Va doucement, c’est tout bon

Bernard Stamm et Jean Le Cam (FRA) à bord de l'IMOCA 60 Cheminées Poujoulat

© Jacques Vapillon

Trois ris dans la grand-voile, un point c’est tout. C’était la toile adoptée ce matin par l’équipage de Cheminées Poujoulat qui, bien au chaud à l’intérieur, attendait que le gros de la dépression tempétueuse soit passé, avant de refaire route vers l’est. Fatalement, l’écart s’est considérablement resserré avec Neutrogena même s’il apparaît aussi que Guillermo Altadill et José Muñoz, au vu des vitesses enregistrées, ont eux aussi mis le pied sur le frein. Dans une conversation avec son équipe, le navigateur suisse Bernard Stamm reconnaissait que c’était la première fois dans toute sa carrière de coureur qu’il freinait volontairement son bateau. Il faut un début à tout.

Gérer la transition

Pour l’heure, c’est paradoxalement plutôt tranquille pour les deux équipages de tête. Il suffit de faire le dos rond, de laisser passer le gros du mauvais temps devant les étraves. C’est tout au plus parfaiteme nt inconfortable, même si l’on ne peut jamais exclure la déferlante vacharde qui vient s’abimer sur le pont et tout dévaster sur son passage. L’équipage de Cheminées Poujoulat annonçait malgré tout 45 nœuds de vent et des creux de 7 à 8 mètres. On a connu plus douces conditions.

Pour les deux équipes de tête, la principale difficulté va être de savoir quand remettre en route et sur quel tempo. Trop rapide, on risque de se jeter dans la gueule du loup qu’on a patiemment évité, sans compter le risque de casse. Trop lent, on accepte de laisser ce système météo partir devant, sans profiter des régimes d’ouest soutenus, synonymes de belles moyennes. La journée de demain risque d’être particulièrement tonique. C’est là que toute l’expérience et l’intelligence des marins sont nécessaires : il faut apprendre à être en phase avec ce que peut supporter le bateau, à sortir de la léthargie forcée qu’ont imposée ces heures de mer à la cape… Un exercice délicat qui pourrait conditionner le contour des jours à venir.

L’heure des confidences

Derrière, on n’a pas ces états d’âme. A bord de GAES Centros Auditivos, Anna Corbella et Gerard Marin ont repris leur marche en avant, enfin débarrassés de l’anticyclone des Mascareignes. Mais ils ont maintenant l’équipe de Renault Captur qui leur file le train et n’entend pas s’en laisser conter. We Are Water a repris sa marche en avant et creuse l’écart sur One Planet One Ocean & Pharmaton, pendant que Spirit of Hungary est, lui aussi, entré dans l’océan Indien.

Effets des mers du Sud, sentiment d’isolement plus fort ? Les marins délaissent volontiers dans leurs messages les considérations purement tactiques pour se laisser aller à quelques révélations sur leur vie à bord. Ce sont les chaussettes trempées de Nandor Fa à bord de Spirit of Hunga ry, les éclats de rire des frères Garcia qui savourent leur complicité ou la fierté émue de Guillermo Altadill apprenant que son fils embarquait sur l’équipage espagnol de MAPFRE pour la prochaine étape de la Volvo Ocean Race entre Sanya et Auckland. Les deux risquent d’être ensemble aux antipodes, mais il y aura tout de même près de 1000 milles, de la Nouvelle-Zélande aux Quarantièmes du Pacifique Sud, pour les séparer.

Classement à 14h00 TU :

  1. Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 14 642,4 milles de l’arrivée
  2. Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 160,6 milles
  3. GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 1024,4 milles
  4. Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 1301,2 milles
  5. We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 1977,6 milles
  6. One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 2500,9 milles
  7. Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 2892,44 milles

Ils ont dit :

Guillermo Altadill (Neutrogena) :

La hauteur des vagues, la force du vent, le bruit, tout a grandi. L’océan Indien nous rappelle qui est le patron ici. On va prendre les anticyclones comme une pause, une respiration, l’opportunité de se reposer et de reprendre des forces. J’ai reçu un e-mail de mon fils qui me souhaitait bonne chance et me racontait qu’il allait embarquer avec l’équipe de MAPFRE sur la Volvo. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou si c’est parce que je vieillis, mais ça me bouscule de voir ce gamin qui naviguait encore récemment en Optimist, qui écoutait mes histoires de mer et n’avait de cesse de me demander si j’avais vu des dauphins ou des baleines. Et maintenant il va accomplir le rêve de tout marin, partir autour du monde.

Sébastien Audigane (Renault Captur) :

Ça roule. On a du vent depuis ce matin, on a été un peu ralenti cet te nuit, on était près de l’anticyclone et on a eu des vents un peu légers et il fallait empanner plusieurs fois. Là c’est reparti, on a 19 nœuds, le vent devrait basculer au sud-ouest, ça va, ça glisse bien, il fait super beau, il ne fait pas froid, c’est assez tranquille. On est revenu très fort il y a deux jours quand on était au reaching, on est même revenu à 150 milles. On savait cette nuit qu’on allait reperdre du terrain parce qu’ils ont eu un vent de SW avant nous et un peu plus fort. C’est super, on va être aux alentours de 250 milles, ça fait un petit copain avec qui jouer pas très loin, ça nous remotive pour la suite.

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) :

Ce n’est pas super agréable car nous progressons avec un flux de sud, vent de travers. Le point positif, c’est que comme nous freinons depuis plus de 24 heures pour éviter de nous retrouver au cœur du plus gros de la tempête, ce n’est pas « Verdun ». Hier, nous étions sous trinquette avec trois ris dans la grand-voile. Depuis quelques heures, nous n’avons plus rien à l’avant. Nous n’avons donc pas beaucoup de vitesse et nous sommes un peu exposés aux vagues mais ça va bien. Nous en profitons pour faire un peu d’entretien, de matelotage puis manger et dormir car quand nous allons relancer, nous serons toujours dans la dépression et ce sera musclé encore un moment. Mieux vaudra donc être un peu reposé. Pour l’instant, je ne suis pas encore trop entré dans le détail mais il est certain que les jours à venir s’annoncent mouvementés car derrière la tempête, il va nous rester 35 nœuds de vent et ça ne va pas se calmer très vite.

Source

Barcelona World Race

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