Le Grand Sud pour tous

© Spirit of Hungary

Bien que malmené la nuit dernière dans les conditions musclées au passage d’une dépression subtropicale, tous les indicateurs du chef de flotte de la Barcelona World Race restent au vert. A l’entame d’une nouvelle semaine annoncée conforme au Pacifique Sud dans un flux d’ouest bien établi, Bernard Stamm et Jean Le Cam – qui viennent de passer sous la barre des 10 000 milles à parcourir jusqu’à Barcelone – consolident leur avance. De nouveau sous l’influence du train dépressionnaire austral, le duo de Cheminées Poujoulat progresse déjà cet après-midi aux environs de 15 nœuds ; avec la garantie de maintenir des hautes vitesses tout au long des prochains jours dans des vents fraîchissants.

Puissance, prudence et vigilance

Du côté de ses poursuivants, le match qui oppose Neurogena et GAES Centros Auditivos s’intensifie à mesure que les trajectoires convergent vers la piste en bordure de zone d’exclusion des glaces ceinturant l’Antarctique. Une soixantaine de milles sépare ces deux bateaux au dernier classement. L’un et l’autre vont également accélérer le rythme progressivement dans des conditions, qui, sans être dantesques, devraient bientôt faire le bonheur de Guillermo Altadill et José Muñoz pressés de tirer les bénéfices de leur escale technique en Nouvelle-Zélande à bord de leur monocoque bien fiabilisé.

Une belle course poursuite est engagée entre ces deux équipages. Anna Corbella ne se laisse pas tromper et se garde bien de vendre la peau du duo hispano-chilien avant de l’avoir doublé. Pourtant en ce 47è jour de course, elle affiche une belle sérénité. Elle promet de ne rien céder, même si sa priorité première reste de préserver le matériel et l’intégrité du bateau. Celle qui est devenue la première femme espagnole à boucler un tour du monde à la voile lors de la précédente édition de la course sait aussi qu’elle peut compter sur les longues heures d’entraînement et sa préparation minutieuse aux côtés de Gerard Marin pour s’accrocher avec une belle constance. Et maintenir la distance, sous ces latitudes australes, avec ce redoutable adversaire qui n’a jamais fait mentir son rôle de favori.

On the road again…

A bord de Renault Captur, Sébastien Audigane et Jörg Riechers, comme tous leurs concurrents, connaissent leur lot de soucis techniques. Le dernier en date – un morceau de peau extérieure du safran tribord arraché – les a mis à pied d’œuvre pour rapidement trouver une solution et réparer avant que cette avarie ne s’aggrave. Ce matin, ils ont donc, au prix d’une périlleuse manœuvre, enfilé une « chaussette » (sorte de peau extérieure, ou profil, de secours) sur ce safran endommagé. Des efforts vite récompensés puisque le duo germano-français a repris sa marche avant, à 13-14 nœuds. C’est reparti pour le grand tour en dire ction du cap Horn.

Dans la seconde moitié de la flotte, cette nouvelle semaine débute aussi sous le signe des conditions rugueuses et exigeantes de rigueur sous ces latitudes hostiles. Hier dans la soirée, les deux bizuths des mers australes de One Planet, One Ocean & Pharmaton ont franchi la longitude de Leeuwin. Ils concédaient alors 9 jours et 5 heures sur le leader Cheminées Poujoulat. Spirit of Hungary, qui ferme la marche de la course, y est attendu dans les prochaines 24 heures. Mais pour y arriver, Nandor Fa et Conrad Colman vont d’abord devoir courber l’échine sur une mer très formée dans des rafales puissantes à plus de 40 nœuds. En découdre, en somme, dans des conditions dignes du Grand Sud…

Classement 14 H TU :

  1. Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 9 878 milles de l’arrivée
  2. Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 1 181 milles
  3. GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 1 245 milles
  4. Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 1 492 milles
  5. We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 2 539 milles
  6. One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 3 238 milles
    Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 4 018 milles

Ils ont dit

Anna Corbella (GAES Centros Auditivos) :

Actuellement, nous progressons très bien, au portant dans 20-25 noeuds de vent d’ouest. Notre objectif est de nous rapprocher. Je ne vais pas dire qu’on va rattraper Neutrogena, parce que ce sera difficile, sachant que Guillermo (Altadill) va être sur la brèche. Mais nous allons essayer de contenir l’écart jusqu’en Atlantique, où il y aura plus d’options tactiques. Nous avons parcouru quelque 12 000 milles, et le matériel montre des signes de fatigue, plus particulièrement les voiles. Mais nous sommes contents, nous maintenons de bonnes vitesses moyennes. Nous savons que si nous devons tirer sur le bateau, nous sommes en mesure de le faire, mais nous savons aussi qu’il reste la moitié de la course. Nous allons donc faire très attention.

Conrad Colman (Spirit of Hungary) :

C’est toujours satisfaisant de faire des bonne s vitesses avec un bateau de course, c’est pour ça qu’on est ici. On regarde toujours la position, la tactique et les vents de One Planet, One Ocean & Pharmaton. On garde toujours l’espoir d’arriver à le doubler un jour, mais il est quand même à 700 milles devant nous. Jusqu’ici nous n’avons pas eu beaucoup de chance avec la météo donc il fallait que ça change pour l’envisager vraiment. Mais on n’a certainement pas jeté l’éponge et on fait tout pour pousser le bateau au maximum. Comme la Méditerranée et l’Atlantique, l’océan Indien n’a pas toujours été très sympa avec nous. Nous n’avons pas eu les mêmes conditions que les autres, du coup nous avons perdu encore plus de temps. Mais, je croise les doigts pour le Pacifique, qui, je l’espère, nous offrira l’occasion de trouver un peu plus de puissance.

Source

Barcelona World Race

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