Faire front !

© Christophe Launay

Alors que les 26 Class40 seront tous à l’abri ce soir à Roscoff avant 22 heures, les autres duos commencent à se faire secouer. Les prémices de la grosse dépression attendue dans le golfe de Gascogne tôt demain matin les ont cueillis à la pointe de la Bretagne : le vent d’Ouest a fraîchi à 25 nœuds sur une mer très formée. La nuit promet d’être dure et stressante pour les MOD70, les Multi50 et les IMOCA. Il va leur falloir naviguer en bons marins pour assurer leur sécurité et celle de leurs bateaux…

Class40 : GDF SUEZ premier à Roscoff
A 14 h 45 mn et 25 s, Sébastien Rogues et Fabien Delahaye (GDF SUEZ) ont coupé la ligne en tête devant le port du Bloscon à Roscoff, abri météorologique obligatoire pour les Class40. Vingt minutes après, Tales Santander 2014 skippé par les Espagnols Alex Pella et Pablo Santurde, puis Mare de Jorg Riechers et Pierre Brasseur complétaient « le podium ». Les 26 Class40 sont désormais presque tous amarrés dans le port breton. Ils ont été accueillis par la CCI de Morlaix et le personnel du port de Roscoff et devraient repartir au plus tôt demain soir à 22 heures selon leur ordre d’arrivée. Ces premiers 180 milles de course ont été marqués par une navigation au près dans le courant et le vent changeant en force et en direction. Une régate physique et tactique durant laquelle les équipages se sont donnés à 100%.

Multi 50 : Gros temps droit devant !
Beaucoup de manœuvres et de stratégie pour les six Multi 50 depuis leur départ du Havre. En tête, Actual (Yves Le Blévec/Kito de Pavant) et FenêtréA-Cardinal (Erwan Le Roux/Yann Eliès) ont touché des vents plus forts en approche d’Ouessant. Et ce n’est que le début : la matinée de samedi s’annonce délicate avec l’arrivée d’une nouvelle dépression avec un net renforcement du vent à 40 nœuds avec des rafales à 50, et une mer très forte. Les leaders pourraient bien être contraints de réduire leur vitesse dans le golfe de Gascogne pour ne pas se faire prendre par le plus gros de ce coup de vent. Les deux « chasseurs », Arkema – Région Aquitaine (Lalou Roucayrol/Mayeul Riffet) et Maître Jacques (Loïc Fequet/Loïc Escoffier) – pointés respectivement à 25 et 30 milles du leader Actual – feront sans doute face à la même problématique. Entre performance et nécessaire préservation du matériel et des hommes, les Multi 50 vont devoir jouer le coup finement… Quant au trimaran d’Eric Nigon et Samy Villeneuve, Vers un monde sans sida, il a annoncé en fin d’après-midi son intention de faire escale à Brest pour réparer « l’aérien » (nom que l’on donne aux instruments situés en tête de mât)

IMOCA : Dans le vif du sujet
Les voilà rentrés dans le dur depuis quelques heures. Le vent a forci à plus de 20 nœuds, la mer est creuse et désordonnée, les vitesses au compteur continuent de grimper. Les IMOCA filent désormais à vive allure (plus de 18 nœuds) tout en jouant des coups tactiques. Il leur faut à la fois gérer au mieux le front qui les attend demain matin, assurer la sécurité du bateau tout en maintenant la pression envers les concurrents. MACIF (François Gabart/Michel Desjoyeaux) a pris franchement la tête de la course depuis cet après-midi, 12 milles devant PRB (Vincent Riou/Jean Le Cam) puis Maître CoQ (Jérémie Beyou/Christopher Pratt). Bernard Stamm et Philippe Legros sur Cheminées Poujoulat reviennent de loin : ils sont désormais quatrièmes ! Joint à la vacation ce midi, Pascal Bidégorry (Safran) annonçait la couleur : « La mer se creuse, le vent fraîchit, L’ambiance à bord est humide… C’est un truc de dingue ces bateaux ! ».

MOD70 : Course de vitesse dans le golfe de Gascogne

A bord de machines conçues pour des équipages de six personnes, les duos aux commandes des MOD70 n’ont que peu de répit. Après un début de course tactique, à tricoter dans les vents changeants et les courants, ils se sont engagés dans le raz de Sein en fin de matinée. Ils ont ensuite pu faire de la vitesse dans le golfe de Gascogne. A 17h, Edmond de Rothschild (Sébastien Josse/Charles Caudrelier), leader, et Oman Air – Musandam (Sidney Gavignet/Damian Foxall) filaient à plus de 20 nœuds dans un bon flux d’Ouest. L’enjeu, désormais est de passer avant le plus gros de la dépression en formation. Il va donc falloir bien juger les trajectoires dans une mer très formée. Les deux MOD70 devraient atteindre le cap Finisterre ce samedi aux aurores.

Ils ont dit :

Sébastien Rogues, skipper du Class40 GDF SUEZ :

Nous étions dans les dix premiers à Barfleur, avec une flotte très groupée. Avec Fabien (Delahaye), nous avons ensuite enchaîné des super virements : c’est bien de naviguer avec un Figariste ! On a bien tricoté, on s’est démené… Ensuite après Cherbourg, on a navigué au près bâbord amure, et puis ce matin le premier front est arrivé, on a commencé à faire parler la puissance de la machine avec des pointes à 18 nœuds. On s’est bien amusé, on a bien régaté… Nous sommes contents d’être à l’abri. Mais l’arrivée est encore tellement loin, le chemin vers Itajaí est très long !

Guillaume Le Brec, co-skipper du 60 pieds IMOCA Bureau Vallée :

Il va falloir affiner la trajectoire pour ne pas se retrouver dans du vent très fort. L’objectif est de ne pas casser le matériel pour ne pas rentrer au port trop tôt. Avec Louis (Burton), on ne regarde pas trop le classement mais plutôt le plan d’eau, il y a 18 ou 19 jours de mer donc on a le temps de voir venir. On n’a pas trop navigué ensemble avant le départ donc on met sûrement plus de temps que les autres à prendre nos marques.

Sébastien Josse, skipper du MOD70 Edmond de Rothschild :

Nous nous sommes imposés d’aller dormir en prévision de la suite. Des conditions musclées qui nous attendent dans le Golfe. Il va falloir réussir à se reposer malgré la mer pour être d’attaque au passage de la pointe espagnole. Le match est très serré avec Oman, ce qui n’est pas une surprise. C’est le principe de la monotypie de nos bateaux. Avec Charles, nous sommes dessus, bien décidés à ne rien lâcher !

Sidney Gavignet, skipper du MOD70 Oman Air – Musandam :

Ça secoue ! Je viens de dormir une heure et demie, il fallait vraiment en avoir besoin pour y arriver. Nous avons passé le Chenal du Four avec Edmond de Rothschild, notre angle serré ne nous a pas permis de résister à leur retour. A la sortie du Raz de Sein, avec le courant, la mer était….choquante ! Au premier grain à 30 nœuds, nous avons d’ailleurs choqué : ris 3 et J3. Après le grain nous étions collés à l’eau et avons dû renvoyer le ris 2. Deux manœuvres d’affilée, ce n’est pas bon. On fait attention, mais il faut quand même du charbon pour ne pas avoir trop de pression cette nuit. Je vous laisse, Damian a mérité du repos.

A écouter

Fabien Delahaye (GDF SUEZ) :

On veut arriver en forme physiquement et mécaniquement donc pas de prise de risque de notre côté !

Guillaume Le Brec (Bureau Vallée) :

On a eu une superbe nuit avec plein d’étoiles et un vent assez maniable

Pascal Bidégorry (Safran) :

Ça clapote dans tous les sens !

Miranda Merron (Campagne de France) :

On a eu le plaisir de naviguer tout près du Cotentin, avec ses îles et ses rochers, un grand bonheur

Source

Soazig Guého

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