La belle vie, toutes voiles dehors

© Gilles Martin-Raget

Un mois qu’ils sont partis, qu’ils ont laissé Barcelone, les proches, les amis, leur équipe technique à la veille du premier de l’an, sous un soleil printanier. Un mois durant lequel ils ont déjà connu trois saisons, le printemps en Méditerranée et sous les tropiques, l’été austral au large du Brésil et l’hiver dans ces mers du Sud qui ne connaissent pas d’autres saisons. Première constatation : les couples formés au départ semblent bien tenir le choc. Pour cette troisième édition de la Barcelona World Race, tout le monde a eu le temps d’intégrer que la bonne entente d’un tandem était une condition sine qua non de la réussite du projet et qu’il était nécessaire que chaque équipier sache faire régulièrement un pas vers l’autre.

Complémentaires ou interchangeables ?

En tête de course, c’est visiblement l’entente cordiale entre des navigateurs qui ont décidé d’emblée de laisser leur éventuel ego au ve stiaire pour jouer la carte de la concertation. Les expériences individuelles d’un Bernard Stamm, d’un Jean Le Cam d’un Guillermo Altadill ou d’un José Muñoz pourraient suffire pour mener un bateau autour du monde. Mais à deux, on est plus fort, plus réactif… on peut même devenir plus intelligent, pour peu qu’on sache discerner ressemblances et différences dans la manière de naviguer et qu’on les utilise pour progresser.

D’autres ont préféré jouer la carte de l’expérimentation préalable : Anna Corbella et Gerard Marin (GAES Centros Auditivos) se connaissent quasiment par cœur depuis plusieurs mois qu’ils naviguent ensemble. Idem pour Didac Costa et Aleix Gelabert (One Planet One Ocean & Pharmaton) qui se fréquentent depuis qu’ils ont commencé à naviguer sur le circuit Mini. Que dire enfin des frères Garcia (We Are Water) qui entretiennent au quotidien une relation quasi fusionnelle.

Enfin, certains ont accepté d’entrer dans une relation où l’expérience de l’un lui confère une autorité évidente. Sébastien Audigane et ses nombreux tours du monde apportent une confiance indéniable à Jörg Riechers (Renault Captur) pour qui c’est la première fois. De même Conrad Colman met tout son enthousiasme à mener au mieux un Spirit of Hungary que Nandor Fa a construit pratiquement de A jusqu’à Z. Ici la transmission d’expérience est un vecteur d’harmonie à bord.

Coup de frein volontaire

En tête de flotte, on est loin de ces considérations. Au vu de ce qui attend les deux équipages de Cheminées Poujoulat et Neutrogena, on imagine plutôt que toute leur intelligence est tendue vers un seul objectif : comment sortir du piège qui se dresse devant leur étrave avec la dépression tempétueuse qui s’annonce ? Jean le Cam et Bernard Stamm ont affuté leur réponse. Ils ont décidé de freiner volontairement le ur bateau de manière à laisser passer le gros de la dépression devant eux, quitte à remettre les pendules à zéro avec Neutrogena. Sous trinquette et trois ris, Cheminées Poujoulat a considérablement ralenti. Il est rare que l’on voit des coureurs du large le pied sur la pédale de frein, mais c’est peut-être la meilleure des preuves d’intelligence que de savoir ne pas se laisser déborder par les enjeux de la compétition. Pour gagner une course, encore faut-il la finir.

Classement à 14h00 TU :

  1. Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 14 885,2 milles de l’arrivée
  2. Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 217,8 milles
  3. GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 1112,6 milles
  4. Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 1274 milles
  5. We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 2022 milles
  6. One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 2408,2 milles
  7. Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 28176,4 milles

Ils ont dit :

Conrad Colman (Spirit of Hungary) :

Nandor et moi, sommes très différents, mais on s’entend vraiment bien, on apprécie la compagnie l’un de l’autre. J’aime bien parler avec lui de ses expériences passées, écouter ses anecdotes. La nuit dernière, il m’a préparé un thé de sa confection avec un peu de miel et une larme de vin rouge du lac Balaton. On partage vraiment de bons moments ensemble…

Anna Corbella (GAES Centros Auditivos) :

On regarde, vu que Renault Captur s’approche de nous toujours plus. Ça nous énerve parce qu’ils étaient vraiment loin. Et maintenant, par malheur, il y a cet anticyclone qui leur permet de nous rattraper. Ils ne se sont pas arrêté, ils n’ont fait que reprendre des milles, c’est exact ? On sait que ce ne sera pas facile pour eux de nous doubler car avec les mêmes conditions météo, on a toujours été plus ra pide qu’eux, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

Aleix Gelabert (One Planet One Ocean & Pharmaton) :

Après 32 jours de navigation, nous avons franchi un palier, le passage du cap de Bonne-Espérance. C’est le premier des trois caps que nous devons doubler avant de terminer cette course : Bonne-Espérance, Leeuwin et le Horn. Bonne-Espérance est la porte de l’océan Indien, dont la réputation tient à ses tempêtes, ses vagues, ses vents forts en permanence. Actuellement, on le trouve bien calme et docile. Pour Didac et moi, c’est une première de doubler ce cap de Bonne-Espérance et on ne l’oubliera pas de sitôt. On a maintenant 4200 milles pour notre prochain grand objectif, le cap Leeuwin, qu’on va aborder avec la même émotion que le premier jour quand nous sommes partis de Barcelone. On est reposé, OPOO est en parfait état, et on a un océan à traverser, à découvrir.

L’avis de Jérémie Beyou, skipper de Maître CoQ sur la Barcelona World Race :

C’est très serré, très intéressant. On constate deux manières de naviguer différentes. Guillermo est un peu à l’école d’Alex Thomson avec des trajectoires tranchées. C’est une manière de faire assez agressive, avec la nécessité d’être en permanence à l’attaque. Les trajectoires de Cheminées Poujoulat sont beaucoup plus lisses. Je crois reconnaître la patte de Jean dans cette manière de naviguer. Le virage à gauche à la fin de l’Atlantique Sud en est un bel exemple.

Source

Barcelona World Race

Liens

Informations diverses

Sous le vent

Au vent

Les vidéos associées : IMOCA