Double fracture

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© Fabrice Amedeo

Avec le glissement de la dépression vers le Sud-Est, le groupe de tête a lui aussi été scindé en deux : ceux qui sont passés derrière le front peinent dans un flux d’Ouest faible à modéré quand les trois premiers bénéficient encore de 20-25 nœuds de Nord. Mais en arrivant vers le cap de Bonne-Espérance, la situation va changer avec un ralentissement par devant et un retour des poursuivants… Les fractures vont être réduites.

Avec le front froid qui se délite tout en rattrapant les leaders, la tête de course a elle-aussi subi une fracture puisque, après l’abandon mardi de Vincent Riou (PRB), ils ne sont plus que trois à bénéficier d’un flux de Nord de plus de vingt nœuds quand leurs poursuivants directs peinent désormais derrière la masse nuageuse. Ainsi Alex Thomson (Hugo Boss) est-il toujours en position favorable sous le vent avec cent milles d’écart latéral sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et 120 milles sur Sébastien Josse (Edmond de Rothschild). Ce dernier a perdu une soixantaine de milles cette nuit suite à un choc qui a relevé son safran tribord : le skipper a passé presque quatre heures à résoudre un problème de « hook » (système pour bloquer le safran en position basse). Et le décalage longitudinal devrait encore distendre les écarts avec le trio suivant puisque ce mercredi matin, le leader alignait 500 milles /24h quand Paul Meilhat (SMA) et Jérémie Beyou (Maître CoQ) n’en cumulaient que la moitié !

Ralentissement général

Mais d’ici la fin de cette dix-septième journée de course, le rythme va sensiblement se calmer aussi par devant. Une pause bien venue pour les leaders, mais aussi pour leurs poursuivants qui vont enfin voir les écarts se stabiliser, voire se réduire. Car pour les trois « décrochés du front », le vent d’Ouest d’une dizaine de nœuds a imposé des empannages qui ont coûté presque 400 milles à Jérémie Beyou en trois jours… A contrario, Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) est encore dans la queue du front, mais nettement plus décalé en latitude : en suivant une route 450 milles plus Nord que le leader, il arrive à se maintenir dans une bande de vent de Nord-Ouest d’une quinzaine de nœuds, mais il lui faudra, un moment ou l’autre piquer vers le Sud pour éviter la bulle anticyclonique qui est installée sous l’Afrique du Sud.

À plus de 1 600 milles du leader, le groupe des trois est enfin sorti de la cellule sans vent qui bloquait le passage vers les Quarantièmes : Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le projet Imagine) peuvent désormais glisser vers le Sud-Est afin d’attraper une nouvelle dépression qui va au minimum, les propulser jusqu’au cap de Bonne-Espérance : ils devraient ainsi combler une partie de leur retard. Ce qui n’est pas le cas pour Kito de Pavant (Bastide Otio) toujours collé double face au large du cap Frio… Et pour le gros du peloton, dorénavant emmené par Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), la situation se décante lentement avec le retour d’un alizé encore peu construit : ils devront attendre le passage d’une troisième dépression jeudi soir pour que l’Atlantique Sud s’organise un peu mieux…

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) :

« On est encore dans le front avec un vent de Nord-Nord Ouest qui s’est un peu calmé en force, mais on déboule encore à 20-22 nœuds de moyenne… Le front a l’air de diminuer en vitesse et en intensité et j’en profite pour garder ce flux. La mer s’est aussi arrangée et ça tape moins dans les vagues, mais je ne peux pas te dire comment est le ciel parce que je me suis un peu réfugié à l’intérieur et là, j’étais en train de dormir. Il commence à faire nettement plus froid mais c’est plus facile pour se reposer : on commence aussi à s’habituer à ces vitesses ! Dès ce mercredi soir, le vent va commencer à mollir et ensuite pendant deux-trois jours, le flux semble assez mal organisé : normalement nos poursuivants vont nous rattraper un peu. Car le passage est étroit entre la bande de vent et la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA) : nous allons longer le mur de glaces.
Je pense à Vincent Riou : j’ai appris son abandon tout à l’heure et je suis triste pour lui. C’était un grand favori, un beau concurrent qui avait réussi à tenir notre rythme sans foils. Il était toujours au contact et ça ne doit pas être facile pour lui en ce moment… J’ai une pensée pour lui. Pour l’instant, je n’ai rien touché et je touche du bois !
L’écart s’est creusé avec nos trois poursuivants parce qu’ils sont passés derrière le front, mais nous ferons les comptes plus tard car quand nous allons ralentir, ils vont retrouver la vitesse en premier avec l’arrivée d’une nouvelle perturbation. Tant qu’il n’y a pas 500 milles d’écart, ils restent dans le match car ils sont toujours dans le même système météo. C’était déjà le cas il y a quatre ans avec François Gabart et le groupe suivant sous l’Australie : on avait fait le break avec Jean-Pierre (Dick). Là, on rentre dans les Quarantièmes ce soir et on devrait être au cap de Bonne-Espérance après demain (vendredi) : à moyen terme, le vent va revenir par l’arrière… »

Kito de Pavant (Bastide Otio) :

« Tu ne me réveilles pas ! Je n’arrive pas à dormir parce que depuis hier soir, j’ai dû faire trois milles et je ne sais pas comment je vais faire pour me sortir de cette nasse… C’est une espèce de bulle qui ne veut pas me décrocher : les prévisions météo me prédisaient un passage relativement facile, mais ce n’est pas le cas et je suis collé depuis 24h. J’ai trois nœuds de vent… J’espère qu’on va vite oublier cet épisode et normalement, ça va glisser vers Bonne-Espérance bientôt. Mais il faut que je me sorte de là : j’ai eu Cali (Arnaud Boissières) au téléphone et il était dans la même situation, mais avec ses poursuivants qui revenaient sur lui !
J’ai fait atelier couture depuis les Canaries : j’ai réparé le gennaker que j’avais explosé sur un départ au lof. Comme c’est une voile importante pour la suite du parcours, je suis content et il est en place. Mais j’ai un peu cramé d’énergie et du matériel de voilure… Moi physiquement ça va, même si j’ai eu pas mal de boutons après le Pot au Noir mais je me suis soigné et le bateau comme moi, on est à 100% ! Il ne reste plus qu’à attendre le vent… »

Source

Agence Mer & Media.

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