Longues de comptoir

© Jacques Vapillon

Petit à petit, le ponton réservé aux coureurs de la Mini Transat îles de Guadeloupe se remplit. Pour l’essentiel, ce sont les prototypes qui ont mobilisé les places à quai puisque jusqu’ici seuls deux bateaux de série sont arrivés à bon port.

Au rendez-vous des Ministes, les langues se délient. Jusque tard dans la nuit, la troisième mi-temps va bon train. Autour d’une bière, ils refont la course et certaines expressions reviennent en cadence : « tartiner velu » veut dire qu’on a dépassé à certains moments les limites du raisonnable, qu’on a fait subir au bateau un traitement pour le moins musclé, que l’on s’est fait mal à vouloir porter des toiles indécentes. Les « coups de mou » signifient que tous ou presque sont allés au bout de leurs capacités physiques, se sont endormis à la barre du bateau, ont subi des hallucinations. Avec l’adrénaline accumulée, ils sont nombreux à vouloir rester accueillir les copains qui déboulent du fin fond de la nuit, à errer dans les rues d’Arrecife à la recherche d’un petit bistrot pour finir la soirée. La communauté des Ministes se reconstitue petit à petit… On efface les heures de solitude en mer par une fraternité qui n’a rien de factice. Peu ou prou, ils ont vécu les mêmes affres, ont navigué sur la corde raide avec les mêmes angoisses, ont eu envie de hurler de plaisir dans un surf interminable.

La solidarité Minis en action

Alors qu’un quart de la flotte est arrivée à destination à Lanzarote, la bataille reste toujours aussi acharnée pour les places d’honneur en bateaux de série qui constituent maintenant le gros des troupes encore en mer. Derrière Charly Fernbach (Le Fauffiffon Hénaff), troisième, qui pour sa première expérience en solitaire, réalise une belle performance à bord de son Pogo 3, la bataille fait rage. Julien Pulvé (Novintiss) ne désespère pas de monter sur le podium puisqu’il pointe à moins de deux milles du représentant du chantier Structures. Derrière la bataille reste vive entre Patrick Girod (Nescens), Armand de Jacquelot (We Van) et Thomas Guichard (Carrefour) pour la cinquième place. Devraient suivre Edouard Golbery (Les Enfants du Canal) , Simon Brunisholz (www.defiatlantique.ch MiniLab), Olivier Taillard (Alternative Sailing – Kerhis), ainsi que le Polonais Radoslaw Kowalczyck (Calbud) sur son prototype destiné à être produit en série.
Pour tous ces concurrents, ce sont les dernières heures de mer, des heures bénies selon les échanges qu’ont pu avoir certains avec le PSP Flamant, le patrouilleur de la Marine nationale. A peine en vue des côtes des Canaries, Armand de Jacquelot disait déjà avoir hâte de prendre le départ de la deuxième étape. Les années passent et la « Mini Transat » dégage toujours le même pouvoir addictif.

Ils ont dit (conversations avec le PSP Flamant de la Marine nationale) :

Julien Pulvé (Novintiss) :

“Je n’ai rien lâché dans cette étape mais je n’ai pas toujours été inspiré dans mes choix tactiques. J’aurais aussi pu davantage bourriner dans la brise mais j’ai été un garçon sage car je garde le souvenir de l’édition 2013 de la Mini Transat. Je suis malgré tout content de ma navigation et de ma performance, le bateau est en parfait état. Je me souviendrai longtemps de la glissade le long du Portugal. J’ai hâte d’arriver à Lanzarote et je vais me donner à 100 % jusqu’au passage de la ligne. Sinon j’ai failli me prendre un poisson volant sur la tête hier soir, mais j’ai pu l’éviter de justesse. Cela m’était déjà arrivé il y a deux ans. Je ne sais pas ce qu’ils ont contre moi !”

Patrick Girod (Nescens) :

“La nuit dernière a été assez sportive avec un vent qui est monté jusqu’à 20-22 nds. Ca tartinait ! J’ai cassé quelques petits trucs lors de cette première étape, mais rien de grave. Je navigue à vue avec Armand de Jacquelot depuis trois jours et Julien Pulvé s’est depuis greffé au groupe. C’est motivant, ça fait du monde à qui parler. On partage nos petits moments de bonheur.”

Armand de Jacquelot (We Van) :

“Cette étape est très intéressante. C’était assez psychologique au début dans la molle. Puis le passage de front a été marqué. J’ai pris beaucoup de plaisir dans les alizés portugais avec des surfs à près de 20 nds. J’ai souvent navigué au contact d’autres bateaux, on s’est bien amusés et j’espère que le finish vers Lanzarote nous réservera encore quelques péripéties. Quant à moi, j’ai déjà hâte de repartir sur la deuxième étape !”

Thomas Guichard (Carrefour) :

“On commence à voir les côtes, les conditions sont idylliques : comment ne pas être heureux ! La course avait mal commencé pour moi en baie de
Douarnenez. Je me suis retrouvé en queue de flotte. Cette mésaventure m’a donné la niaque. J’ai cravaché comme jamais et j’ai fait une belle remontée grâce à de bons positionnements. J’aurais signé tout de suite si on m’avait proposé cette position avant le départ.”

Classement du 27 septembre à 15h (TU+2)

Prototypes (Classement Eurovia Cegelec)

  1. Davy Beaudart – 865 – Flexirub
  2. Axel Tréhin – 716 – Aleph Racing
  3. Frédéric Denis – 800 – Nautipark
    14 Alberto Bona – 756 – Onelinesim.ità 12,5 nm de l’arrivée
    15 Radoslaw Kowalczyck – 894 – Calbud à 25,6 nm
    16 Nikki Curwen – 741 – Go Ape ! Live Life Adventurously à 84,5 milles

Séries (Classement Ocean Bio-Actif)

  1. Ian Lipinski – 866 – Entreprise(s) Innovante(s) arrivé à 06h 01mn 24s (heure française, TU+2)
  2. Tanguy Le Turquais – 835 – Terréal arrivé à 13h 35mn 31s (heure française, TU+2)
  3. Charly Fernbach -869- (Hénaff le Fauffiffon) à 18,5 nm de l’arrivée
  4. Julien Pulvé – 880 – Novintiss à 1,9 nm
  5. Patrick Girod – 824 – Nescens à 6,1 nm

Source

Mini Transat / Cécile Gutierrez

Liens

Informations diverses

Sous le vent

Au vent

Les vidéos associées : Mini Transat