Ralentissement temporaire et zone interdite

© Christophe Launay / Sealaunay.com

Seize jours après leur départ de Ouessant, Loïck Peyron et ses hommes ne cessent de faire parler d’eux. Ainsi, alors que l’avance affichée sur le tableau de référence continue à se consolider, la barre symbolique et Ô combien évocatrice des 2000 milles a été franchie, faisant basculer le Maxi Banque Populaire V dans une nouvelle dimension. A un peu moins de 48 heures du passage du cap Leeuwin, le deuxième du parcours de ce Trophée Jules Verne, les quatorze marins du bord connaissent un ralentissement très temporaire et restent plus que jamais en état de vigilance permanente vis à vis des glaces, respectant la limite fixée pour ne pas descendre plus Sud. Entre conscience absolue du chronomètre et conservatisme d’usage, l’équilibre s’installe tout naturellement.

L’heure est à l’accalmie relative dans le Grand Sud pour les hommes de la Banque de la Voile. Ainsi, d’une vingtaine de nœuds hier, le vent, soufflant toujours de secteur Ouest, est-il passé depuis ce matin à environ quinze nœuds. Mais loin du coup de frein, les marins poursuivent leur implacable progression et savent que la tendance est au renforcement dans la journée. Contacté à l’occasion de la vacation de la mi-journée, Frédéric Le Peutrec – spécialiste de ces contrées inhospitalières pour les avoir souvent fréquentées, notamment sur le Trophée Jules Verne dont il est l’un des détenteurs – appréciait le tableau du moment : ” Nous avons de belles conditions, tout va bien ! Pour une fois, la première depuis notre entrée dans le Sud, nous profitons d’une belle journée ensoleillée, avec un vent mou ce matin, mais qui s’est finalement correctement établi. Nous sommes sous grand voile haute et gennaker, tribord amure et nous faisons actuellement un bord au Sud Est. Nous faisons des milles qui ne coûtent pas cher ! Jusqu’aux Kerguelen, nous étions sur une trajectoire en ligne directe. Depuis, nous avons un vent d’Ouest et nous sommes vent arrière, ce qui nous oblige à tirer des bords avant de pouvoir repartir en route directe vers l’Australie. On est à 140° du vent. Il y a 18 nœuds et nous avançons à 25/30 nœuds. Ce n’est pas très vite. En dessous de 30 nœuds ça n’émeut plus personne à bord ! “. Mais si en mer, les folles vitesses sont rentrées dans les mœurs, à terre, elles continuent pourtant à impressionner leur monde.

“Pas grand monde à la plage!”

Respectant un cap au Nord Est jusqu’à la nuit dernière, Loïck Peyron et ses hommes font désormais route au Sud Est après un empannage déclenché la nuit dernière, vers une heure du matin. En matière de navigation, tout l’art du moment consiste à trouver le bon dosage entre un gain vers le but, sur la route, et la nécessité absolue d’éviter la fameuse zone interdite se situant au delà des 49° Sud. Agissant comme un véritable garde fou, cette frontière à ne franchir sous aucun prétexte a été définie par la cellule de routage du Maxi Banque Populaire V dans un but très précis : éviter à tout prix, tout contact avec les glaces repérées sur les écrans. A bord, le fait d’avoir une connaissance relativement précise de la présence de ces dangers rassure et en permet, tout en restant vigilant, une mise à distance : ” Les glaces sont localisées. Dans notre Est, à 200 milles environ, il y a une zone où il y a pas mal de glaçons. On limite donc le routage et on reste dans le Nord “. Les icebergs, une température de l’air et de l’eau souvent bien inférieure à 10°, à l’heure où le froid hivernal envahit la France, on peine à imaginer que là bas dans le Sud, les quatorze hommes profitent de la saison la plus favorable : ” C’est l’été ici mais il n’y a pas grand monde à la plage !”.

On l’aura compris, les jours à venir ne seront pas dénués de difficultés, à commencer par celle imposée par le fait de trouver le juste milieu entre ce champ de mines et la négociation de la dépression que le Maxi Banque Populaire est sur le point de rattraper en gagnant l’Australie. D’ici à samedi midi, le cap Leeuwin devrait être lui aussi dans le sillage des marins, entraînant avec lui la promesse d’un nouveau record. Une perceptive qui avait, ce midi, tout pour laisser Frédéric Le Peutrec, actuel détenteur du Trophée Jules Verne, songeur : ” Quand on fait l’effort de contraction de la distance et du temps, c’est fabuleux ! Aujourd’hui, on parle de Leeuwin et en 2010, avec Groupama 3, à ce stade du record, nous étions en sortie de Bonne Espérance” . Les temps changent…

Le record en chiffres

  • Record à battre
    Pour devenir nouveau détenteur du record, le Maxi Banque Populaire V devra être de retour au plus tard lundi 9 janvier 2012 à 17h 15min et 34s (heure de Paris).
  • Temps de référence :
    Groupama 3 (Franck Cammas) – 48 jours 7 heures 44 minutes 52 secondes
  • Avance/Retard à 16h00
    2094 milles d’avance par rapport au temps de référence

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Mille & une vagues

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