Au Cap Leeuwin demain soir

© Yann Riou

« Dominante de gris, quelques rayons de soleil parfois et toujours quelques oiseaux qui accompagnent le bateau, » résume les premiers mots du message reçu du bord ce matin. Enveloppés depuis plus d’une semaine dans l’atmosphère du Grand Sud, les marins désormais acclimatés ne font plus attention au froid qui pince les visages. Vêtements chauds, gants, bonnets, il faut surtout stopper ce vent glacial qui cherche à s’engouffrer. Mais dans les esprits, l’attention se tourne surtout vers cet océan Indien peu rugissant. Le maxi-trimaran progresse vers le deuxième cap mythique d’un tour du monde à la voile, le cap Leeuwin, marquant la pointe Sud-Ouest de l’Australie qu’il atteindra en fin de journée jeudi. Le système météorologique actuel limite les choix de route, obligeant l’équipage à manœuvrer pour garder de la puissance et ne pas tomber dans une zone de vents faibles qui se déplace plein Est devant les étraves du trimaran. Spindrift 2 va remonter progressivement vers le 45° Sud, suivant une trajectoire parallèle à son prédécesseur Banque Populaire V. Bonne nouvelle : la zone de glaces dérivantes est bel et bien dans le tableau arrière. La voie est libre jusqu’à l’entrée dans l’océan Pacifique, située au large de la Tasmanie.

Jour 18 – 17h00 GMT

  • 198 milles de retard sur Banque Populaire V
  • Distance parcourue depuis le départ : 11 656 milles
  • Vitesse moyenne sur 24 heures : 21,6 nœuds
  • Distance parcourue sur les dernières 24 heures : 517,4 milles

L’aire de glace

Cette troisième semaine de mer a été marquée par le contournement par le Nord de l’archipel des Kerguelen, au cœur de l’océan Indien, en grande partie en raison des glaces dérivantes qui se concentraient sous les îles australes. Mais si Spindrift 2 a perdu des milles ces derniers jours, cela est essentiellement lié au déplacement d’une zone de vents faibles juste devant ses étraves, se déplaçant à plus de vingt nœuds…

Le cap Leeuwin, c’est pour demain jeudi soir ! Le deuxième cap mythique d’un tour du monde à la voile sera bien loin dans le Nord puisqu’il marque la pointe Sud-Ouest de l’Australie, à environ 800 milles de la trajectoire du grand trimaran noir et or. Mais c’est plus un symbole qu’un passage névralgique puisque l’océan Pacifique ne commence réellement qu’au Sud de la Tasmanie, deux jours plus tard… Et l’écart de 200 milles environ face au détenteur du Trophée Jules Verne ne devrait pas sensiblement varier ces prochains jours en raison d’un système météorologique qui limite les choix de route.

En effet, Dona Bertarelli, Yann Guichard et leurs douze équipiers n’ont pas eu d’autre possibilité que de rester dans un couloir de vent de secteur Ouest entre le 49°Sud et le 52°Sud depuis leur passage au Nord de l’archipel des Kerguelen. Devant Spindrift 2, se déplace une zone de faible gradient de pression qui progresse quasiment à la même vitesse : l’équipage bute donc dans ce système météo et ne peut espérer une accélération franche que lorsqu’une dépression venue de Madagascar balaiera le Sud de l’Australie dès jeudi soir. Ainsi après l’empannage de la nuit dernière, le grand trimaran devrait de nouveau changer de cap cet après-midi pour suivre une trajectoire parallèle à son prédécesseur virtuel : une remontée progressive vers le 45°Sud afin de bénéficier de ces nouveaux vents de secteur Nord-Ouest puissants en avant de cette perturbation tropicale.

Entre glaçons et hauts fonds

L’accélération sera alors franche et durable ! Dans le schéma météorologique actuel, Spindrift 2 pourrait bien rattraper une grande partie de son retard sur Banque Populaire V avant d’entrer dans l’océan Pacifique et même continuer à profiter de ce flux puissant de Nord-Ouest sous la Nouvelle-Zélande, voir bien plus loin…

Mais la bonne nouvelle est surtout que la zone de glaces dérivantes qui avait incité Yann Guichard et son équipage à déborder l’archipel austral par le Nord est désormais dans le tableau arrière. Les dernières images satellites indiquent que les icebergs sont actuellement concentrés essentiellement sous les Kerguelen (océan Indien), très au Sud de la Nouvelle-Zélande (Pacifique) et entre les îles Malouines et de la Géorgie du Sud (Atlantique). Le détour par le Nord ces derniers jours n’a de fait pas vraiment ralenti Spindrift 2 dans sa tentative de record au vu des conditions qui régnaient à ce moment-là : hors du risque de percuter un growler (morceau de glace de quelques tonnes), l’état de la mer ne permettait pas d’aligner des vitesses élevées sur une route Sud.

La voie est donc dorénavant ouverte devant les étraves du trimaran géant, au moins jusqu’au cap Horn et l’équipage de Yann Guichard a donc le champ libre pour profiter de conditions météorologiques favorables dès vendredi afin d’entamer le « gros morceau » de ce tour du monde par les trois caps le week-end prochain : le Pacifique !

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Spindrift racing

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