Beyou-Horeau-Dalin : le trio couronné

Un vainqueur expérimenté, Jérémie Beyou, qui remporte la dernière étape et sa troisième Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire pour sa quatorzième participation et deux jeunes de 25 ans (Corentin Horeau) et 30 ans (Charlie Dalin) qui montent sur le podium pour leur troisième participation ! Cette 45ème édition a offert un superbe melting-pot de conditions météorologiques, quatre vainqueurs d’étape différents et un final incertain jusqu’à l’arrivée à Cherbourg-Octeville…

Tout s’est joué dans les derniers cinquante milles de cette ultime étape entre Les Sables d’Olonne et Cherbourg-Octeville, un parcours raccourci à 440 milles qui a définitivement usé jusqu’à la corde, les 36 solitaires encore en course (deux abandons définitifs sur quatre manches : Joan Ahrweiller et Claire Pruvot). Car c’est dans une belle brise contraire de plus de 25 nœuds que débutait cette quatrième étape où les plus pressants des prétendants à la victoire finale étaient encore quatre avec moins d’une heure d’écart au leader, Jérémie Beyou (Maître Coq) : Corentin Horeau (Bretagne-Crédit Mutuel Performance, à 15’13), Charlie Dalin (Normandy Elite Team à 18’57), Gildas Mahé (Interface Concept à 24’02) et Alexis Loison (Groupe Fiva à 51’30)…

Contrôler les attaques

Et ça débutait très mal pour le premier au classement général provisoire puisqu’il se retrouvait au vent de la flotte en compagnie de certains autres outsiders, bloqué dans une zone de grains, quand Corentin Douguet (Un Maillot pour la Vie) avec Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) et Vincent Biarnes (Guyot Environnement) s’envolaient du côté de Belle-Île. Plusieurs favoris pour cette quatrième manche tels Yann Eliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir), Gildas Morvan (Cercle Vert), Adrien Hardy (Agir Recouvrement) se faisaient aussi enferrer et il leur fallut bien de l’énergie pour revenir aux avant-postes juste avant la première bouée à contourner, l’Occidentale de Sein…

Sous la pluie avec plus de 20 nœuds de brise de Sud-Est, puis d’Est, les spinnakers fleurirent pour parer Ouessant, virer la bouée de Portsall et traverser la Manche vers le cap Lizard. Corentin Douguet menait toujours le train, mais Yann Eliès, puis Paul Meilhat (SMA) lui rendirent la politesse au passage de la bouée The Manacles. Il fallait ensuite piquer directement sur Cherbourg-Octeville puisque le parcours avait été raccourci. 135 milles au louvoyage pour en finir, avec quelques obstacles d’importance sur la route : le DST (séparation du trafic maritime) des Casquets, les îles anglo-normandes, le raz Blanchard et les courants de marée puissants du Cotentin !

Jouer au centre

En jouant au centre d’une meute qui s’était dispersée, Jérémie Beyou pouvait contrôler les réactions de ses plus dangereux concurrents. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que presque la moitié de la flotte était revenue au contact : les attaques fusaient de partout avec Adrien Hardy ou Gildas Morvan qui partaient au large quand les leaders frôlaient les roches de Guernesey. Ce n’est que dans le raz Blanchard que l’issue se décantait quand Jérémie Beyou repartit à terre pour mieux se caler devant le groupe de tête désormais en file indienne.

Les arrivées se succédaient à Cherbourg derrière Jérémie Beyou qui s’imposait donc mercredi à 11h20’50 avec panache après trois places de troisième et une victoire d’étape, la septième de sa carrière de Figariste ! Notons aussi que le Breton avait déjà fait parler la poudre lors du prologue Eric Bompard cachemire à Deauville, brisant ainsi un tabou qui laissait entendre que le vainqueur de cette régate spectacle n’avait jamais remporté La Solitaire !

La nouvelle génération

Il y avait déjà eu des alertes lors des dernières éditions quand les « jeunes » qui n’accumulaient que deux ou trois participations, vinrent remporter une étape : Adrien Hardy en 2010, Morgan Lagravière en 2013, sans compter les podiums finaux de François Gabart en 2010, de Fabien Delahaye en 2011, de Morgan Lagravière encore en 2012, de Xavier Macaire en 2013 ! La nouvelle vague était décomplexée, studieuse, appliquée et entraînée toute l’année au Pôle de Port-la-Forêt ou ailleurs. Les « vieux » briscards étaient pourtant nombreux au départ de Deauville avec Yann Eliès, Gildas Morvan, Erwan Tabarly, Thierry Chabagny, Vincent Biarnes, Alain Gautier, Jean-Paul Mouren…

C’est donc une nouvelle impulsion qui a été donnée avec Corentin Horeau, Charlie Dalin, mais aussi Gwénolé Gahinet (Safran-Guy Cotten) ou l’armada britannique. En montant sur le podium final, ces deux talents à suivre pour les éditions à venir, marquent le renouveau progressif et surtout la dynamique de La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire : seulement trois participations au compteur et respectivement 25 ans et 30 ans pour Corentin Horeau et Charlie Dalin !

Quatre vainqueurs d’étape et un « bizuth »

Soulignons que deux favoris ont dû abandonner l’idée d’une victoire finale suite à un démâtage lors de la première étape pour Yann Eliès, et après avoir cassé un hauban juste avant le départ de Roscoff pour Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012). Reste aussi le fait que chacune des étapes a été remportée par un solitaire différent : Alexis Loison (Groupe Fiva) pour le parcours Deauville-Plymouth, Yann Eliès pour le deuxième vers Roscoff via le phare du Fastnet, Gildas Mahé (Interface Concept) aux Sables d’Olonne et Jérémie Beyou à Cherbourg.

Enfin, La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire, c’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux talents venus en découdre pour la première fois sur ce circuit particulièrement exigeant. Ils étaient sept au départ de Deauville et tout autant à Cherbourg, preuve que la difficulté de cette 45ème édition ne les a jamais découragés. Au final, c’est Gwénolé Gahinet qui s’impose de 52’19 face au Britannique Sam Matson (Artemis 21) tandis que son compatriote Richard Mason (Artemis 77) s’empare de la troisième marche de ce podium « bizuth » avec 2h39’04 d’écart…

Ils ont dit…

Jérémie Beyou (Maître Coq) : 1er à Cherbourg et 1er au classement général

Ce fut une étape super dure. J’ai deux, trois problèmes à bord qui m’ont fait galéré avec Corentin (Horeau) qui était devant au début. Je me suis dis : la première chose est de rattraper Corentin puis de le garder derrière. Cela a été la partie la plus sympa du parcours en arrivant au petit jour ! Puis tout en faisant gaffe de garder Corentin derrière, je me suis pris au jeu. A un moment, je me retrouve tout seul avec Adrien (Hardy) à droite et j’étais un peu plus inspiré : je l’ai laissé aller à gauche puis c’était trop tard pour lui ! J’ai fais trois podiums avant sur les étapes donc ça n’a pas été une victoire au rabais. Mais malgré tout, ça fait du bien : c’est la dernière étape et je n’avais pas l’habitude de gagner la Solitaire sur une dernière étape. Troisième victoire de La Solitaire, si l’on m’avait dis ça un jour… Cela a été une Solitaire beaucoup plus laborieuse pour moi que les années précédentes et à rebondissement. Démâtage de Yann, l’avarie de Fabien… Je suis resté malgré tout concentré sur mon but d’être régulier…

Adrien Hardy (Agir Recouvrement) : 2ème à Cherbourg

C’était sympa, j’aime bien quand il y a du match comme ça. Finir au contact avec Jérémie (Beyou), c’était bien, il a bien défendu le truc. C’était une vraie bataille de virements avec du contact. J’ai toujours cru en mes chances, j’ai montré que je ne baissais pas les bras et je suis très fier de ça. Beaucoup de plaisir sur l’eau. Il y a eu deux étapes un peu train-train où j’ai joué plus de stratégie. Un peu déçu car je venais pour gagner. Mais c’est La Solitaire, il y a des hauts et des bas ! Globalement je pense avoir été un des acteurs de cette course en prenant des initiatives, un peu trop des fois mais je me suis fait plaisir et j’ai fait ce que j’avais envie de faire !

Corentin Douguet (Un maillot pour la vie) : 3ème à Cherbourg

C’était presque mon étape mais je ne peux être que satisfait de ce résultat. J’ai mené longtemps puis il y a eu le petit passage à niveau de regroupement qui n’a pas joué en ma faveur. Je n’étais pas rapide sur la montée en Angleterre. Je me suis accroché quand même. Ce matin dans le raz Blanchard, on était encore sept à pouvoir claqué l’étape. Il y a eu un virement clef qu’on a réussi à mieux placer avec Adrien (Hardy) et Jérémie (Beyou). Puis on a réussi à conserver nos places. L’objectif était de faire dans les dix premiers au classement général et un podium d’étape : impeccable !

Corentin Horeau (Bretagne-Crédit Mutuel Performance) : 4ème à Cherbourg et 2ème au classement général

Je fais quatrième, c’est pas mal ! J’avais comme objectif de bien marquer Charlie (Dalin) car il va vite au près dans ces conditions. Bilan très positif, je ne m’attendais pas à faire ça au départ à Deauville, mais dans un coin de ma tête, j’en étais capable : c’est fait et c’est bien fait. Ça restera gravé, c’est marqué. Je sais ce que j’ai à améliorer, je ne suis pas assez constant… Cet hiver je vais me concentrer, et bien travailler. Je « psychote » un peu, mais parfois je ne vais pas vite. Je suis allé au bout de moi-même.

Charlie Dalin (Normandy Elite Team) : 8ème à Cherbourg et 3ème au classement général

Je sentais bien le bateau : je faisais de bons réglages. Mais j’espère la gagner un jour quand même ! Finalement je ne termine pas si loin de Jérémie (Beyou) donc pour ma troisième participation, c’est super ! Bilan de cette 45ème édition : beaucoup d’émotions, de super moments, j’ai connu la tête de course et j’ai aussi compris que ce n’était jamais gagné. C’était un super moment et en me battant, j’ai réussi à récupérer un podium ! J’ai essayé de ne pas perdre confiance et ça m’a permis de remonter à la fin.

Gwénolé Gahinet (Safran-Guy Cotten) : 22ème à Cherbourg et 1er « bizuth » au classement général

C’était dur cette quatrième étape. C’est super, même si l’étape est moins bonne que les autres au niveau résultat. Je suis content de cette Solitaire, de voir que tout le travail a porté ses fruits. J’ai l’impression de pouvoir faire mieux, parce que mes départs étaient très mauvais. Il y a vraiment moyen de m’améliorer. Je dois encore progresser un peu partout, même si la base est bonne. J’ai pris beaucoup de plaisir, sauf sur la dernière étape qui était vraiment costaud. Ouessant de jour, je pense qu’on n’y serait pas allé !

Source

RivaCom

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