devant ce trio, on assiste à un moment clé de ce huitième Vendée Globe. Ceux qui pensaient qu’Armel Le Cléac’h s’envolerait irrémédiablement en ne faisant qu’augmenter son avance sur Alex Thomson en sont pour leurs frais. En réalité, le match est totalement relancé ! Reprenons. Pour schématiser, Armel Le Cléac’h a dans un premier temps imaginé pouvoir glisser au Sud de la dépression qui intéresse les deux meneurs, alors qu’Alex Thomson imaginait pouvoir la franchir par son Nord. Et aucun des deux n’a eu raison ! Le skipper de Banque Populaire VIII, heureusement pour lui, s’est rendu compte assez tôt que le phénomène se déplaçait plus vite que lui et s’est bien ravisé en empannant à deux reprises pour se recaler. Mais il y a tout de même laissé 110 milles en termes de distance au but et n’a plus qu’un petit matelas de 75 milles d’avance ce matin sur le Gallois, contre près de 200 milles voilà 48 heures. Ils sont maintenant aux prises avec les vents faibles du centre de la dépression, avec une centaine de milles d’écart latéral entre eux. Tous deux ont été plutôt lents cette nuit en traversant le centre de cette zone dépressionnaire et ont donc des vents très différents : du Nord-Est tournant Nord de 15 à 20 nœuds pour Armel Le Cléac’h, de l’Ouest pour 5 à 15 nœuds maximum pour Alex Thomson. Autrement dit, dans un premier temps, Banque Populaire VIII devrait reprendre un peu d’avance sur Hugo Boss… Mais quand on regarde les simulations à sept jours, il n’est pas du tout impossible de les retrouver bord à bord d’ici une semaine, quasiment à égalité, parce qu’Hugo Boss aura un peu moins de route à couvrir vers le but que Banque Populaire VIII. On n’a pas fini de se passionner pour le duel incroyable que se livrent ces deux-là. Ils devraient pouvoir reprendre de la vitesse dès ce lundi midi.

Anticyclones sur l’Indien

Les seize autres bateaux encore en course, à la lutte dans l’Indien, sont eux sous l’influence directe de deux vastes anticyclones qui couvrent toute la largeur de cet océan. La plupart d’entre eux évolue donc dans du vent de Nord-Ouest de 15 à 20 nœuds qui permet de bien progresser vers l’Est, avec évidemment quelques nuances d’importance selon les longitudes. Tout à l’arrière par exemple, Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) et Sébastien Destremau (technoFirst-faceOcean) ont des conditions idéales, sur une mer quasiment plate et peuvent tranquillement se préparer aux furies qui les attendent inévitablement plus tard. A l’opposé, 700 milles dans le Nord-Est des Kerguelen, Louis Burton (Bureau Vallée) mène toujours remarquablement son rôle de chef de file du peloton, largement décalé devant deux skippers qui se livrent un combat rapproché pour la 10e place, à savoir Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt) et Nandor Fa (Spirit of Hungary).
Un des matchs dans le match les plus intéressants est celui que livre Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) qui tente une option osée pour traverser une petite dorsale à l’approche des Kerguelen. Largement plus Sud que le duo composé de Conrad Colman et Arnaud Boissières, Fabrice va chercher du vent plus fort (peut-être 25 nœuds). Il espère ainsi refaire tout ou partie de la centaine de milles qui le sépare pour le moment du treizième, La Mie Câline. Mais il sait aussi qu’il aura probablement plus de mer avec la remontée des fonds du plateau continental des Kerguelen et qu’il doit redoubler de vigilance pour surveiller la présence éventuelle d’icebergs. Dans cette zone de la course aussi, il y a du jeu.

Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) :

” C’est sûr que je vais mieux qu’il y a quelques jours (rire) ! Après avoir du sortir de la baie au près après mes réparations, depuis hier j’ai des conditions de rêve : une mer super plate, 15 à 20 nœuds de vent, j’en profite car je sais bien que ça ne va pas durer éternellement ! Mais j’ai une bonne météo jusqu’à Crozet, pas de tempête à venir… tant mieux ! J’ai un peu la hantise de casser à nouveau quelque chose et je navigue avec un ris dans la grand voile, mais c’est normal de ressentir ça après ce que j’ai vécu. Voilà cinq jours, je me voyais déjà abandonner, expliquer à tout le monde que c’était impossible de réparer, puis me refaire un mois de convoyage vers la Bretagne… et au lieu de ça, maintenant je suis de nouveau en course et dans d’excellentes conditions, donc le moral est au top ! Toutes proportions gardées, je me suis fait une petite ‘Yves Parlier’. Maintenant… bon et bien il ne reste plus que deux mois de mer ! La vache… deux mois de mer !”

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Agence Mer & Media.

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