Duel Pacifique

© GAES

En franchissant, respectivement hier à 21h30 TU et ce matin à 10h20 TU la longitude 146°E, Cheminées Poujoulat et Neutrogena sont entrés dans l’océan Pacifique. Insensiblement, le ton va changer, la houle va devenir ample, avec un train de dépressions semblable à celui fréquenté dans l’océan Indien. Une fois les derniers chapelets d’îles néo-zélandaises passés, ils feront face à un vaste désert liquide avant d’approcher la Terre de Feu et le cap Horn. Un autre univers qu’ils abordent en chasseur chassé, creusant toujours plus l’écart avec les cinq autres concurrents.

Gigantesque et unique. L’océan Pacifique préfigure la délivrance d’un retour à la maison qui commence. Elle se mérite au prix d’une traversée de quelque 5500 milles pour les concurrents de cette édition, qui auraient la bonne fortune de pouvoir suivre la zone d’exclusion des glaces. Plus ils surferont vers le sud, le cap Horn se situant à la lat itude 56°S, plus le chemin sera court. Et tendu. Car dans ces zones, la dérive des growlers, indétectables au radar, exige une veille permanente. Elle se mérite aussi car l’océan Pacifique offre aux marins l’expérience vertigineuse de l’éloignement de tout.

Expérience

Plus que d’autres dans cette troisième édition, Bernard Stamm, Jean Le Cam et Guillermo Altadill ont déjà arpenté les lieux. L’expérience n’est jamais de trop dans la course au large, bien au contraire. A leur retour, ils essaient de partager avec des mots vains une aventure à nulle autre pareille. Sur le moment, la course conserve tous ses droits avec néanmoins cette petite poussée d’adrénaline à l’heure de franchir la longitude de 180°E qui marque l’antiméridien – ou le changement d’heure pour les simples terriens- et le début du retour. « Ça, c’est bon ! » , a résumé Jean Le Cam qui estime à jeudi le saut au-delà de cette li gne imaginaire.

Jeu des 1000 bornes

Le combat des chefs étire toujours plus la distance et le temps avec les cinq autres bateaux de la flotte. Quelque 1400 milles séparent désormais les deux leaders de GAES Centros Auditivos. Anna Corbella et Gerard Marin ont doublé la nuit dernière (0h45 TU) le cap Leeuwin, Jörg Riechers et Sébastien Audigane à bord de Renault Captur devraient suivre cette nuit. Les deux équipages ont chacun vécu une belle frayeur lors du passage du « monstre », un front dépressionnaire costaud, typique des mers du Sud. A plus de 2000 milles, Bruno et Willy Garcia (We are Water) attendent le même phénomène pour la fin de semaine. A plus de 3000 milles et à presque 4000 milles de Cheminées Poujoulat, One Planet One Ocean & Pharmaton et Spirit of Hungary ferment la procession.

Classement à 14h00 TU :

  1. Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 11941,5 milles de l’arrivée
  2. Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 219,6 milles
  3. GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 1401,1 milles
  4. Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 1698,2 milles
  5. We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 2332,7 milles
  6. One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 3251,9 milles
  7. Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 3908,8 milles

Ils ont dit :

Jean Le Cam (Cheminées Poujoulat) :

Le ciel s’est dégagé un peu, il y a même des coins de ciel bleu. On a des vents de 20-25 nœuds au portant, et la mer s’est calmée. Pour le moment, ce sont de bonnes conditions. On a bombardé pas mal effectivement. La mer était assez maniable, donc tu peux te permettre d’aller plus vite. C’est toujours la mer qui dirige. Le vent, c’est une chose mais c’est l’état de la mer qui calme la vitesse des bateaux. A certains moments, tu ne peux pas lutter.Il vaut mieux être le chassé que l’inverse, c’est vrai que derrière, ils sont rapides, on est obligé de suivre. Forcément, ce n’est pas de tout repos! Maintenant, on va faire le point dans le bateau, faire le tour des choses indispensables. Là, ça fait plaisir, on va passer le 180°E dans une soixantaine d’heures. On va passer d’est en ouest, et ça, c’est bon ! No us sommes un peu fatigués après une journée difficile mais ça va, pas de soucis.

Willy Garcia (We are Water) :

Les premiers jours dans l’océan Indien, vous êtes impressionné par le froid, le ciel gris et la mer, les vagues sont hautes et il y a toujours plus de vent que sur les fichiers météo. Depuis quelques jours, nous nous sommes habitués. Au début, pour des Méditerranéens comme nous, le froid nous frappe beaucoup. On a eu un petit problème avec le chauffage qui était en panne. Mais on a pu réparer.Tous les quatre jours, nous envoyons un email à One Planet One Ocean, à Cheminées Poujoulat, parfois aussi à GAES. Nous sommes très, très heureux de notre course. Pour nous, c’est juste génial d’’avoir pu être au départ, d’être dans le Sud aujourd’hui, proche de l’Australie. C’est presque un rêve.

Sébastien Audigane (Renault Captur), par message :

Alors que nous naviguions dans 35 nœuds et une mer formée, nous allions prendre le deuxième ris. Au moment où je montais sur le pont, le pilote automatique n’a pas pu contrôler la puissance d’une vague de côté qui a soulevé le bateau par l’arrière. Résultat : un départ a l’abattée spectaculaire ! Renault Captur s’est retrouvé le mât à l’horizontal, en vrac, quille, matos et ballast du mauvais coté, et le Seb accroché à la filière d’une main. À l’intérieur, Jörg a pu choquer la quille rapidement et le temps de choquer en grand, Renault Captur a pu se redresser. Il fallu vite rouler notre valeureux J2 qui, heureusement, n’a pas eu de dommages (à part ses écoutes transformées en sac de nœuds). Plus de peur que de mal !

Anna Corbella (GAES Centros Auditivos ) par message :

Nous avons laissé derrière nous le « monstre » qui a nous a fait souffrir ces dern ières heures. La première rafale est venue avec une intensité plus forte que prévue. Nous naviguions sous petit génois, en configuration pour des vents de 28 nœuds. Alors que je dormais, j’ai entendu le maudit : « Annaaaaaaaaa, viens ! » J’ai jeté un œil à l’écran d’alerte et… 47 nœuds de vent! J’ai vu Gerard très concentré à la barre pour éviter de perdre le contrôle du bateau. J’ai dit ; « Du calme, je vais enroule la voile seule ». Je suis restée toute étonnée de la vitesse avec laquelle j’ai tourné le winch et je me suis dit : « Tu vois, Anna, dans les situations extrêmes, tu trouves des forces là où il n’y en a pas. » J’ai continué, continué… jusqu’à puiser dans mes dernières ressources. « Elle doit être enroulée », j’ai pensé. J’ai regardé à travers la grêle, et rien. L’enrouleur avait cassé. Encore du bricolage à ajouter à la liste !

Conrad Colman (Spirit of Hungary) sur son blog :

Après la publication de «Autour du monde en 80 jours», Jules Verne a placé la barre bien haut pour tous les navigateurs autour du monde. (…) Cela fait aujourd’hui 40 jours que nous sommes partis et alors que nos héros Mr Fogg et son compagnon Passepartout seraient sûrement entre Hong Kong et Yokohama, nous sommes toujours dans le brouillard en plein océan Indien! Avec encore 16 000 milles à parcourir, je suis content de ne rien avoir parié avec Mr Fogg mais nous n’avons pas eu beaucoup de chance avec la météo !

Source

Barcelona World Race

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