L’étoile du nord

© Benoit Stichelvaut/Transat BtoB

A l’instar de l’étoile du nord, François Gabart joue les express dans sa remontée vers les hautes latitudes, malgré une nuit complexe où les grains sont venus mettre un peu de piment dans une navigation jusque là plutôt tranquille. Le skipper de MACIF a pris un avantage psychologique et matériel certains sur le reste de la flotte, à l’exception de Jean-Pierre Dick qui, sur une route plus ouest, reste à hauteur. Derrière, on attend maintenant la grande bataille stratégique qui se profile.

Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner, au ton de sa voix, que Vincent Riou aurait volontiers échangé sa place contre celle de François Gabart, au classement de ce matin. Le skipper de PRB, reconnaissait que la stratégie de MACIF et de Virbac-Paprec 3 qui avaient choisi de glisser sous la flotte pour monter au plus vite vers le nord était visiblement la bonne. Car si François Gabart a laissé sa place de leader au profit d’Armel le Cléac’h sur Banque Populaire, le classement ne reflète pas vraiment la physionomie de la course. Plus éloignés de l’orthodromie, la route directe vers Lorient, François Gabart et Jean-Pierre Dick ne capitalisent pas leur gain comme ils le devraient. Plus significatif est l’écart réel sur la route du nord, une trentaine de milles environ.

Des marques encore à prendre

La performance de François Gabart est d’autant plus remarquable que la veille même du départ, son équipe technique étaient encore à travailler d’arrache-pied pour le bateau soit prêt. Mais le bonhomme, qui avait bien pris soin de conserver un rythme sportif élevé, est entré immédiatement dans le match pour se positionner d’emblée dans le peloton de tête. Pour d’autres, ce fut plus difficile : Louis Burton, sur Bureau Vallée, reconnaissait payer un aller-retour éclair en France pour d’excellentes raisons familiales. Fatigué, le navigateur solitaire, avouait avoir choisi de partir sur un rythme moins soutenu que ses adversaires. Sécurité oblige, Louis sentait qu’il y avait des limites à ne pas dépasser, sous peine de perdre en lucidité et mettre en danger le matériel, voire sa propre personne. Marc Guillemot a tout juste eu le temps de se remettre de la collision subie au départ, qu’il lui a fallu gérer un début d’insolation : à force de médicaments contre la fièvre et de bouteilles d’eau, le skipper de Safran a réussi à vaincre le mal. Mais c’est aussi au prix de précieux milles perdus sur ses concurrents.

Décision dans quarante-huit heures

On n’en est néanmoins qu’au deuxième jour de course et, au vu des conditions à venir, bien des retournements de situation sont encore possibles. Aux routages de début de semaine qui, pour certains, pronostiquaient une route plein nord pendant plus de cinq jours, se sont substituées des analyses beaucoup plus complexes avec une route à négocier entre centres anticycloniques et petits talwegs qui permettrait de gagner un peu dans l’est. Néanmoins, les portes sont encore étroites et le chemin pour pouvoir accrocher les régimes d’ouest qui pourraient propulser la flotte à grande vitesse vers Lorient ne s’avère pas d’une grande clarté. De quoi remettre un peu de baume au cœur à ceux qui ont égaré quelques milles sur la route. D’ici une quarantaine d’heures, les logiciels de navigation devraient tourner à plein.

Ils ont dit :

François Gabart (MACIF)

« La dernière nuit a été complexe. On a dû subir des petits orages où le vent pouvait passer de dix à trente nœuds, avec pas mal d’éclairs. Personnellement, j’ai déjà subi la foudre pendant le Tour de l’Europe sur le bateau de Kito de Pavant et je préfèrerais m’en passer. Nos bateaux ont beaucoup d’électronique embarquée et prendre la foudre pourrait griller tous nos instruments. Autant dire, qu’en solitaire, une navigation sans ces aides serait quasiment impossible. Pour le reste tout va très bien : je suis en plaine forme physique. J’ai veillé à m’entretenir après la transat Jacques Vabre et j’ai pu, du même coup, être à l’attaque d’entrée. »

Louis Burton (Bureau Vallée)

« Je suis parti assez fatigué. J’ai donc fait le choix de naviguer à ma main, de faire attention à me reposer, rester lucide. Ce qui m’inquiète le plus, c’est le risque de collision. J’ai croisé cette nuit un voilier de plaisance qui ne disposait ni de l’AIS, ni d’alarme radar. Heureusement, leur équipage veillait sur le pont et ils ont pu m’avertir par VHF… »

Marc Guillemot (Safran)

« La journée d’hier s’est avérée assez pénible. J’ai attrapé une insolation et j’ai dû me soigner et lutter contre la fièvre. Résultat j’ai un peu subi ce début de course, mais la route est encore longue. Concernant, l’incident du départ, il est derrière nous, mais il ne faut pas le minimiser : c’était un vrai carton qui aurait pu se terminer beaucoup plus mal. »

Source

Rivacom

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