Duel sous hautes pressions

© Manuel Medir

Aujourd’hui encore, rien ne semble vouloir départager Neutrogena et Cheminées Poujoulat qui se bousculent en tête de flotte et s’épient à quelques milles l’un de l’autre. Ce matin, Guillermo Altadill et José Muñoz sont réapparus à la lumière des classements, quelques longueurs dans le tableau arrière du bateau mené par Bernard Stamm et Jean Le Cam. Sur l’eau, la tension monte d’un cran au passage d’une zone délicate aux abords des calmes anticycloniques.

C’est à 9h TU ce matin que Neutrogena est sorti du mode furtif qu’il avait souhaité activer 24 heures plus tôt, espérant profiter de naviguer caché pour saisir une occasion que l’anticyclone de Sainte Hélène voudrait bien lui offrir, et se démarquer. Mais le scénario ne s’est pas déroulé comme prévu. La faute au système météorologique d’abord, qui a fermé la porte aux divergences tactiques.

Collés-serrés

La faute ensui te à un problème technique dans le suivi cartographique des positions, qui a privé le duo catalan-chilien de pouvoir pleinement profiter de ce joker en traçant son sillage sous couvert d’invisibilité. Résultat : c’est sans surprise qu’il a retouvé sa place, là où il l’avait laissée hier, à une jetée de milles de Cheminées Poujoulat toujours aussi accrocheur. Le mode furtif (Ghost Mode), mis en œuvre pour Neutrogena, n’a en effet pas fonctionné comme il l’aurait dû. Les autres équipages ont pu recevoir la position de ce bateau fantôme tout au long de ces 24 heures. Ce dysfonctionnement est dû à un problème technique désormais résolu.

Sur l’eau, la régate n’en a pas moins perdu ses droits. Au contraire, elle redouble d’intensité à mesure que la tête de flotte progresse dans une zone de transition. Comme en témoignent leurs vitesses moyennes, de 10 à 12 nœuds sur les dernières 24 heures, les trois pre miers ont réduit l’allure. Dans ces conditions plus complexes, les duettistes, suivis par le tandem de GAES Centros Auditivos (Corbella/Marin) se préparent à présent à allonger la foulée à l’avant d’un front froid venu du cap Frio (nord-est de Rio de Janeiro). Ils ont la garantie de bientôt goûter aux premières saveurs de longues glissades au portant dans flux d’ouest de 25-30 nœuds et sur une mer plate. Des bonnes conditions de glisse qui leur promet d’accélérer le rythme dès le début de la semaine prochaine.

Pépin technique à bord de Renault Captur

Plus au nord, le duo de Renault Captur a connu hier des heures difficiles, alors qu’il tentait une option les emmenant couper au plus court vers la route directe. Aux prises avec son rail de mât, le duo germano-français a dû affaler sa grand-voile et sortir la boîte à outils. Si tout n’est pas encore en place, Jörg Riecher et Sébastien Audigane ont repris leur route. Ils profitent aujourd’hui des conditions d’alizé modéré pour finir leurs réparations. Ils espèrent vite se remettre en ordre de bataille, et en découdre à leur tour avec l’anticyclone de Sainte-Hélène.

Ce samedi, toute la flotte de la Barcelona World Race progresse dans les eaux de l’Atlantique Sud. Spirit of Hungary, qui ferme la marche, a franchi l’équateur ce matin, à 7h45 TU. Pour Nandor Fa et Conrad Colman, une nouvelle course démarre aux détours du vaste système de hautes pressions. Un obstacle majeur que les leaders s’apprêtent, aux portes des 30° de latitude sud, à laisser dans leur tableau arrière…

Classement à 14h00 TU

  1. Cheminées Poujoulat (B Stamm – J Le Cam) à 20308,3 milles
  2. Neutrogena (G Altadill – J Muñoz) à 9,6 milles
  3. GAES Centros Auditivos (A Corbella – G Marin) à 84 milles
  4. Renault Captur (J Riechers – S Audigane) à 179,3 milles
  5. We Are Water (B Garcia – W Garcia) à 471,1 milles
  6. One Planet One Ocean & Pharmaton (A Gelabert – D Costa) à 539,7 milles
  7. Spirit of Hungary (N Fa – C Colman) à 845,2 milles
    Hugo Boss (A Thomson – P Ribes) abandon

Ils ont dit

Guillermo Altadill (Neutrogena) :

C’est très mou depuis deux heures, et nous voyons Cheminées Poujoulat trois milles devant nous. La nuit dernière, il y avait des nuages avec lesquels nous avons bien joué. Nous avons été en tête pendant quelques milles. Ils (Bernard Stamm et Jean Le Cam) l’ont vu, ils ont donc changé de voile pour revenir sur nous. Sincèrement, nous n’avons pas su ce qui se passait, parce que nous ne savions pas quelle était leur position.

Bruno Garcia (We are Water) :

Pour Willy et moi, le passage de latitude de Salvador de Bahia est symbolique. Nous y sommes déjà passés, chacun sur son bateau, lors de la Mini Transat 2003. Là, on va affronter le passage de l’anticyclone de Sainte-Hélène. On ne sait pas trop quelle sera la suite, ce qui nous attend. Pour l’instant, on sait que l’anticyclone est très puissant et placé très sud. Il faut faire route ouest pour trouver un passage jusqu’aux vents d’ouest.
Le bateau a déjà fait deux ou trois tours du monde, c’est un bon bateau. Il connait mieux ces latitudes que nous. On se prépare à rencontrer beaucoup plus de vent et de mer que ce que nous avons eu jusqu’ici. On va rentrer dans un mode de préservation du bateau et des bonhommes.

Didac Costa (One Planet, One Ocean & Pharmaton) :

On étouffe et la chaleur est intense. Ce n’est qu’à partir de la mi-journée, quand le soleil s e cache derrière la voile d’avant que nous supportons de sortir dehors sur le pont. On ne fait pas plus d’un ou deux changements de voiles par jour, notamment quand il y a des accélérations du vent dans la nuit. Les rafales ne durent pas longtemps, elles nous permettent de gagner deux ou trois nœuds de vitesse, mais nous devons rester prudents et conservateurs pour réduire la voilure à temps. Les conditions sont favorables au repos et la navigation est très agréable dans un vent modéré et sur une belle mer… On en oublie parfois même que nous sommes en course !

Source

Barcelona World Race

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