Chaud de vent à Saint-Tropez !

© Rolex / Carlo Borlenghi

Comme on le redoutait hier, la dépression qui paresse entre Corse et Golfe de Gênes, et qui compresse de toniques flux d’est le long des rivages Varois, tarde à s’évacuer. La physionomie du plan d’eau des Voiles de Saint-Tropez revêt les contours inhospitaliers d’une mer tendance déferlante et “gros moutons”, tandis que l’anémomètre reste ostensiblement calé bien au delà des 25 noeuds, avec de brusques accélérations à 32 noeuds, voire plus. Georges Korehl et ses équipes de la direction de course, en concertation avec les responsables des classes de bateaux concernés, ont ainsi très tôt signifié aux 4 000 marins pourtant prêts à en découdre, l’absence de régate aujourd’hui. Après trois journées somptueuses, sous le soleil, sur mer plate et par vent médium, les Voiles de Saint-Tropez observent en ce vendredi une pause, que chacun met à profit selon l’humeur du jour, pour s’adonner au bricolage à bord, ou au fareniente qu’encourage la tiédeur d’une paisible fin de saison. 9 groupes distincts de voiliers classiques, des grandes goélettes auriques aux fins métriques Bermudiens, auxquels s’ajoutent un classement spécifique aux Tofinou (9 et 12,50 m) et les Code 0, ainsi que 5 Groupes IRC de voiliers Modernes, avec l’exceptionnel rond des Wally et des ClassJ, vont patienter jusqu’à demain samedi, dernière journée des Voiles, pour goûter, une dernière fois, à la magie de l’instant tropézien.

Aperçu sur A

“Les courses dont le départ n’a pas été donné sont retardées. Plus de courses aujourd’hui“.. Interjection technique et sans appel. 27 noeuds établi dans le golfe de Saint-Tropez, avec des “claques ” à 32 noeuds interdisent toute mise en place de parcours, et incitent capitaines et propriétaires à demeurer sagement au port. “La dépression sensée s’évacuer vers le sud ouest reste centrée au sud ouest.“ explique George Korehl, directeur de course des Voiles de Saint-Tropez. “En son nord, le vent est à l’est, soit dans l’axe du golfe. Elle devait s’évacuer la nuit dernière mais est demeurée stationnaire. Nous sommes ainsi en ce vendredi au même point qu’hier, en espérant que le plus fort du coup de vent va passer aujourd’hui, et laissera cette nuit le temps au plan d’eau de s’apaiser pour permettre le lancement de courses demain, dernière journée des Voiles…“

Marigold conserve le Trophée du Centenaire

Les yachts classique centenaires étaient invités hier à disputer une course poursuite dans le cadre de la journée des Défis, départs donnés en fonction du handicap de chaque bateau spécialement étudié pour ce Centenary Trophy, le plus lent partant en premier. Les conditions météo en ont décidé autrement, et il a été décidé, en l’absence de régate, que Marigold (Cotre aurique, Nicholson 1892) et son propriétaire Richard Allen, conserveraient le trophée créé par Wakely and Wheeler de Londres en 1911.

Trophée des centenaires ; liste des voiliers engagés :

  • Bona Fide – 1899 Sibbick
  • Kelpie 1903 Mylne
  • Lulu – 1897 Rabot
  • Marigold 1892 Nicholson
  • Mariska 1908 – Fife
  • Nan of Fife – 1896 Fife
  • Oriole – 1905 Fife
  • Partridge – 1885 Beavor Wegg
  • Shenandoah of Sark – 1902 Ferris
  • Sif – 1894 – Hansen
  • Veronique – 1907 Luke
  • Windover – 1904 – Luke

Drake & Horn, la Course

Lionel Péan a présenté cette semaine dans le cadre des Voiles le projet de course commémorative entre Saint-Tropez et le Cap Horn, sur les traces de Sir Francis Drake, avec retour en Méditerranée et Istanbul, aux propriétaires et capitaines de super yachts et grands voiliers classiques. Le concept de cette Drake&Horn, course du jubilés (1616-2016), est simple et séduisant : permettre aux grandes goélettes, qui sont dans leur majorité des copies, sans histoire propre, de rejoindre le cap Horn, en course et rentrer ainsi dans l’histoire du yachting. L’idée est, plutôt qu’hiverner aux Antilles, de faire un beau voyage qui restera dans les mémoires des marins, et dans le vécu des bateaux. Le Cap Horn et sa mythologie conservent une énorme puissance d’attraction pour marins et propriétaires. “Notre volonté est d’organiser et structurer ce voyage sur la base d’une course,“ explique Lionel Péan, “en gommant les inconvénients par une certaine libéralité d’arrêts techniques ou logistiques non comptabilisés dans le temps de course“. Un départ de Saint-Tropez en Octobre 2015, permettra une arrivée au coeur de l’été australe fin décembre 2015, et une participation active au 400e anniversaire de la découverte du passage de Drake, cette mer qui sépare l’Amérique du sud de l’Antarctique. Les superyachts et grandes goélettes classiques pourront rentrer, en course, vers la Méditerranée. Istanbul constitue une ville d’arrivée de choix, très pratique pour les voiliers qui préparent leur saison en Méditerranée. Lionel Péan a ainsi débuté à Saint-Tropez une campagne d’information, de sensibilisation et de communication auprès des propriétaires et capitaines, “avec un certain succès…“ avoue-t’il.

Un peu d’histoire, de Drake au Horn…

Sir Francis Drake, né vers 1540 à Tavistock (Devon) et mort le 27 janvier 1596, était un corsaire, explorateur, esclavagiste et homme politique anglais du XVIème siècle. Il est crédité de la deuxième circumnavigation de la Terre, entre 1577 et 1580.
La reine Elizabeth 1ère d’Angleterre le fait chevalier en 1581. Il est commandant en second de la flotte anglaise qui affronte l’Invincible Armada espagnole en 1588. Il meurt de la dysenterie en janvier 1596 après l’attaque avortée de San Juan à Puerto Rico.
A l’âge de 23 ans, Drake effectue son premier voyage aux Amériques, en compagnie de son cousin Sir John Hawkins, de Plymouth. Cette flotte se rend d’Angleterre en Afrique pour y acheter des esclaves et les revendre dans les colonies du Nouveau Monde
En 1572, il embarque pour sa première entreprise indépendante. Il envisage une attaque sur l’isthme de Panama, car c’est de là que l’or et l’argent pillés au Pérou étaient acheminés pour y être envoyés en Espagne à bord de galions de la flotte des Indes. Drake quitte Plymouth le 24 mai 1572, avec un équipage de 73 hommes répartis sur deux petits bâtiments, le Pascha (de 70 tonneaux) et le Swan (de 25 tonneaux), pour capturer la ville de Nombre de Dios et de Venta-de-Cruz situées sur la côte orientale de l’isthme de Panama. Suite au succès de son raid contre les possessions espagnoles, la reine Elizabeth 1ère lui fournit des lettres de marque et lui demande de monter une expédition contre les établissements espagnols situés sur la côte Pacifique de l’Amérique du sud.
Drake commence sa circumnavigation en 1577 en longeant les côtes européennes puis la côte occidentale de l’Afrique. Sa flotte traverse ensuite l’océan Atlantique pour atteindre la partie australe de l’Argentine et remonter les côtes américaines jusqu’à San Francisco, pour ensuite traverser le Pacifique jusqu’en Indonésie. Drake termine son tour du monde en passant sous l’Afrique pour remonter jusqu’en Europe. Il s’agit de la deuxième circumnavigation de l’histoire après la flotte de Magellan, Drake étant le premier capitaine à terminer le tour du monde.
L’expédition était composée de cinq navires, le Pelican, l’Elizabeth, le Christopher, le Swan et le Benedict et emportait 164 hommes. La flotte quitte Plymouth le 15 novembre 1577.
Le 30 janvier 1578, au large des îles Cap-Vert, les Anglais capturent deux navires portugais dont le plus gros, le Santa Maria, est rebaptisé le Mary et est ajouté à l’expédition, avec Nuno da Silva, un portugais possédant une grande expérience des eaux sud-américaines.
Lors de la traversée de l’Atlantique, la flotte est prise dans une violente tempête. Le Christopher et le Swan sont sabordés ; les deux navires n’ayant plus assez d’hommes pour les manœuvrer. Le 18 juin 1578, la flotte arrive dans la baie de San Julián, en Patagonie. Ferdinand Magellan y avait fait exécuter des mutins, près d’un demi-siècle auparavant. Drake et ses hommes aperçoivent les sinistres gibets espagnols d’où pendaient encore des squelettes blanchis par les éléments. Le Mary, jugé en trop mauvais état, est brûlé. Pendant cette escale, le Pelican est rebaptisé Golden Hind. Drake prend la décision de passer l’hiver 1578 dans la baie de San Julián avant de tenter la passage du détroit de Magellan. Le 20 août 1578, les trois navires rescapés, abordent le détroit de Magellan, dont la traversée va durer 16 jours.

Cap Horn et Passage de Drake

Au sud de la Terre de Feu, entre continent Américain et Antarctique, le passage de Drake, ouvert en 1616 par l’Eendracht du capitaine Hollandais Willem Schouten en 1616, rend hommage au corsaire-explorateur anglais.
Le Cap Horn a été découvert en janvier 1616 au cours d’une expédition financée par la ville hollandaise de Hoorn. L’origine de son nom est donc hollandaise (“Kaap Hoorn”), le cap ayant été baptisé en l’honneur de cette ville des Pays-Bas.

Ils ont dit :

Hugues Leclerc, Mariska :

Ce n’est pas tant la force du vent ni l’état de la mer qui nous bloque au port ” explique le N°1 de Mariska (Fife 1908) Hugues “Bill” Leclerc, « mais nos voiliers, un 15 m JI en l’occurrence ne sont pas équipé de winches, et toutes les manoeuvres se font à la force des bras. Dans du vent fort, et sur une mer difficile, cette conjugaison d’efforts sur le matériel peut générer de la casse, et se montrer très exigeant pour les hommes. C’est pourquoi il est raisonnable de se fixer des limites à ne pas dépasser, en l’occurrence, une vingtaine de noeuds de vent…

Un jour un bateau…

Blazing Star est… Chief Ivanhoe

Le Yawl 60 Blazing Star navigue à Saint-Tropez au sein du groupe d’une rare et riche densité, celui des Epoque Marconi C, en compagnie des Skylark (Stephens 1937), Sonny (Frers 1935) et autre Stormy Weather (Stephens 1934). Ce Classic signé John Alden fut dessiné en 1928 à Boston, et lancé deux ans plus tard sous le nom de Blazing Star, mais allait se faire connaître sous le nom de Chief Ivanhoe avant guerre. Six Sister ships parfaitement identiques allaient suivre, dont Lucia. Durant plus d’une décennie, le yawl allait connaître le succès sur la côte est des Etats-Unis. Rebaptisé Blazing Star, le voilier a été totalement et fondamentalement restauré, avec notamment la construction et la fabrication d’un nouveau gréement en pin de Colombie.

Le saviez-vous?

Frederick Shepherd, père de Owl et Wayward…

Frederick Shepherd était un architecte naval Britannique né à Southampton le 8 juin 1869 et mort le 28 décembre 1969. Moins connu que nombre de ses illustres contemporains, il n’en a pas moins dessiné les plans de 84 yachts, dont certains naviguent encore avec succès aujourd’hui, à l’image du ketch aurique Owl lancé en 1909, familier des Voiles de Saint-Tropez.
Owl mesurait 14,50m à l’origine. Construit en 1909 par Frederick Shepherd, il fut rallongé pour gagner en vitesse en 1921. Acheté en 1974 par un français basé à Saint-Malo puis par un propriétaire italien en 1990 qui l’a gardé jusqu’en 2011, il a été entièrement restauré entre 1993 et 1996 à l’école de charpenterie de marine de Lowelstoft en Ecosse .
Owl est un bateau d’époque et ses propriétaires successifs ont tenu à ce qu’il garde son accastillage à l’ancienne et son allure d’origine. Son gréement fractionné (5 voiles au près en croisière) permet de le manœuvrer facilement avec un équipage réduit. Il faut néanmoins souquer fort sur l’écoute de grand-voile dépourvu de winch. Un bateau sûr et très marin qui a déjà traversé l’Atlantique, un bateau rapide pour son âge, très équilibré et confortable.
“Wayward” est l’un des premiers bateaux de régates dessiné par Fred Shepherd à la demande de Lord Tanguy. En 1908, “Wayward” alors sous pavillon anglais, quitte les chantiers White Brothers de Southampton pour sa mise à l’eau. Quelques passionnés de la voile classique ont décidé de restaurer ce magnifique bateau en bois pour lui redonner toute sa splendeur et sa fiabilité marine en le regréant en cotre aurique à flèche.

Source

Denis van den Brink

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