L’Ascension pour un Everest

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© Christophe Breschi

Arrivé en troisième position, jeudi à Newport, de la Calero Solo Transat, Alan Roura est un marin heureux : il vient de franchir un pas supplémentaire en vue de sa participation au prochain Vendée Globe, « Everest des mers » dont il rêve depuis son enfance et qu’il s’efforce d’atteindre depuis deux ans.

Trois mois se sont écoulés depuis qu’Alan Roura s’est vu attribuer la place de 24ème inscrit au Vendée Globe 2016 (sur 27 disponibles). Trois mois de dur labeur que le jeune Suisse vient de solder par une première transatlantique en solo sur sa nouvelle monture, entre Lanzarote (Canaries) et Newport (États-Unis), lui permettant ainsi de valider encore un peu plus sa place au départ du tour du monde en solitaire. Car s’il termine derrière les deux autres participants de la course, Sébastien Destremau (Face Ocean) et Pieter Heerema (No Way Back), le Genevois garde en effet la satisfaction d’avoir bouclé son parcours de qualification, qui sera validé dans les jours à venir. Un parcours qui aura été long de 4 085 milles pour l’IMOCA Un Vendée pour La Suisse, soit 1 500 de plus que ce qu’il est demandé par l’organisation du Vendée Globe – et 1 000 de plus que le parcours orthodromique de la Calero Solo Transat.

« 4 000 milles en 23 jours, je ne m’en sors pas si mal au final ! »

a-t-il souligné, hilare.

Bon, long voyage

Heureux d’être arrivé, le bateau en excellent état et attendu par un comité d’accueil dont faisaient partie Sébastien Destremau, resté spécialement pour l’occasion alors qu’il devait repartir en Europe, et Alex Thomson, croisé à Lanzarote et arrivé depuis en convoyage, qui a tenu à féliciter le jeune Suisse pour sa ténacité, Alan n’en reste pas moins frustré par ses deux premières semaines de course. Empétolé dans le Sud et dépassant rarement les 9 noeuds de moyenne, le Genevois a longtemps souffert d’une option non payante qui l’a vite éloigné de ses deux concurrents :

« La longueur, quand il y a du vent, ça va. Là c’était vraiment dur de ne pas avoir eu d’alizés, de ne pas avoir eu de porte pour remonter au Nord, de ne pas avoir eu de chance avec la météo de A à Z, en fait. La route directe était clairement la meilleure option, mais avec mon vieux gréement et mes vieilles voiles, ce n’était pas envisageable. »

Deux semaines interminables, donc, pour ensuite passer la seconde moitié de course à affronter plusieurs tempêtes :

« Du gros, gros temps, pas pour de faux : j’ai eu 60 noeuds pendant deux nuits, 55 noeuds dans les derniers milles, 45 sur la ligne… Passer directement de la molle à des vents si violents, ça fout une baffe. Mais j’étais là pour ça, pour tester le bateau, mais aussi le bonhomme. Car on part sur un tour du monde, des moments difficiles, j’en aurai d’autres ! »

Lucide, le benjamin de la prochaine édition de l’« Everest des mers » sait en effet que la route est encore longue avant d’atteindre la ligne de départ, le 6 novembre aux Sables d’Olonne.

Retour aux affaires

Et c’est un programme à terre chargé qui l’attend !

« Il va falloir ramener le bateau en France, mais je ne pourrai finalement pas faire partie du convoyage retour lors duquel je voulais tenter de battre le record en Atlantique nord en équipage du bateau, a regretté Alan. Avec le retard de la course – et le mien ! – j’ai des rendez-vous en Bretagne et en Suisse que je ne pourrai honorer en rentrant par la mer. »

C’est dès ce weekend que le skipper d’Un Vendée pour la Suisse rentrera donc à Lorient, tandis que l’équipage chargé de ramener SuperBigou devrait quitter Newport ce dimanche matin (heure locale). S’ensuivront quelques derniers contrôles ainsi qu’un nouveau court chantier avant de prendre part à plusieurs courses dès la fin du mois de juin et d’entamer un intense été de navigation. D’ici là, recherche de partenaires et rendez-vous médias feront le quotidien du marin suisse, qui doit encore boucler son budget de fonctionnement :

« Le collectif Un Vendée pour La Suisse se développe, chaque mois de nouvelles entreprises rejoignent le projet. Il me manque encore un ou deux partenaires principaux qui donneront leurs noms et couleurs au bateau, mais maintenant que j’ai assuré encore un peu plus ma place au départ, je suis convaincu que les gens auront à coeur de m’accompagner dans cette folle aventure. »

Au repos les bottes et les cirés, place aux rencontres et aux histoires à partager. C’est aussi ça, un Vendée Globe !

Ce qu’il en retire

« J’ai énormément progressé durant cette transat’, notamment au niveau de la confiance en moi. Dans le deuxième gros temps, vers les Bermudes, je me suis dit ‘Merde, je ne suis pas super à l’aise, il y a un truc’. Mais plus les conditions sont fortes, plus tu t’habitues et au final, à 40 noeuds tu remets de la toile. Le matin tu as des doutes et le soir non. Tu apprends, tu te fais confiance et c’est important de se fair confiance, car c’est ce qui pourrait être mon plus gros défaut.

J’ai aussi pu apprendre à communiquer avec le bateau. Il me parle, il est hallucinant. À chaque fois, je me suis réveillé de moi-même, deux minutes avant qu’il y ne se passe quelque chose : un changement de vent, un truc qui casse, un autre bateau… Je suis super content. D’autant que le bateau est propre, il n’y a vraiment pas grand chose à faire avant de repartir dans l’autre sens. »

Son pire moment

« Le dernier jour, je n’ai pas vu la terre jusqu’à 2 milles de l’arrivée. Tu vois sur la carto que tu es arrivé, mais pas en vrai ! Il y avait trop de brume, trop de pluie. C’était long… »

Son meilleur moment

« L’arrivée, évidemment, c’est le soulagement, la fierté, c’est tout. Tu verses ta petite larme sur la ligne. Mais je citerais aussi le moment où j’ai terminé ma strat’ en tête de mât. C’était un super moment. J’ai vécu beaucoup de première fois, beaucoup de choses que je n’aurais pas pensé pouvoir faire. Avoir les couilles de tenir dans des rafales à 60 noeuds, à marcher sur la bôme pour vider une poche d’eau, sanglé, penché. Il ne faut pas se poser trop de questions, juste sécuriser et oser. Après, mon bateau est magique donc il me fait vibrer et j’ose ce que je n’aurais peut-être pas osé sur un autre bateau. »

Source

Aurélia Mouraud

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Informations diverses

Mis à l'eau le: 9 mai 2016

Matossé sous: 2016-17, Course au Large, IMOCA, Vendée Globe

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