La cours des grands !

© Rolex / Carlo Borlenghi

Le terrain de jeu des 15e Voiles de Saint-Tropez était, en cette première journée de régates réservée aux voiliers Modernes (les Classiques entrant demain dans la danse), la journée de tous les gigantismes. Le “rond” habituellement occupé de manière spécifique devant la plage de Pampelonne par les immenses Wally, servait aussi de théâtres aux évolutions très attendues et très observées des quatre Class J engagés pour la première fois en nombre aux Voiles de Saint-Tropez. Alors que près de 200 voiliers Modernes s’élançaient depuis le Portalet en direction du large pour un grand triangle au plus près des rivages varois, les géants d’hier, Hanuman, Lionheart, Velsheda et Shamrock V le disputaient dans le registre du sublime à une flotte étoffée de futuristes Wally, emmenés lors des deux manches du jour par les inséparables Wally Cento Hamilton et Magic Carpet, auteur d’un mano a mano d’anthologie. Les Voiles de Saint-Tropez sont de nouveau lancées sur les bases rares, élevées et pourtant chaque année renouvelées de la magie du yachting triomphant, savant mélange de performance, d’excellence sportive et nautique, et de l’élégance centenaire d’un savoir bien vivre la mer…

 

Velsheda ne s’en laisse pas compter
Quatre superbes Class J naviguent cette semaine à Saint-Tropez. Velsheda (Nicholson 1933), Shamrock V (Nicholson 1930), Hanuman (Hoek 2010) et Lionheart (Dijstra 2009). Deux sont des répliques (Lionheart et Hanuman), et les deux autres sont des restaurations (Velsheda et Shamrock V). Et si ce dernier a semblé, dans le temps médium qui a régné aujourd’hui, accuser le poids des ans, il n’en est pas allé de même pour le vaillant Velsheda, volontaire sur ses départs au cordeau, et très inspiré dans ses choix tactiques qui ont souvent poussé ses adversaires plus légers à sortir de leurs trajectoires. Le parcours entre deux bouées, prolongé par un petit côtier de 24 milles a permis à ces trois protagonistes de se rendre coup pour coup, échangeant le leadership au hasard des choix tactiques lors des passages des portes sous le vent (espace entre deux bouées matérialisant la limite du parcours sous le vent, et que les concurrents empruntent en leur milieu pour repartir au près de l’un ou l’autre côté du plan d’eau, une nouveauté aux Voiles). Velsheda a laissé, pour douze petites secondes la victoire à hanuman, mais a récupéré le leadership au classement général provisoire en temps compensé.

Coup de Cent…
L’affrontement très anticipé des deux Wally Cento a tenu toutes ses promesses. Dans le vent et sous un chaud soleil, Hamilton, lancé en 2012 et à bord duquel officie Simon Le Bon (Duran Duran), et le tout nouveau Magic Carpet de Sir Lindsay Owens-Jones, ne se sont pas lâchés d’une semelle tout au long de la journée. Très agressifs sur les départs, les deux Cento ont rivalisé d’efficacité à toutes les allures et dans toutes les manœuvres. Hamilton a cependant su garder l’initiative pour s’imposer à deux reprises en temps réel. Magic Blue, le 94 pieds, s’est montré à son avantage, certes quelque peu distancé par les cent pieds, mais très à l’aise dans la douzaine de noeuds de vent enregistrée à la mi journée. Le renforcement, et les franches bascules du vent de l’après midi n’ont donc en rien bousculé la superbe de Hamilton qui poussait un cran plus haut le curseur de la performance pour s’imposer d’une poignée de seconde devant Magic Carpet lors de la seconde course du jour. Le classement au temps compensé ne reflète bien entendu pas ces impressions. J One, le 77 pieds signé Frers pointe ce soir en tête à l’issue des deux manches, devant le 94 pieds Open Season. Hamilton s’accommode au mieux de son rating pour pointer en troisième position du très provisoire classement général.

180 bateaux Modernes dans le golfe
Dans l’attente de l’entrée en lice demain des voiliers Classiques, le golfe tout entier appartenait aux cinq groupes IRC de voiliers Modernes. Les cinq départs dédiés ont été donnés dès la fin de matinée alors que le vent soufflait avec force, plus de 15 nœuds, et régularité du secteur ouest. Sur une mer à peine agitée d’un petit clapots, les grands IRC A et B ont eu tôt fait de gagner le large avec de la vitesse, en route pour un parcours d’une vingtaine de milles. Les trois autres groupes IRC C, D et E se voyaient proposer un parcours plus petit d’une quinzaine de milles. Le vent se faisait capricieux en début d’après midi, et pour que l’équité des joutes soient respectée, c’est avec sagesse que le Comité de course choisissait peu après 15 heures de réduire le parcours, et de juger l’arrivée à la marque cardinale du Rabiou, à l’entrée du golfe.

La Coupe d’Automne du Yacht Club de France…
Les virulents orages qui ont balayé le littoral Varois hier ont sérieusement perturbé le bon déroulement de la régate de ralliement, Coupe d’Automne du Yacht Club de France, entre Cannes et Saint-Tropez. 58 voiliers étaient pourtant au départ donné dès 11 heures dimanche matin. Mais la violence des grains, plus de 35 noeuds enregistrés à bord de certains bateaux, ont contraint nombre d’équipages à affaler leurs voiles, et à démarrer leurs moteurs afin de rallier en toute sécurité les Voiles de Saint-Tropez. Parmi les finissant en temps et heure, on retiendra ainsi cette année la victoire de Savannah devant le Class J Shamrock V en esprit de tradition. Le sloop bermudien Cholita (Poter 1937) s’impose devant Sonny, le cotre bermudien de German Frers. Un autre plan German Frers, Encounter (1976) l’emporte chez les Classiques. Enfin, dans le groupe des Classiques auriques, si la grande goélette Elena était bien première à franchir la ligne sous le Portalet, elle s’incline en temps compensé devant Runa IV et Bruno Troublé. Moonbeam of Fife complétant ce splendide podium.

Un jour, un bateau… Tempus Fugit
Le tout nouveau-tout beau Superyacht Tempus Fugit lancé voici seulement quelques jours est présent aux Voiles dans la catégorie Modernes, IRC A. Ce magnifique sloop de 90 pieds a été fabriqué en Turquie chez Arkin Pruva Yacht, sur un dessin du Britannique Rob Humphrey largement inspiré de la ligne des J-Class. Elégance et dit on, performance, sont les critères qui ont présidé à sa conception. Le turque Erbil Arkin et le cabinet de design Britannique de Rob Humphreys ont décidé de s’associer pour construire un superyacht largement inspiré des J Class. Rob Humphrey et EZrbil Arkin sont d’’anciens camarades d’école qui se sont vite trouvés sur la même longueur d’onde pour créer ce premier exemplaire de ce qu’ils espèrent voir évoluer en Classe à part entière : “Tout à comencer quand Erbil a voulu construire dans son chantier Arkin Pruva Yacht en Turquie un Class J” explique Humphreys. “Tout ce qui a été réalisé dans les années trente nous inspirait beaucoup. Mais le tirant d’eau et la carène étroite ne nous convenait guère, et nous avons surtout travaillé à partir d’une certaine atmosphère, de l’ambiance et de l’esprit des Class J, associé à une certaine modernité.” Tempus Fugit , encore en “rodage”, fait ses grands débuts aux Voiles avec un équipage professionnel en majorité Britannique, avec Rob Humphreys à bord.

Le saviez vous?
50… C’est le nombre d’embarcations gérées par Philippe Martinez pour organiser, structurer et sécuriser le plan d’eau des régates des Voiles. Trois ronds accueillent les trois grandes catégories en lice, Modernes à la Nioulargue, Wally et Class J à Pampelonne, et Classiques dans le golfe. Entre bateaux comités, bateaux viseurs, bateaux mouilleurs, jury, bateaux Presse, et la “meute” d’embarcations rapides pour sécuriser la zone d’évolution des bateaux en course, ce sont plus d’une centaine de personnes sur 50 embarcations qui chaque jour s’affairent pour le plus grand plaisir des régatiers.

Le bel essor des Code 0
Présenté à Saint-Tropez en 2010, le Code 0 a semble-t’il trouvé son public et séduit les amateurs de jolis “day boat” rapides et confortables, ancrés dans la tradition. Huit de ces superbes unités vont régater toute la semaine sur le rond des Classiques devant Saint-Tropez, et apporter leur touche d’élégance pleine de modernité. Le Code 0 du chantier Black Pepper s’est entouré du monde de la course au large afin de créer un bateau alliant performance et efficacité. Dessinée par Romaric Neyhousser avec le concours d’Yves Parlier, le Code 0 réalisé en carbone epoxy, mât carbone et pont en bois allie technologie, design et performances. La construction est confiée au chantier Naval de Larros à Gujan Mestras (France – Gironde)

Dragon
Le chantier Fife a commencé à appliquer une tête de dragon à la proue des ses bateaux sous l’ère de William Fife III. Ce Dragon stylisé est devenu la signature emblématique du designer Le logo consiste en une tête de Dragon chinois, qui se poursuit le long du franc bord du bateau, pour se terminer en botte de blé à la poupe. L’origine de cette signature originale diverge selon les sources ; d’aucuns affirment que l’origine se situerait plutôt dans la mythologie Viking, en rappel des fameux Drakkars et Snekkars. Il semble plus probable cependant que la véritable origine réside dans les succès des trois cotres construits pour un Monsieur F. C. Hill, qui nomma ses voiliers “Dragon”. Ces bateaux ont connu le succès au moment où la réputation du chantier Fife prenait une belle expansion. Peut-être le symbole de puissance et de vitesse associé au dragon a-t’il incité William Fife à adopter cette marque de fabrique…

Le Belem en visite

Le seul trois mâts barque français le Belem a quitté ce matin Toulon et la Tall ship regatta. Reprenant sa vocation de bateau école, le voilier emmène pour une croisière laborieuse une vingtaine d’élèves, pour une pérégrination au hasard des rivages Varois. Il est entré ce soir toutes voiles dehors dans le golfe de Saint-Tropez, pour un salut confraternel de la voile “travailleuse” à la belle plaisance…

Ils ont dit…
André Beaufils, Président de la Société nautique de Saint-Tropez : “Chaque année, je mesure le succès des Voiles aux sourires des concurrents. Mon aspiration en ce premier jour est donc de voir chaque soir des marins heureux au bar du Village. Je me réjouis pour cette 15ème édition de voir la forte implication de tous nos partenaires. Ils viennent ici avec une volonté louable de tirer notre événement par le haut, sans le dénaturer. C’est en effet mon souhait chaque année renouvelé, que tout en créant un événement ancré dans la modernité des moyens et des outils, on n’oublie jamais l’esprit, l’idée, l’âme qui ont présidé à la naissance des Voiles, en 1981… Nous avons par ailleurs la chance de faire chaque année le plein d’inscrits, avec pour seule limitation la contenance du port, et je constate avec satisfaction un certain « turnover » avec de belles unités nouvelles venues…”

La météo de mardi 1er octobre :
La dépression centrée hier sur le golfe de Gênes s’évacue doucement vers le sud, générant dans son nord un petit souffle d’est sud est, tournant au sud pour 5 à 8 nœuds…

Source

Denis van den Brink

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