Un Alsacien en route vers le Vendée Globe

© NIS & FOR Photographes

Nul besoin de grandir en bord de mer pour prétendre au tour du monde en solitaire. Originaire d’Alsace, Nicolas Boidevézi, 32 ans, le prouve avec panache. Après avoir parcouru plus de 30 000 milles en course en Mini 6.50, il souhaite concrétiser la dynamique lancée dans sa région autour de sa participation au prochain Vendée Globe. Rencontre.

Tu as récemment remporté la deuxième étape de l’épreuve Les Sables-Les Açores-Les Sables. Remonter le chenal des Sables-d’Olonne en tête : voilà un beau symbole pour un skipper qui rêve de Vendée Globe !
Nicolas Boidevézi :

Clairement, oui. Ce résultat superbe, obtenu au bon endroit et au bon moment, tombe à pic. Remporter la seconde étape aux Sables et décrocher la deuxième place au classement général : j’avais déjà fait le coup il y a deux ans. Cette année, j’ai accumulé du retard sur Giancarlo Pedote lors de la première manche vers Horta. Mais le deuxième acte a été magnifique dans du vent soutenu au portant. J’étais en phase avec les conditions météo et le bateau est arrivé en parfait état. Je suis d’autant plus satisfait que Les Sables-Les Açores-Les Sables constitue la deuxième course principale du circuit avec la Mini Transat. L’épreuve n’a rien à envier à la transat : elle est tout aussi complexe, sur un parcours plus réduit. Cela induit un rythme de course très soutenu.

S’agissait-il de ton ultime course en Mini 6.50 ?

Oui. J’adore ces machines et l’ambiance du circuit Mini. Mais je suis un homme de challenges, j’aime le changement, monter des projets innovants m’excite. J’évolue dans le circuit Mini depuis 2009, j’ai trois Mini Transat et trois Les Sables-Les Açores-Les Sables à mon actif. J’ai parcouru plus de 30 000 milles en course, soit davantage qu’un tour du monde. Il est temps de passer à autre chose, de quitter la famille Mini pour intégrer celle de l’IMOCA. Mais je reviendrai sûrement un jour au Mini…

Faire sortir l’Alsace du bois

Quelle est la philosophie de ton projet pour le Vendée Globe ?

Je suis Alsacien d’origine et j’ai vécu 20 ans là-bas. Mes racines sont ancrées dans ce territoire à forte identité et plein de valeurs dans lesquelles je me retrouve : l’audace, l’entreprenariat, la prise de risque. J’ai toujours gardé un lien avec ma région dans mes différents projets sportifs. Il n’y a pas de raison que cela change pour le Vendée Globe. Ce sera même l’aspect central de ma communication. Je veux faire sortir l’Alsace du bois, l’emmener avec moi sur les océans, participer à son rayonnement. Le fait que ce ne soit pas une région côtière n’est pas un handicap, au contraire. Elle n’est pas attendue dans le domaine maritime et c’est toujours percutant de sortir de sa zone de confort. Fédérateur, mon projet vise à réunir les acteurs économiques au sens large : entreprises, collectivités, associations… L’idée : avoir entre deux et quatre partenaires principaux, puis des sponsors secondaires. Je souhaiterais aussi intégrer une petite part de financement participatif pour associer le grand public à mon aventure.

Concrètement, où en sont tes recherches à ce jour ?

Elles sont bien avancées car elles ont débuté il y a deux ans. J’ai rencontré beaucoup de prospects, passé énormément de temps au téléphone, en déplacement. Le message est bien passé auprès des diverses entités : on sait qu’un skipper alsacien veut faire le Vendée Globe. La toile d’araignée se tisse de jour en jour. C’est une première victoire mais il faut désormais concrétiser. Cela demande du temps, de la disponibilité. Jusqu’à présent, je voulais garder le contact avec l’eau et le haut niveau, pour montrer que j’étais présent sportivement et médiatiquement. C’est un grand challenge d’être à la fois marin et chef de projet Vendée Globe. Désormais, je vais me consacrer à 100 % à la recherche de partenaires, même si je n’exclus pas quelques régates à l’automne.

Commencer à naviguer début 2015

Quel est ton projet sportif pour le Vendée Globe ?

Je vais m’orienter vers un bateau d’occasion pour rester dans un budget raisonnable. Je pense aux IMOCA de la génération 2001-2004 comme l’ancien Savéol avec lequel Sam Davies a pris le départ du Vendée Globe 2012-13. J’ai beau être un compétiteur, je ne ressentirais ni complexe ni honte en faisant un premier Vendée avec un projet non gagnant, comme Tanguy de Lamotte ou Alessandro di Benedetto lors de la dernière édition. Cela aurait du sens pour moi mais aussi pour mes partenaires : ces projets d’aventuriers engendrent autant de retombées médiatiques que ceux jouant la gagne. Niveau timing, j’aimerais commencer à naviguer début 2015, avec une participation à la Transat Jacques Vabre en fin d’année.

Le Vendée Globe, c’est un rêve de gosse ?

Oui. Comme beaucoup de marins, cette course me fait vibrer depuis tout petit. Vu d’Alsace, elle semblait un rêve très lointain, voire totalement inaccessible. Et pourtant, grâce à mon expérience en Mini 6.50, ce qui relevait de l’utopie devient réalisable. Aventure, solitude, franchissement des trois caps, partage, dépassement de soi… Il y a tout dans cette course !

Comment envisages-tu le passage du Mini 6.50 au 60 pieds IMOCA, trois fois plus long ?

Très bien. Mes expériences en IMOCA se comptent sur le doigt d’une main. Mais je me suis tout de suite senti à l’aise à bord car naviguer avec un prototype performant en Mini 6.50 s’avère une très bonne école, même si l’échelle n’est pas du tout la même. Aujourd’hui, je suis armé pour gérer un 60 pieds mais je sais qu’il me reste énormément à apprendre.

Propos recueillis par Olivier Bourbon / agence Mer & Média

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