Les caprices du Golfe

© Christophe Launay

Demain, tous les concurrents de la 11ème Transat Jacques Vabre pointeront leurs étraves vers Itajaí au Brésil ! Dès 4h00 du matin, le premier Class40 GDF SUEZ quittera le port de Roscoff suivi (selon leur ordre d’arrivée) par ses 25 petits camarades. Cette journée de samedi fut marquée par l’avarie de flotteur tribord du Multi50 Maître Jacques (Loïc Féquet et Loïc Escoffier) actuellement en route vers La Corogne. Chez Les IMOCA, MACIF continue de prendre le large dans un golfe de Gascogne déchaîné. Les MOD70, eux, ont passé le plus dur et naviguent désormais sous un ciel plus clément.

Class40 : Départs demain à partir de 4h00 (heure française)
Après 180 milles d’une belle bagarre au contact entre Le Havre et Roscoff, les 26 Class40 vont cette fois partir pour de bon. Demain, dimanche 10 novembre à 4 h (heure française), GDF SUEZ (Sébastien Rogues/Fabien Delahaye) sera le premier à mettre le cap vers Itajaí au Brésil, suivi par Alex Pella et Pablo Santurde (Thales Santander 2014) et Jorg Riechers/Pierre Brasseur (Mare). 9h 21 mn et 45 s après GDF SUEZ, ce sera au tour du dernier arrivé à Roscoff, Ecoelec-Frantronic (Eric Darni/Florent Bernard). Les Class40 ont laissé passer le gros du coup de vent mais dans le golfe de Gascogne, ils devront faire avec une mer creusée par les coups de vent successifs et qui se calmera doucement d’ici lundi.

Multi50 : Maître Jacques se déroute vers La Corogne
Alors qu’ils venaient de prendre la tête de la flotte des Multi50 (au dernier pointage de 14 h), Loïc Féquet et Loïc Escoffier sur Maître Jacques ont vu la partie avant de leur flotteur tribord arrachée. C’est à 14 h 30 que l’avarie est survenue par 25 nœuds de vent et dans des creux de 4 à 5 mètres. Les deux marins font désormais route vers La Corogne sous ORC seul (petite voile d’avant) sans demande d’assistance. Ils devraient atteindre le port espagnol demain matin. A 100 milles du cap Finisterre, Arkema-Région Aquitaine (Lalou Roucayrol/Mayeul Riffet) a repris du poil de la bête et cavale désormais à 15 nœuds, 3 milles devant Actual (Yves Le Blevec/Kito de Pavant) et 11 milles devant FenêtréA Cardinal. L’écart continue de se creuser avec Rennes Métropole – Saint-Malo Agglomération (Gilles Lamiré/Andrea Mura) distant de 120 milles du trimaran Aquitain. Vers un monde sans Sida (Eric Nigon/Samy Villeneuve) est toujours à Brest après avoir effectué les réparations de son aérien et du début de délaminage de sa chute de grand-voile.

IMOCA : Le cavalier seul de MACIF
En approche du cap Finisterre, François Gabart et Michel Desjoyeaux (MACIF) creusent un écart qui devient conséquent sur leurs poursuivants. Au pointage de 17 h, ils filaient à 17 nœuds de moyenne et devançaient de plus de 50 milles PRB (Vincent Riou/Jean Le Cam) et Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm/Philippe Legros), et de 60 milles Maître CoQ (Jérémie Beyou/Christopher Pratt) et Safran (Marc Guillemot/Pascal Bidégorry). MACIF devance même les premiers Multi 50, moins à l’aise dans les mers fortes. Les IMOCA de tête ont passé le centre dépressionnaire et toucheront des vents plus maniables aux abords de la pointe espagnole. Puis dans les alizés de Nord-Est, les spis seront de sortie dans une mer bien moins chaotique. Jolie récompense après un début de course copieux.

MOD70 : Demain les alizés portugais !
Les deux MOD70, Edmond de Rothschild (Sébastien Josse/Charles Caudrelier) et Oman Air-Musandam (Sidney Gavignet/Damian Foxall), ont mangé leur pain noir depuis le départ du Havre. Joints à la vacation ce samedi matin, Charles Caudrelier et Sidney Gavignet décrivaient une navigation éprouvante aux abords du cap Finisterre. A tel point qu’ils ont dû brider les performances de leurs trimarans, qui nécessitent une attention de tous les instants et ne laissent donc que très peu de répit aux marins. Les conseils des routeurs pour affiner les trajectoires doivent être précieux… Dans leur descente le long des côtes portugaises, les MOD70 touchent des vents plus maniables et peuvent davantage pousser leurs machines. A 17h, Josse et Caudrelier avaient 32 milles d’avance sur Gavignet et Foxall. Tous attendent avec impatience les alizés portugais, dès demain dimanche.

Ils ont dit :

Loïc Féquet, skipper de Maître Jacques, joint par fleet :

On marchait entre 20 et 28 nœuds à 30 degrés du vent. On a entendu un grand crac suivi d’un 2ème, et on a tout de suite vu que le flotteur tribord était cassé au tiers avant, entre l’avant et le bras de liaison. Il y avait 4 à 5 mètres de creux. On fait maintenant route vers La Corogne. Ça s’arrête au bras de liaison qui est la partie la plus renforcée, ça tape un peu dans les vagues, mais ça ne va pas plus loin pour le moment. Ça va bien, on n’est pas blessés. Le bateau, on va voir… On est vraiment déçus, mais le principal, c’est que personne n’est blessé. La nuit a été dure, mais on n’a pris qu’un grain à 40 nœuds, de la mer, 25 à 30 nœuds tout le temps. Il n’y a pas eu de choc particulier, mais le bateau est de 2005, est ce que c’est pour ça que le flotteur a lâché, une vague de trop ?

Jean-Christophe Caso, skipper du Class40 Groupe Picoty :

Nous sommes plutôt contents du résultat entre Le Havre et Roscoff, même s’il ne compte pas pour grand-chose. C’était une belle bagarre sur l’eau, tout le temps au contact. C’était intense, en discutant avec les autres concurrents, on s’est dit qu’on ne pourrait jamais tenir 25 jours sur ce rythme (rires) ! Ça promet pour la suite. Nous avons 49 minutes de retard sur le premier, c’est peu alors qu’il reste 5 300 milles à parcourir. On reste dans le match mais la vraie hiérarchie se dessinera au Pot-au-noir. Hier soir, on dînait à Roscoff avec Bruno Jourdren et Thomas Ruyant et on regardait les classements des autres classes au coin du feu : un peu spécial alors qu’on participe à la même course !

Bertrand de Broc, skipper du 60 pieds IMOCA Votre nom autour du monde :

On vient de prendre le troisième ris dans la grand-voile. Il y a un peu de soleil et 40 nœuds de vent établis avec des pointes tout à l’heure à 50 nœuds ! On a fait une route sous le vent, on assure, il faut gérer la grosse mer. Nous avons tenté un petit coup plus à l’Est, pour essayer de passer par dessous les autres. Il y a de gros trains de vagues, c’est copieux comme on dit ! Il y a de l’eau partout, même dans le bateau, c’est rock’n’roll… Ça ira un peu mieux après. Depuis la pointe de Bretagne, on essaye de faire des quarts de deux heures, il faut être vigilant et bien reposé pour les heures à venir. Alors, on s’organise, on essaye de manger, mais c’est de l’acrobatie de faire à manger ! Tu prends la cocotte-minute dans la figure… Nous sommes plutôt en pleine forme, il y a un beau décor dehors avec un ciel dégagé, une mer dorée, c’est assez fabuleux !

Charles Caudrelier, co-skipper du MOD70 Edmond de Rothschild :

Les conditions étaient difficiles avec beaucoup de mer dans le golfe de Gascogne. Nous étions à 22 nœuds de moyenne, d’habitude quand il y a moins de mer on est plutôt à 30 nœuds. C’est dur pour nous et le bateau. Cette nuit, on a tiré des bords le long du cap Finisterre, c’était vraiment une nuit douloureuse. Mais on ne va pas se plaindre parce que ça doit être compliqué pour ceux qui sont derrière. La mer est plus agréable, on va enfin atteindre des vitesses dignes des MOD70… Nous serons bientôt dans l’alizé, on quitte l’hiver français, nous allons avoir de belles conditions à venir, et on a une belle bagarre avec Oman Air – Musandam ! Jusqu’à présent, on a bien géré, on a fait attention à nous. Là je me repose, et je relaierai Sébastien dans une demi-heure, ¾ d’heure. Dans les conditions de mer et de vent fort, on fait attention quand on se déplace sur le bateau, les mouvements sont violents et c’est à nous d’agir en bon marin en levant parfois le pied. Ça bouge beaucoup, mais c’est quand même un gros bateau, je suis agréablement surpris par son comportement. On fait attention de ne pas se cogner, de ne pas faire une chute bête.

Damien Seguin (ERDF – Des pieds et des mains) :

Ça fait du bien d’être au sec ! Cette nav’ a permis de voir les forces en présence.

Philippe Legros (Cheminées Poujoulat) :

On sait que le bateau est à l’aise dans le vent fort mais on est quand même surpris d’être revenus comme ça au classement.

Sidney Gavignet (Oman Air – Musandam) :

La nuit a été éprouvante : on a eu jusqu’à 37 nœuds de vent et de la grosse mer.

Positions du 09/11 à 17h00

Class40

1 – GDF SUEZ
2 – Tales Santander 2014
3 – Mare

Multi 50

1 – ARKEMA – Region Aquitaine à 4895,67 milles de l’arrivée
2 – ACTUAL à 2,98 milles du premier
3 – FENETREA CARDINAL à 11,41 milles du premier

IMOCA

1 – MACIF à 4 840,16 milles de l’arrivée
2 – CHEMINEES POUJOULAT à 51,73 milles du premier
3 – PRB à 52,90 milles du premier

MOD70

1 – EDMOND DE ROTHSCHILD à 4 644,74 milles de l’arrivée
2 – OMAN AIR – MUSANDAM à 32, 56 milles du premier

Source

Soazig Guého

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